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Chronique album


Daft Punk

Human after all


Paris 

17/03/2005 - 

Virtuellement, Disque d’or avant sa sortie en France, Human after all, le nouvel opus des Daft Punk devrait suivre le chemin des deux prĂ©cĂ©dents, Ă©coulĂ©s Ă  plusieurs millions d’exemplaires. Un mĂ©lange de guitare et de rythmes Ă©lectro, qu’on trouvera, au choix, spontanĂ© ou rĂ©pĂ©titif. Avis internationaux nuancĂ©s sur cette sortie mondiale.


 
  
 
Human after all a Ă©tĂ© enregistrĂ© en six semaines et piratĂ© plus d’un mois avant sa sortie officielle. La maison de disques a tout d’abord niĂ©, qualifiant les fichiers diffusĂ©s sur le net de "faux" ou "pistes de travail",  avant d’avancer d’une semaine la mise en rayon de cet album aux influences rock affichĂ©es. Opportunisme ou retour aux fondamentaux ? Les pĂšres de la French Touch, Guy-Manuel de Honem Christo et Thomas Bangalter dĂ©livrent une oeuvre au son rugueux, comme composĂ©e dans l’urgence. Le terme "chanson" n’est en rien adaptĂ©, la voix, complĂštement triturĂ©e, ne sert que d’élĂ©ment rythmique. 

PlutĂŽt de bonne augure, pour Michael, animateur sur la radio universitaire berlinoise, Uniradio. Adolescent, il a connu ses premiers Ă©mois Ă©lectroniques grĂące Ă  Homework, l’album de l’ascension : "A l’époque, J’avais Ă©tĂ© hypnotisĂ© par ce son post-disco avec un pied techno trĂšs dansant. Aujourd’hui, ils sont revenus Ă  une sonoritĂ© plus dure, certainement moins racoleuse que sur Discovery [leur deuxiĂšme disque, ndlr]". Mais si bon son ne saurait mentir, Michael avoue sa dĂ©ception. : "Les morceaux dĂ©marrent bien mais passĂ© une minute trente, ça se rĂ©pĂšte sans plus avancer. Il n’y a vraiment qu’un titre qui m’ai emballĂ© : le bien nommĂ© The brain Washer [le dĂ©cerveleur], un thĂšme comme Ă  l’ancienne, de la pure techno, trĂšs dansante. Je pense que c’est le seul que je pourrais passer dans une soirĂ©e sans avoir honte".

Tube Machine

 
 
Daft Punk a une bonne idĂ©e par titre. C’est dĂ©jĂ  pas mal, mais on se demande si emportĂ© par son Ă©lan si soudain de spontanĂ©itĂ©, le duo parisien n’a pas bloquĂ© sur la fonction "copier-coller" de ses machines. Break de batterie, guitare rock, une boucle de synthĂ©tiseur imparable, on se frotte les mains, Robot Rock, le premier titre issu de l’album, va ĂȘtre Ă©norme â€Š une minute ! PassĂ© ce temps la formule restera quasi identique tout au long des 4 minutes 47 secondes. C’est le genre de dĂ©tail qui ne gĂšne absolument pas Alejandro Ramos, DJ et animateur sur la radio argentine FM Palermo, le quartier des boĂźtes de nuits de Buenos Aires : "ici, le public techno est "festif", les gens  aiment bien danser en soirĂ©e mais n’écoute pas forcĂ©ment de musique Ă©lectronique chez eux. Ce titre est instinctif, il va mĂȘme certainement faire venir de nouvelles personnes. Et puis s’il est un peu long, ce n’est pas grave, je n’en passe que la moitiĂ© !" SuccĂšs parfait ? Un peu trop mĂȘme peut-ĂȘtre. Les Daft Punk avaient dĂ©jĂ  copieusement usĂ© leur samplers pour composer des titres comme One more time ou  Harder, Better, Faster, Stronger. Avec Robot Rock , ils s’en sont donnĂ©s Ă  coeur joie. La boucle imparable, inlassablement rĂ©pĂ©tĂ©e, est intĂ©gralement copiĂ©e d’un titre de Breakwater, groupe de funk-rock de la fin des annĂ©es 70, il faut l’avouer, complĂštement oubliĂ©. A l’écoute de Release the beast, on ressent une certaine gĂšne 
 Les deux Français se sont contentĂ©s de reprendre une sĂ©quence, d’ajouter quelques sons de batteries, deux ou trois effets, et c’est pliĂ©. Le cinĂ©aste Claude Lelouch avait comparĂ© la Nouvelle Vague Ă  une rĂ©volution de chef opĂ©rateur. Dans ce cas, il y a fort Ă  parier que la French Touch soit celle d’ingĂ©nieur du son disposant d’un bon bac de vieux disques.

L’image a la parole

L’Angleterre se rebiffe devant tant de mauvais esprit. Annie Nightingale,  animatrice pilier de la BBC Radio 1 en Angleterre, avance mĂȘme une thĂ©orie diablement Ă©laborĂ©e : Daft Punk s’est lancĂ© dans la musique participative ! "Je pense que c’est le morceau le plus accrocheur qu’ils aient fait depuis longtemps. Je vois mĂȘme dans ma tĂȘte oĂč placer des breaks pour faire un remix, j’espĂšre que certains vont se lancer car cela devrait donner de bons rĂ©sultats". Toujours de source londonienne, le duo belges des 2 Many DJ’s serait Ă  pied d’oeuvre.

 
  
 
MalgrĂ© ou grĂące Ă  ce simplisme, Human after all a de grandes chances d’ĂȘtre un Ă©norme carton. Les deux Parisiens s’y entendant Ă  merveille pour mijoter quelques singles imparables qui s’invitent sans permission dans vos pavillons auditifs. Depuis Chicago, une des villes pionniĂšres de la techno, Dave Tripper, collaborateur de Fusion Radio s’avoue dĂ©jĂ  grand fan. "Les compositions ont Ă©voluĂ© vers quelque chose de plus humain. Dans la lignĂ©e de One more time, Daft Punk reste attachĂ© Ă  sa "pop synthĂ©tique" avec des titres aussi attractifs que Technologic et sa sĂ©quence de paroles simple et adictives".

Plus humains mais toujours des demi-dieux pour les Japonais. LĂ -bas, le duo s’affiche en grand format dans les villes pour vendre des tĂ©lĂ©phones portables. DJ Tsuyoshi, plus orientĂ© vers la techno trance,  n’a glissĂ© une oreille que sur le single. Une Ă©coute qui l’a laissĂ© de marbre : "j’attends de voir le clip, Daft Punk est le seul groupe a mĂȘler aussi bien, sons et image. Pour nous, l’univers visuel est trĂšs important". Peut ĂȘtre Human after all prendra-t-il toute son ampleur une fois mis en image, en attendant, les tĂ©lĂ©visions de par le monde ne vont certainement pas s’y tromper. Avec ses gimmicks hautement mĂ©diatiques, cet album a tout pour devenir la bande son obligĂ©e des rĂ©trospectives sportives de l’annĂ©e. Une consĂ©cration comme une autre. 

Daft Punk Human after all (Labels) 2005

Ludovic  Basque