Paris
11/02/2005 -
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Lokua Kanza aurait-il intégré ces principes de base, nécessaires aux amateurs de grands succès ? Après tout, cela fait vingt ans qu’il affûte ses armes de guerre à Paris, dans l’attente de l’ultime crossover. "Un artiste qui ne veut pas toucher plus de monde, qui ne veut pas avoir beaucoup de public, n’a qu’à prendre sa guitare et aller jouer dans le désert", confie-t-il avec le sourire. Son nouvel album donne cette impression (effectivement) de vouloir séduire un panel plus large de fans. Et les critiques des musiques du monde, qui ont l’habitude de chroniquer ses albums, supposés plus roots ou plus africains, vont probablement s’arracher les cheveux avec ce quatrième opus, dont le titre éponyme, Plus vivant, résonne comme une boutade dirigée contre tous ceux qui veulent le cantonner dans un seul univers.
"Il y a des gens qui décident de ce que doit être un musicien africain. Je ne veux pas faire de polémique. Mais quand un mec comme Prince chante sa musique, en ajoutant des petites influences venues d’ailleurs, on dit que c’est un génie. Quand Peter Gabriel commence à faire du mbalax, on dit que c’est un génie. Et quand un Africain commence à faire des expérimentations, on dit qu’il se perd. Il faut qu’on arrête ça, que l’artiste soit libre de faire ce qu’il a envie de faire. Et il faut faire attention aux gens qui pensent que les Africains doivent être comme ci ou comme ça en musique." Ce discours, on se rappelle, lui a valu un divorce avec une major du disque. "C’est du passé. J’ai tourné la page", commente-t-il sans amertume.
Démarche moins surprenante
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Dans l’album précédent, Lokua avait réussi un challenge autrement plus audacieux. Il avait adapté l’esprit de la pop, telle qu’on la conçoit ici en Occident, à ses tourneries vocales habituelles, à ses influences diverses, en donnant à entendre une musique moins formatée, même lorsqu’il fredonnait à la manière de Nat King Cole. Dans cet album-ci, il donne à voir l’image d’un artiste s’adaptant à la pop telle qu’elle se produit actuellement en France, avec des textes écrits par des figures de la scène française : Camille, Marie Nimier (Prix Médicis) ou la Belle du Berry (Paris Combo). D’aucuns pensent à Star Academy, aux nouvelles stars telles que Corneille, avec qui il partage un titre en duo sur l’album. Une démarche moins surprenante, qui réduirait un peu son champ d’expression.
Lokua va-t-il pour autant atteindre le fameux crossover et signer là son premier disque d’or ? Car depuis le temps que l’on salue son talent, depuis le temps qu’il joue à cache-cache avec le grand public – on se souvient encore du tube Shadow Dancer – l’artiste n’a pas rencontré son heure de gloire, en termes de ventes : "Le succès, c’est relatif. J’ai mon public qui est toujours là et qui me soutient. Maintenant, je n’ai aucune idée de ce qui fait vraiment le succès ou pas. J’aurais la clé, j’ouvrirais la porte." Il n’empêche : lorsque l’on s’adapte autant à ce qui se fait de mieux sur le marché hexagonal, au point de donner l’impression d’y perdre son âme, c’est que l’on espère quelque chose en retour. Re-sourire... "Je répondrai dans deux ans."
Lokua Kanza Plus vivant (Yewo Music/ Universal) 2005Soeuf Elbadawi
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