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Jacques Higelin chante Trenet

Trenet en attendant le prochain disque


Paris 

30/03/2005 - 

Higelin chante l’oeuvre de Charles Trenet au Trianon Ă  Paris jusqu'au 3 avril, ce qui donnera un disque live Ă  la rentrĂ©e, avant qu’il ne mette le point final au long travail de son prochain album. En attendant, un best of et un DVD viennent de sortir. Entretien avec l'artiste.


 
 
"Ce ne pouvait ĂȘtre des vacances plus riches".
Higelin est heureux : EMI sort ces jours-ci Entre deux gares, une belle compilation de trente-trois succĂšs retraçant presque quarante ans de carriĂšre (y compris les annĂ©es des disques Canetti et Saravah) et accompagnĂ©e d’une compilation d’extraits de concerts et d’émissions de tĂ©lĂ©vision en DVD. En outre, il s’est installĂ© pour plusieurs semaines au Trianon, Ă  Paris, pour y prĂ©senter Higelin enchante Trenet, spectacle consacrĂ© exclusivement aux chansons du premier maĂźtre moderne de la chanson française. Tout cela, ce sont les vacances d’Higelin, ses vacances dans le grand chantier de son prochain album studio, sept ans aprĂšs Paradis paĂŻen.

RFI Musique : Alors, il y aurait un nouvel Higelin en prĂ©paration ?
Jacques Higelin : Je prĂ©pare un album que j’enregistrerai cet Ă©tĂ©. Des amis m’ont rĂ©servĂ© un espace, non loin de Paris, pour pouvoir crĂ©er tranquillement, oĂč j’ai emmenĂ© les pianos, les guitares, l’accordĂ©on, les bandes - tout. LĂ , j’ai fait un grand bilan de ce que j’avais enregistrĂ© jusqu’à prĂ©sent. Puis j’ai travaillĂ© pendant trois ou quatre ans Ă  l’écart, sur des Ă©critures commencĂ©es il y a six ou sept ans. J’ai Ă©crit des musiques, des textes – ce sont parfois des chansons, parfois non. Et j’ai Ă©crit tellement de choses que je suis arrivĂ© Ă  un grand fouillis. Alors j’ai dĂ©cidĂ© d’arrĂȘter un moment, justement parce que je n’arrĂȘtais pas d’écrire - tout en continuant Ă  faire Ă©normĂ©ment de concerts.

C’est ce qui vous a amenĂ© Ă  chanter Trenet ?
Je dois reconnaĂźtre que l’idĂ©e n’est pas de moi mais de Daniel Colling [son manager, par ailleurs directeur du Printemps de Bourges et du ZĂ©nith de Paris]. Comme j’avais beaucoup tournĂ© avec mes chansons depuis Paradis paĂŻen, et que je voulais Ă  la fois laisser dormir ma nouvelle crĂ©ation pour la reprendre plus tard, et continuer Ă  tourner, il fallait un concept. Comme j’avais dĂ©jĂ  chantĂ© Trenet Ă  un concert [un hommage historique, au premier Printemps de Bourges, en 1977], Daniel Colling m’a dit  "pourquoi pas lui ?" Ça m’a immĂ©diatement intĂ©ressĂ© dans la mesure oĂč il y avait Ă  accomplir un travail de recrĂ©ation Ă  partir de ses chansons.

 
  
 
Trenet, c’est votre enfance ?
La premiĂšre fois que j’ai dĂ» l’écouter, c’est sur un phonographe Ă  manivelle sur lequel on changeait les aiguilles toutes les trois auditions. On n’avait pas de bouquins ou de disques Ă  la maison et, un jour, quelqu’un m’a offert un vieux phonographe dont il ne se servait pas, avec quelques 78-tours – des disques rayĂ©s, avec du jazz, Damia, des comiques troupiers... Mon pĂšre [qui Ă©tait cheminot] Ă©tait fou d’opĂ©rette et chantait Strauss, Franz Lehar, L’Auberge du Cheval blanc. Il dĂ©testait le jazz - je n’ai jamais compris pourquoi – et il a aimĂ© Trenet. Avec lui au piano, je suis allĂ© chanter du Trenet pendant les entractes des cinĂ©mas Ă  Chelles.

Une famille de musiciens amateurs ?
Nous vivions avec mes grands-parents et ma grand-mĂšre, qui Ă©tait alsacienne, chantait des mĂ©lodies trĂšs anciennes – C’est un oiseau qui vient de France, ce genre-lĂ . Elle est la premiĂšre personne avec qui j’ai chantĂ©, quand je devais avoir cinq ans. Je m’asseyais sur ses genoux, je faisais la tierce et les voisins trouvaient ça charmant. C’est lĂ  que j’ai appris Ă  chanter juste. Le cĂŽtĂ© conteur, ça vient de mon grand-pĂšre, qui Ă©tait parti de chez lui, en Alsace, Ă  quatorze ans, pour faire le tour de France des compagnons et avait poussĂ© jusqu’à l’Egypte et la Russie. Je passais des heures Ă  l’écouter et, comme il m’avait dit qu’il Ă©tait parti trĂšs jeune, j’ai commencĂ© Ă  fuguer vers treize ou quatorze ans, d’abord un jour, puis deux, puis trois... Je partais de Chelles pour aller Ă  Paris.

Dans votre premiĂšre carriĂšre au théùtre, puis dans la chanson depuis presque quarante ans, vous avez souvent surpris, justement, par votre facilitĂ© Ă  fuguer, Ă  faire ce que l’on n’attend pas de vous. Est-ce toujours le cas avec l’Higelin d’aujourd’hui ?
Pour le prochain album, personne n’attendait rien : je n’ai pas de maison de disques. J’ai essayĂ© de dĂ©finir une nouvelle voie – une nouvelle voix. Et qu’elle corresponde au point oĂč ma vie en est arrivĂ©e. J’ai envie de faire des choses sur la pulsion, en roue libre. Une chanson de trente secondes puis un grand film, des Ă©vĂ©nements en totale libertĂ©.

Beaucoup de choses sont-elles dĂ©jĂ  Ă©crites ?
Il y a peut-ĂȘtre une vingtaine de chansons dont je suis sĂ»r, mais une soixantaine sont Ă©crites. Et puis des morceaux de musique qui ne sont pas des chansons. Et puis des textes – peut-ĂȘtre la matiĂšre d’un bouquin.

Du 23 mars au 3 avril Ă  Paris  au Trianon
Jacques Higelin Entre deux gares (Capitol Records) 2005

Bertrand  Dicale