Paris
14/02/2005 -
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RFI Musique : Comment pouvez-vous nous présenter et définir votre projet Saloua ?
Erik Truffaz : Le projet Saloua, c’est l’idée de réunir la voix de l’Orient et la voix de l’occident. La voix de l’Orient est représentée par Mounir, chanteur de tradition soufiste. La musique que je compose est clairement occidentale, tout comme la voix de Nya, qui rappe en anglais. Ce n’est pas à proprement parler de la musique improvisée, ce n’est pas le schéma traditionnel du jazz, ce ne sont que des compositions écrites, des chansons. Je me sens proche de la pop music que j’aime…
Les voix ne sont pas seulement utilisées comme des instruments, ce sont des chansons. La plus emblématique de l’esprit de l’album, c’est Yabous, que nous avons particulièrement aimé à RFI Musique...
Yabous, d’un point de vue étymologique, c’est un très vieux nom pour désigner la ville de Jérusalem. C’est aussi le nom d’une organisation qui travaille pour la paix en Palestine. Ils nous ont invités avec Mounir, pour leur festival à Bethléem, il y a deux ans. J’ai voulu composer un morceau qui parle du problème israélo-palestinien , avec la voix de Mounir et une autre voix, non arabe. J’ai sollicité Nya, qui n’est pas juif. Il est plutôt suisse, de culture rasta ! Et le thème de la chanson, c’est… essayons de trouver une solution, un espoir de paix, face à toute cette absurdité. Cette idée de chanson m’est surtout venue après avoir côtoyé des Israéliens et des Palestiniens, de bonne foi des deux côtés, des gens qui souffrent de voir détruire leur idéal par des extrémistes.
Quelles ont été les premières réactions à cette chanson, puisque vous l’avez déjà éprouvée sur scène ?
Nous avons joué à Tunis, en septembre passé, nous étions invités par le Centre culturel français. Au pays de Mounir, ça s’est très bien passé, parce que les paroles qu’il chante étaient comprises par le public.
C’est au fil des tournées que vous tenez votre carnet de route ?
Oui, depuis l’âge de vingt ans, pour garder une trace de tout ce que je vis. J’écris des textes, je colle des images. C’est mon ordinateur organique, ma mémoire instantanée. Je note ce que je dois améliorer en moi, et je relis quelques années après pour vérifier que je l’ai fait ! C’est là que je constate qu’on ne se change pas énormément.
En revanche, la prise de position, c’est une première, partie prenante du projet Saloua ?
C’est vrai que la prise de position politique, c’est nouveau. Le morceau Yabous, c’est le concept. C’était le bon moment pour moi, surtout que l’été dernier, nous avons joué au festival de la mer Rouge à Eilat. J’ai le souvenir d’instants magiques, et pourtant, derrière cette chaleur, il y a l’autre réalité, tragique.
Votre vision du monde reste optimiste ?
Je vais dans un certain nombre de pays, en Europe de l’Est, en Chine, au Liban, et je rencontre des gens qui veulent vivre ensemble partout. Et pourtant, partout, les médias contribuent au sentiment de peur. Une peur qui nourrit l’extrémisme. Je crois que les artistes sont là pour proposer leur vision du monde, fabriquer du rêve et sublimer l’instant.
Valérie Nivelon
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