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L'hommage à Doudou Ndiaye Rose

Le maître de la percussion sénégalaise


Dakar 

15/04/2005 - 

Petit, sec, nerveux, à 75 ans, Doudou Ndiaye Rose est le maître incontesté du sabar, le tam-tam en wolof, et un véritable poète des sons. Chef d’un grand orchestre à géométrie variable – de 20, 50 ou 100 percussionnistes –, un gala de reconnaissance lui est consacré cette fin de semaine à Dakar, auquel participent les plus grands artistes du pays. Portrait d’un papy fort sympathique.


 
 
Chef tambour-major de Dakar, Doudou Ndiaye Rose est l’auteur de l’hymne national du Sénégal et le père d’une lignée de quarante-deux enfants, tous percussionnistes, qui sont, avec ses gendres et ses belles-filles, le vivier de son orchestre. Car, fait rarissime en Afrique, malgré l’interdiction ancestrale de la pratique tambourinaire, une vingtaine de femmes frappent le tambour sous sa direction.

Au Sénégal, il est devenu une institution. Et dans ce monde qu’il parcourt depuis quarante ans, Doudou Ndiaye Rose représente la tradition des percussions sénégalaises associée aux nombreux artistes qu’il côtoie. Que ce soit pour son travail dans le rock (avec les Rolling Stones, Peter Gabriel), le jazz (Miles Davis, Dizzy Gillespie), la chanson française (Higelin, Lavilliers, Jonasz), la musique bretonne (bagad Men HaTa) ou symphonique comme récemment avec l’orchestre de Basse-Normandie, Doudou aime frotter ses tambours à toutes les cultures.

Issu d’une famille de griots, et né avec le "gewol", cette prédisposition naturelle aux rythmes, le parcours musical de Doudou Ndiaye Rose a commencé il y a bien longtemps. En 1939, à l’âge de 9 ans, il est émerveillé par le son des sabars qu’il entend dans les cours de la Médina de Dakar. Il se rend alors à toutes les fêtes pour voir et entendre les musiciens frapper le tambour. Pour éviter de contrarier son père qui ne voit pas cette passion d’un bon oeil, il part s’installer chez ses grands-parents. Puis il rencontre le plus grand batteur du pays, El Hadj Mademba Seck, qui l’initie son art des années durant. Parallèlement, il étudie la plomberie, un métier qu’il exercera plus de quarante ans.

 
  
 
C’est grâce à Joséphine Baker que sa carrière va véritablement démarrer en 1959. De passage à Dakar, la diva invite le percussionniste dans son spectacle et glisse à l’oreille du directeur de la troupe : "Prenez soin de ce jeune homme, ce sera un futur grand". Après l’indépendance du pays, il devient chef batteur et régisseur du ballet sénégalais et parcourt l’Europe durant les années 60. Remarqué par Maurice Béjart, il participe à son ballet Mudra Afrique.

Une des grandes fiertés de Doudou Ndiaye Rose est d’avoir créé, à la demande du président Senghor, les premières majorettes sénégalaises qui défilent chaque année lors de la fête de l’Indépendance. Avec leurs pagnes courts et leurs foulards sur la tête, elles exécutent des pas de danse compliqués au son des rythmes et des percussions de Doudou et de ses "Rosettes".

Un spectacle étonnant qui avait interpellé le grand public lors de la retransmission télévisée du Bicentenaire de la Révolution française où l’ensemble avait participé au fameux défilé La Marseillaise, mis en scène par Jean-Paul Goude sur les Champs-Élysées. Lui, l’auteur de l’hymne sénégalais, interpréta alors au sabar, La Marseillaise chantée Jessie Norman.

Honoré à l’occasion de ce Gala de la reconnaissance, Doudou Ndiaye Rose est certainement l’artiste africain qui a su le mieux préserver et diffuser les rythmes ancestraux de son pays en les rapprochant des musiques modernes.


   Trois questions à Doudou Ndiaye Rose :

 
 
Que représente pour vous le fait d’être honoré par ce Gala de la reconnaissance ?
Avoir été choisi parmi dix millions d’habitants me fait énormément plaisir. Car cette distinction peut être remise à tout Sénégalais méritant pour l’ensemble de son oeuvre. L’an passé, lors de la première édition, c’était le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée, Joseph Ndiaye, qui avait été distingué. Cela prouve que mon pays suit ce que je fais à l’étranger. Cela m’a vraiment réconforté. On a l’habitude de dire que "Nul n’est prophète en son pays". Cette reconnaissance prouve que le peuple pense à moi. Et le chef de l’Etat, lorsqu’il m’a reçu la semaine passée, m’a dit : "On aurait dû le faire depuis longtemps".

Le fait que les plus grands artistes sénégalais soient présents à cet hommage est important pour vous ?
Bien entendu. Tous les artistes locaux seront là : Youssou Ndour, Thione Seck, Baba Maal, Ismael Lô, Omar Pène, Alioune Mbaye Der. Ils seront tous présents ainsi que les musiciens traditionnels venus de toutes les régions que j’ai invités.

Dakar est en train de préparer la troisième édition du festival mondial des Arts nègres qui se tiendra l’an prochain à Dakar. Vous avez déjà prévu quelque chose ?
Madame la ministre de la Culture m’a reçu il y a quelques jours pour me demander de collaborer avec son homologue brésilien, Gilberto Gil, ainsi qu’avec Manu Dibango pour composer l’hymne du festival. Nous nous sommes rencontrés hier pour mettre cette collaboration en place. J’ai d’ors et déjà prévu de venir lors de l’inauguration avec cinq cents batteurs.

Gala de la reconnaissance à Doudou Ndiaye le 16 à la caserne Samba Dery Diallo de Dakar.

Pierre  René-Worms