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Patrick Saint Eloi

L’artiste guadeloupĂ©en assume son nouveau rĂŽle de "Papa zouk"


Paris 

14/03/2005 - 

De passage en mĂ©tropole pour prĂ©senter PlĂ©zi, son dernier album, Patrick Saint-Eloi poursuit, avec Ă©lĂ©gance et modestie, son chemin sur la planĂšte zouk. Une dĂ©marche artistique sincĂšre qui confirme que le chanteur guadeloupĂ©en demeure l’un des dignes reprĂ©sentants de la scĂšne musicale des Antilles françaises.


Avec ses dread locks plaquées en arriÚre, la star de Pointe-à-Pitre affiche

 
  
 
un nouveau look. Une maniĂšre, sans le vouloir, de nous dire que l’époque du crooner de Kassav’ est rĂ©volue. MĂȘme si la voix charmeuse est toujours aussi convaincante, Patrick Saint-Eloi semble dĂ©sormais ĂȘtre devenu un "Papa zouk" tranquille. Un statut des plus honorables pour ce GuadeloupĂ©en au service de la musique antillaise - en solo ou avec le big band crĂ©ole -, depuis les annĂ©es 80. RĂ©compensĂ© par de nombreux prix, acclamĂ© par le public Ă  chaque concert, il paraĂźt aujourd’hui serein malgrĂ© sa notoriĂ©tĂ©. Car l’homme a pris le dessus sur l’artiste. Rencontre.

Rfi musique : Vous revenez dans les bacs avec PlĂ©zi, une longue et douce ode Ă  la sensualitĂ©. Comment avez-vous Ă©crit cet album ?
Patrick Saint-Eloi : Au dĂ©part, je devais enregistrer un best of avec quelques chansons inĂ©dites. Et puis, au fur et Ă  mesure, j’ai Ă©cris pleins de nouveaux textes. Du coup, je suis entrĂ© en studio pour faire un vĂ©ritable nouvel album. Concernant, les thĂšmes, j’en avais marre de cette image caricaturale que l’on donne de moi avec uniquement ce cĂŽtĂ© lover. MĂȘme si c’est pas une critique, je voulais aborder d’autres sujets que l’amour. Depuis que je suis rentrĂ© vivre aux Antilles, je suis davantage en contact avec les gens au quotidien. Sans avoir un discours rĂ©barbatif, je me suis rendu compte qu’il y a plein de sujets de sociĂ©tĂ© qui nous prĂ©occupent tous, comme les problĂšmes d’environnement. Par exemple, sur le titre Ni assĂ©, je parle des cataclysmes et autres tremblements de terre que nous avons connus. Nous devons rĂ©flĂ©chir ensemble pour trouver des solutions. Car nous sommes tous sur la mĂȘme petite terre et il est important de savoir si chaque habitant de la planĂšte vit correctement dans un certain bonheur. MĂȘme si j’habite en Guadeloupe, je suis avant tout un citoyen du monde.

Ce dernier album est marquĂ© aussi par la prĂ©sence de deux compatriotes, le pianiste Ronald Tulle et le DJ Didier Daly. Comment se sont effectuĂ©es ces rencontres ?
En ce qui concerne Ronald Tulle, il Ă©tait en concert eu Guadeloupe pour dĂ©fendre son album. Ronald a entendu que j’étais en studio, il est passĂ© me voir et m’a demandĂ© de jouer sur le titre Anvi vi. J’ai tout de suite acceptĂ©, car ce jeune artiste a un touchĂ© de piano fabuleux. C’était pas calculĂ© ! Idem pour, Didier Daly, qui offre un bel alliage ragga-zouk sur la chanson RespĂš. Ce junior est en plein boum. Nous nous sommes rencontrĂ©s lors de l’enregistrement de son propre compact sur lequel j’ai participĂ©. Mais surtout, ce DJ s’est fait remarquĂ© dans le film Neg’ Marrons de Jean-Claude Flamand Barny, aux cĂŽtĂ©s de Stomy Bugsy et Admiral T. Il incarne Ă  merveille le rĂŽle de Silex. Ce gars dĂ©gage beaucoup d’émotions. Ces retrouvailles n’auraient pas pu se faire, si j’avais travaillĂ© en mĂ©tropole. Bien que la musique rapproche les gens, les grosses productions parisiennes ne tiennent pas compte de la dimension humaine. Aux Antilles, les choses se font simplement, naturellement tout en Ă©tant aussi efficaces. Franchement, la rĂ©alisation de mon disque, chez moi, n’a Ă©tĂ© que du bonheur, que du plaisir. C’est pour cela que je l’ai titrĂ© ainsi. (rire)

Le zouk tient-il toujours le haut du pavĂ© dans le paysage musical des Antilles françaises ?
Quand vous sortez dans les discothĂšques, le public danse toujours sur le zouk. C’est impensable d’aller dans une boĂźte et de ne pas entendre notre musique ! Par contre, sur les antennes de radios, nous sommes victimes de l’intoxication amĂ©ricaine. La musique anglo-saxonne est diffusĂ©e Ă  profusion. C’est grave, sur le plan culturel ! On est en train de nous resservir notre zouk en version r'n'b. Aux Etats-Unis, ils ne savent plus quoi inventer. Alors, ils prennent notre rythme en le travaillant Ă  leur sauce avec un gros son. Il faut rĂ©agir. Car, je ne veux pas qu’on me vende quelque chose qui m’appartient !

 
 
Au regard de votre longue carriĂšre, vous affichez une certaine sĂ©rĂ©nitĂ© aujourd’hui. Vous semblez ĂȘtre dans un autre Ă©tat d’esprit depuis que vous ĂȘtes rentrĂ© en Guadeloupe?
Il n’y a pas eu que des bonnes choses dans ma vie d’artiste, mais il faut savoir aller au-delĂ . Maintenant, j’arrive Ă  gĂ©rer ma famille et mon travail. Cet Ă©quilibre reprĂ©sente ma rĂ©ussite personnelle. Je n’ai pas vu grandir mon fils et j’en ai souffert, car j’étais tout le temps absent Ă  l’époque de Kassav’. DĂ©sormais, je m’organise et je suis en harmonie avec moi-mĂȘme. C’est un choix. Un choix d’homme qui n’a pas Ă©tĂ© facile mais que j’assume totalement. J’ai passĂ© des annĂ©es Ă  courir pour le business, la notoriĂ©tĂ© et le blĂ©. J’étais mal Ă  l’aise. Aujourd’hui, j’ai fais une croix sur la gloire, car j’ai envie de mener une existence paisible. C’est pour cette raison que j’ai Ă©cris Anvi viv, un morceau qui veut simplement dire que j’ai envie de vivre.

Alors quelle est dĂ©sormais la vie de tous les jours de Monsieur Saint-Eloi sur son Ăźle ?
Je suis un papa poule. Le rĂ©veil sonne Ă  6 heures du matin. Je prend mon petit cafĂ© tout seul sur la terrasse. J’aime ĂȘtre tranquille au dĂ©but de la journĂ©e. AprĂšs, je rĂ©veille ma fille afin de la prĂ©parer pour aller Ă  l’école, comme tout un chacun. Ensuite, je m’occupe de mes affaires. Par exemple, en ce moment, je passe voir les disquaires puisque mon album vient de sortir. Et puis, je vais chercher ma fille quand les classes sont terminĂ©es. Le week-end, nous allons Ă  la plage et Ă  la pĂȘche. J’adore pĂȘcher, c’est ma thĂ©rapie, mon calmant. En plus, notre congĂ©lateur est toujours plein de bons poissons. Tout le monde est content, surtout mamie !

Patrick Saint-Eloi Plézi (Lusafrica/BMG) 2005
Lov’Tour en France, les 4 et 5 novembre 2005 au Bataclan (Paris)

Daniel  Lieuze