Paris
10/03/2005 -
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Fidèle déjà à son style, Claude Lelouch lui avait fait jouer son propre rôle. Sauf que dans la réalité, Pierre n’est jamais mort. "Je passe ma vie comme une gomme" aime-t-il néanmoins à rappeler aujourd’hui lorsqu'il se retourne en arrière. On dirait que son destin ne s'arrête plus, qu'il s'est emballé même depuis les turpitudes de la Deuxième guerre mondiale, le port de l'étoile jaune et les stratagèmes familiaux pour échapper aux rafles. Celui qui fut joueur de volley sélectionné en équipe de France B avant de se lancer dans la chanson respire à plein poumons.
Il était une fois…
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Dans la foulée de Samba Saravah, et de Un Homme et une femme, il signe en 1969 un très beau documentaire, filmé comme un "hold-up" jure-t-il aujourd’hui, Saravah, où l’histoire de toutes ces rencontres. Un document extraordinaire réalisé en quelques jours avec un peu de bobines et où l’on découvre dans le tressautement des images amateurs, le visage souriant de ces musiciens bohêmes, au coeur d’un Rio de Janeiro mythique. Pierre Barouh est là où on aimerait être. On le voit promener son regard naïf sur le bonheur, comme s’il n’avait rien demandé et que oui, tout pouvait arriver.
Saravah, une marque déposée
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Pourtant, le discret artiste qui vit aujourd’hui au Japon, aime bien à le rappeler, pas plus que le succès de Un Homme et une femme, le Brésil ne lui a servi de tremplin dans sa carrière. Pierre Barouh est un grand curieux, infatigable marcheur et extraordinaire dénicheur de genres et de talents. Sa maison de disques Saravah, dirigée aujourd’hui par son fils Benjamin à Nantes, a lancé ou vu passer du beau monde, de Brigitte Fontaine à Jacques Higelin, en passant par Fred Poulet ou encore plus récemment la chanteuse carioca Bia. Pierre Barouh sait aussi écrire. Hormis le fulgurant "Chabadabada", on doit entre autres à ce poète modeste deux des plus grands succès de la chanson française. Après Des ronds dans l’eau magistralement interprétée par Françoise Hardy en 1967, dans l’album Ma jeunesse fout le camp. Il signe aussi les paroles et la musique de La Bicylette, rendue célèbre en 1969 par Yves Montand.
Discrétion assuréeContrairement aux apparences - l’homme pas très à l'aise avec les médias s’est fait plus discret avec le temps, Pierre Barouh ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Depuis les années soixante-dix, il a signé une dizaine d’albums (Ça va, ça vient en 1971, Viking Bank en 1977, Pollen en 1982, Itchi go itchi e en 1998), joué dans plusieurs pièces, comme Le cabaret de la dernière chance de son ami exilé politique chilien Oscar Castro du théâtre Aleph, dont il signera au passage la musique avec Anita Vallejo. Il a réalisé aussi quelques longs-métrages, sans beaucoup de succès, dont le sympathique et très autobiographique Album de famille où l’on entend dire au détour d’une dispute : "Pierre Barouh, il est bien gentil, mais enfin : les chiens de Pierre Barouh, les copains de Pierre Barouh, la fête de Pierre Barouh, c’est un peu léger tout ça, euh, le narcissisme, on le prend en bloc,(…), mais je dois dire que je trouve ça un peu rigolo quoi !".
A Soixante et onze ans, Monsieur Pierre, comme le surnommait Baden Powell, continue de filmer, de chanter, de produire, de jouer au flipper au café du coin, et surtout "de prendre le temps de ne rien faire", comme le précise la devise de sa maison de production Saravah, "premier vrai label indépendant français" aime-t-il à rappeler. Au fait, Barouh, en hébreu, ça veut dire "béni". Alors, Saravah Pierre !
* Dans son orthographe originelle Sarava ne prend pas de h, c'est Barouh qui a rajouté en clin d’œil la dernière consonne de son propre nom.
François-Xavier Freland
17/07/2000 -