Paris
14/04/2005 -
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C’était à l’époque des 45 tours : à la fin des années 60, un producteur jamaïcain décide de placer sur la face B des disques les versions instrumentales des chansons figurant en face A. Sans le savoir, il vient de dessiner la porte d’un nouvel univers musical que vont rapidement commencer à explorer les ingénieurs bidouilleurs des studios de Kingston. Ainsi naît le dub, un remixage basé sur quelques principes de déstructuration saupoudrés d’une poignée d’effets, sur disque comme en concert.
Lorsque la scène foisonnante du reggae français gagne en visibilité à la fin des années 90, les groupes de dub sortent eux aussi de l’ombre et profitent en partie de cet engouement soudain. Même s’ils ont parfois eu la sensation de ne pas faire vraiment partie de la famille. «Quand on a commencé, les gens du reggae nous regardaient d’un drôle d’œil. Ils nous prenaient pour des rock’n’rolleurs maquillés. On n’a pas pris le train en marche et pourtant on a connu ce rejet-là», se souviennent les Bordelais d’Improvisators Dub, qui fêtent en 2005 leurs dix années d’activité avec le double album W.I.C.K.E.D.. «En France, on peut être fier d’avoir une scène de groupes de dub qui se distingue par un véritable éclectisme musical», soulignent ces pionniers du mouvement dans le pays.
Le dub pour tous
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Grâce à sa capacité à intégrer toutes sortes d’éléments musicaux, le dub peut aussi s’appuyer sur un public ambivalent : d’un côté les fans de reggae attiré par son côté sombre, de l’autre ceux qui viennent du monde de l’électro voire de la techno. Si bien que, tout en restant à l’écart des projecteurs médiatiques et dans un marché du disque en pleine crise, le genre est tout à fait rentable : en six ans, les ventes cumulées par Zenzile approchent la barre des 100 000 exemplaires, dont 20 000 pour le précédent album Totem et 10 000 pour chacun de leurs CD 4 titres, format réputé risqué, pourtant.
Par définition, le chant est absent du dub. Et c’est pour ne pas être contraint de construire leurs compositions autour d’une partie chantée que les membres de Zenzile – qui confessent également ne pas savoir jouer et prendre le micro en même temps – se sont lancés en 1996 dans l’aventure osée du dub. Mais ils ne sont pas allergiques aux voix et n’hésitent pas à leur faire une place dans leur répertoire. La dub poète américaine Jamika n’en n’est pas à sa première collaboration avec eux. C’est après l’avoir rencontrée sur scène en Grande-Bretagne que le groupe a démarré sa série 5+1 (les 5 musiciens et un invité) en 2000, et il n’est guère surprenant de la retrouver sur leur nouvel album. Tout comme Sir Jean, chanteur du groupe français Meï Teï Shô, qui avait été lui aussi invité sur un autre volume de la série 5+1. «On sait qu’on les a mariés à notre son, qu’on aime bien travailler ensemble. Donc on continue», résume Matt. La présence de voix sur le W.I.C.K.E.D. d’Improvisators Dub ne résulte pas de la même démarche, bien que la participation des chanteurs Humble I, Ras I et Asney - figure de la scène reggae bordelaise -, soit avant tout une histoire de rencontres et d’amitié. Pour ses dix ans, le groupe a eu envie de s’inscrire dans la coutume jamaïcaine, ou plutôt de la renverser en faisant des morceaux dub puis leurs versions chantées. «C’est beaucoup plus facile de faire un dub par rapport à un reggae que de créer un dub à partir de rien», explique Manu, guitariste d’Impro.
Au-delà de la Jamaïque
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En concert : Improvisators Dub le 12 mai au nouveau casino
Zenzile les 15 et 16 avril à la maroquinerie
Zenzilé Modus vivendi (Supersonic) 2005
Improvisators dub W.I.C.K.E.D (Supersonic) 2005
Bertrand Lavaine
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