Lyon
12/04/2005 -
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La table ronde qui suit réunit des acteurs de la scène suisse, africaine et française, trois territoires, trois expressions. Carlo, rappeur du groupe lausannois Sens Unik, commence par tordre le cou à une idée reçue. La Suisse, un pays prospère ? "C'est surtout un pays qui s'est fait une spécialité de vendre des cartes postales. La réalité est différente. Dans mon quartier, il n'y avait que des Espagnols, des Italiens, des Portugais". Sont projetées alors des images du début de leur carrière. Le groupe a l'air très sympathique. Nous sommes à des kilomètres de l'image dure, contestataire, d'un certain rap français (NTM etc).
Légitimité-identité-célébrité
Les musiciens de BBC Sound System (Best of the Best Community) évoquent alors leur carrière. "En 1995, le rap est arrivé à la mode, on s'y est tous mis. Nous chantions en Wolof, en Peul, avec des instruments traditionnels. Nous avons alors pensé qu'il y aurait plus d'ouverture à Paris. On a tenté notre chance en France." Sont-ils revendicatifs et engagés? "L'hymne national sénégalais dit : "Pincez tous vos koras, frappez les balafons". C'est pour les touristes! Il faut savoir que 40 % des Sénégalais ne parlent pas français et ne comprennent pas les paroles... Alors, on commence notre concert par un chant a cappella, en hommage à Lat Dior, un résistant qui s'est opposé à Faidherbe (gouverneur de la colonie au XIXe siècle) pour la construction d'un train. Il s'est défendu, c'est un acte de résistance.".
Né en France de parents Franco-Guinéens, Izm a rejoint le groupe récemment. Sa vision est différente de celle du reste du groupe : "Le rap français est une singerie un peu foirée du rap américain. Musicalement, on n'a rien compris. Quand la musique ne vient pas d'un pays, tu la singes. Le Français croit qu'il faut être méchant pour faire du rap. Alors qu'en Afrique, on souffre vingt fois plus qu'on ne peut souffrir dans une citée française. Les Africains ont la banane, ils rigolent. BBC Sound System parle des problèmes, mais croque la vie à pleine dents". Et la politique? "On a une chanson qui parle du gouvernement, par rapport au peuple. Le gouvernement oublie le peuple d'en bas. On revendiquait ça en 97, sous la présidence Diouf. Depuis on a quitté le Sénégal, on ne peut plus en parler ; maintenant, on chante la nostalgie de notre pays. Et on essaie de donner des solutions."
Après avoir participé aux Découvertes du Printemps de Bourges en 2004, le groupe a multiplié les contacts et s'est produit dans plusieurs festivals, en Afrique et en Chine. Leur titre Thérésa est même un tube au Burkina, où ils jouaient en mars dernier lors du festival Fêt'arts. Jouer en Afrique était d'ailleurs un véritable défi : "C'est facile de faire l'Africain en Suisse ou en Hongrie. Tu mets un boubou, tu fais "Ouala ouala" en tapant dans tes mains, et c'est bon (rires). Jouer à Ouagadougou, c'était un test, parce que là, des Africains, il n'y a que ça. Ils nous auraient dit : "Arrête cousin, on connaît, nous..." (rires)". Le groupe a obtenu un franc succès devant 15000 personnes.
Tchatche ou tassou ?
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L'oralité est encrée dans la tradition africaine. Le rap, n'y a-t-il pas naturellement ses racines ? "On a un morceau qui parle de ça, "La Parole". On utilise des paroles de griots qui faisaient des éloges aux rois, et on les pose sur un rythme raga. Les gens écoutent, trouvent ça bien mais... ma grand mère elle sait le faire (rires). Regarde les Last Poets. Leur manière de toaster, ça s'appelle le tassou. Une grand-mère de 80 ans, elle tchatche sur les percus, c'est du tassou. Les Last Poets, ils faisaient ça, on disait qu'ils étaient précurseurs...!" Eclat de rire général.
Richard Belia
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