ParisÂ
11/03/2005 -Â
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Les portraits de Pouchkine frappent d'emblée par la ressemblance de l'auteur de Boris Goudonov avec Alexandre Dumas, cet autre créole. Ils ornent les nombreux bouquins posés sur la table, à côté de partitions noircies de croches et de poésies. Dans son appartement du XXème arrondissement, David Murray s'est "beaucoup documenté pour ce projet". Des essais en américain, des revues en français, des écrits en russe, tout juste rapportés d'un concert donné à Moscou. Comme un avant-goût à la création qui va se jouer à Bobigny. "Je suis fatigué de toutes mes recherches autour de Pouchkine. Maintenant place à la musique, aux cordes et aux rythmes !" Depuis août 2004, le saxophoniste compose une thématique, présentée en cinq volets, autour de Pouchkine.
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"La poésie de Pouchkine a une métrique très spécifique, une scansion très rythmique". Cette tradition de l’oralité a marqué tous les auteurs russes depuis. Murray la couche désormais sur le papier musique, "dans une forme d’opéra jazz". Pour ce faire, il a retenu dix des douze thèmes initiaux, qu’il a composés en prenant appui sur le texte original, mais aussi sur des écrits de Blaise tels que Stolen By Night, Sold By Day. Il y a aussi Evguéni Onéguin, que l’Américain comme le Camerounais aiment à citer "Aurais-je un jour ma liberté ? Il est grand temps, je l’implore / Au bord de mer, j’attends le vent, Je fais signe aux voiles marines / Sous le suroît des flots, Quand prendrai-je mon libre essor ; Au carrefour des mers ? / Il faut fuir les bords ennuyeux, D’un élément qui m’est hostile / Et sous le ciel de mon Afrique, Sous les houles du midi / Regretter la sombre Russie, Où j’ai aimé, Où j’ai souffert, / Où j’ai enseveli mon cœur" (Chant I, strophe L). Tout est dit, ou presque.
Distribution
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"Les cordes représentent la partie européenne du propos, une partie très importante. Pouchkine n’était pas un africain, mais un créole, un homme entre deux mondes. C’est ce qui le rend tout à fait passionnant". Et Murray de citer Ma généalogie, "un texte qui parle justement de cette double identité" . "Alexandre Dumas est un auteur français, James Baldwin un américain, Pouchkine un russe". Pas question pour David Murray de les mettre dans une case – c’est le mot – bien spéciale, celle de "l’auteur afro avant d’être auteur". Trop facile, trop raciste. "Pour moi, il s’agit d’un projet qui, à l’heure de mes cinquante ans et de la mort de mon père, est un comme un aboutissement. Cela met en jeu et ensemble bien des expériences que j’ai vécues, mais en allant encore plus loin dans l’écriture classique et en me plongeant dans le texte français et russe. C’est finalement le projet le plus européen que j’ai pu faire !" On ne peut manquer de songer à ce formidable roman à tiroirs, Effacement de Percival Everett, qui se moque avec malice et talent de la vision un peu trop naturaliste d’un monde en noir et blanc. Ironie, un bon mot de la fin.
Pouchkine / David Murray Banlieues Bleues les vendredi 11 et samedi 12 mars, à la MC 93 de Bobigny. Au Barbican Center à Londres le 13 mars.
Jacques Denis
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19/07/2007 -Â
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