Paris
04/04/2005 -
|
|
Certes, Jonasz n’a pas ici rangé au placard son penchant pour les musiques noires, pour endosser la défroque exclusive du chanteur pour drame. Mais plus il avance, plus il semble opérer une sorte de retour perceptible vers ses racines. Vers l’amertume de la musique tzigane pétrie de nostalgie, et héritée de ses grands parents. Vers une culture des larmes plus cathartique que cafardeuse. Rien de sombre, encore moins de sordide : juste une plume trempée dans la peine, des accords pleureurs encore plus appuyés qu’à l’habitude. Moins de soul, plus de vague à l’âme, exprimés ici à travers ces femmes qu’on quitte, ces couples en fin de parcours ou dont on craint qu’ils ne manquent de souffle. Ces amours fébriles, ces bonheurs fragiles puisque passés. Des thèmes chers à Jonasz, toujours bluffant lorsqu’il s’agit de décliner ces histoires intemporelles. Et capables de chansons à faire mouiller les yeux, comme Le dîner s’achève, et sa montée dissonante de cordes qui joint les notes à ses paroles. Alors quoi ? Notre homme ne militerait plus pour la "contagion de la joie" selon ses termes, mais pour une épidémie de pleurs amers ? Qu’importe, puisque le résultat caresse l’oreille dans le bon sens.
Musicalement moins dépouillé que sa dernière sortie, qui optait pour une version trio acoustique, cet album sans titre reste en effet fidèle à la réputation de son auteur. Le trait est précis, souligné par la batterie de Laurent Robin, remarqué chez Arthur H et déjà présent sur la précédente tournée de Jonasz. Pas de révolution stylistique, ou de véritable surprise, au contraire. On remarquera même, ici un souffle mélodique familier (entre le tout nouveau Mal de toi et Tombent les feuilles, extrait de l’album Où est la source ?), là un rappel rythmique... Il en faut néanmoins plus pour que Jonasz sombre dans le déjà entendu, ou la simple redite. Encore moins dans l’aridité créative, piste un temps évoquée par ceux qui ne voient l’artiste qu’à travers ses grands succès populaires, et qui sont visiblement passés à côté d’albums comme Pôle Ouest ou l’excellent Soul Music Airlines.
Restent quelques titres nettement dispensables, qui inspirent à certains des commentaires moins courtois. Comme cette errance stylistique sur Barcelone (un pseudo flamenco mal à propos) ou ce Cha-cha-cha ludique mais qui semble invoquer le lustre d’une Boîte de jazz d’un autre temps, et infligent au disque une relative baisse de rythme à mi parcours. Rien de suffisant néanmoins pour lui ôter son évident pouvoir de séduction. "J’laime à la folie/ Quand elle coule à flot/ La mélancolie" chantait Jonasz sur sa précédente livraison. Le Joueur de Blues ne fait rien de plus ici qu’être à la hauteur de sa réputation. Et ça lui va plutôt bien.
Loïc Bussières
02/03/2007 -
27/12/2002 -
12/05/2000 -