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Chronique album


Mathieu Boogaerts

Michel


Paris 

22/04/2005 - 

Bricolo minimaliste, lunaire rigolo... depuis son premier album Super, il valse avec les Ă©tiquettes, forcĂ©ment incomplĂštes. DĂ©calĂ©es et fantaisistes, comme sa musique. PortĂ©e par sa voix d’éternel ado, elle n’a jamais dissimulĂ© sa sensibilitĂ© angoissĂ©e, malgrĂ© le verni teintĂ© au second degrĂ© et clins d’Ɠil. Sa difficultĂ© Ă  grandir non plus. Pourtant avec ce nouveau disque, Mathieu aspire Ă  plus de sĂ©rieux en tout cas plus d’attention. Il se livre comme il est. Voici Michel.



RFI Musique :
 
  
 
Michel, c’est l’autre Mathieu ?
Mathieu Boogaerts :
C’est personne. J’ai vraiment du mal Ă  trouver un nom pour un disque, car je ne fais pas d’album concept mais des chansons indĂ©pendantes. J’aurais tout aussi bien pu l’appeler Disque n°4. Michel est mon prĂ©nom masculin prĂ©fĂ©rĂ©. Je ne sais pas d’oĂč ça sort, c’est trĂšs inconscient.

Tu n’as pas l’air en forme sur la pochette, c’est l’ñge adulte ?
Sur les autres, j’étais noyĂ© dans l’environnement de la pochette. LĂ , je voulais apparaĂźtre physiquement. Paolo Reversi, un portraitiste trĂšs connu, a fait les photos sans aucun maquillage, avec les seuls Ă©clairages. J’étais aussi crevĂ© par l’enregistrement. J’en suis trĂšs content parce qu’elle est exactement en phase avec le disque. Plus brut, triste, sans fioriture, avec moins d’humour et de sĂ©duction que les prĂ©cĂ©dents.

C’est aussi une façon de casser ton image ?
La chanson française me fait chier. Comme je suis snob, j’ai besoin de me dĂ©marquer des autres, de sentir un truc personnel, pas Ă  la mode. Lorsque j’ai commencĂ© il y a 10 ans, tout le monde se prenait au sĂ©rieux et je m’en suis dĂ©marquĂ© avec de l’humour dans les titres, les fringues
 Par contre ces derniĂšres annĂ©es, j’ai plutĂŽt l’impression qu’une trame comique s’est glissĂ©e chez beaucoup d’artistes. En rĂ©action Ă  ça, j’ai besoin de quitter ce terrain. J’ai donc livrĂ© un disque plus sĂ©rieux.

Tu te disais déçu des ventes de l’album prĂ©cĂ©dent, comment as-tu envisagĂ©  Michel ?
De par ses arrangements, la qualitĂ© des chansons, j’avais tous les moyens de passer au stade supĂ©rieur. Je trouve ça un peu frustrant par rapport Ă  d’autres trucs vendus comme Ă©tant de ma famille qui marchent et que je trouve moins bien. Inconsciemment je pense avoir une petite contrariĂ©tĂ©, une aigreur. MĂȘme si j’assume complĂštement 2000, il y avait une sorte de sĂ©duction, comme une fille qui avant d’aller en soirĂ©e, se maquille, met des bas, choisi justement ses vĂȘtements, mais ne rencontre personne. La fois suivante, elle dĂ©cide d’y aller comme elle est. Ce disque est plus brut. Je l’assume Ă©normĂ©ment.

 
 
Pourquoi ce retour Ă  une certaine simplicitĂ© ?
Je voulais que le disque vienne du corps. J’ai enregistrĂ© les guitares-voix ensembles pour le cĂŽtĂ© sensuel. Je voulais vibrer. A chaque accord, les voix, les titres... j’écoutais ce que je ressentais non pas auditivement mais physiquement. Il fallait qu’il y ait une profondeur, une sensation. Comme la voix fĂ©minine sur quelques morceaux, une sorte de sirĂšne. J’ai laissĂ© plus de place Ă  la premiĂšre prise, aux approximations. Du coup, aprĂšs ce disque, je ne sais pas ce que je vais faire. Je ne pense pas pouvoir aller plus loin dans le disque personnel. Soit j’arrĂȘte la chanson et je passe Ă  la musique instrumentale. Ou je peux aussi Ă©crire pour les autres... je n’en sais rien.

Tu as l’habitude de voyager pendant la composition. Avant l’Afrique, aujourd’hui l’Europe. A-t-elle eu une influence sur le disque ?
Je ne crois pas. Qu’elle soit Ă©crite Ă  Melun, Ă  Ouagadougou ou Oslo, la chanson est la mĂȘme. Si je pars ce n’est pas pour ramener une couleur locale, mais pour me retrouver en danger. Avec une mission Ă  accomplir, celle de faire un nombre dĂ©fini de chansons. MĂȘme Ă  Paris, je reste connectĂ© aux diffĂ©rentes communautĂ©s. Je suis tout le temps fourrĂ© dans le quartier japonais, chinois, indien... A n’ĂȘtre qu’avec des français, j’étouffe.

Comment est venue l’idĂ©e du DVD (Ă©dition limitĂ©e Ă  la sortie du disque, ndlr) ?
J’ai toujours beaucoup aimĂ© stocker les photos, des trucs que j’écris
 j’ai peur d’oublier. J’ai filmĂ© dĂšs qu’il se passait quelque chose d’important dans l’écriture. En tout 8h de rushes, 2 Ă  Barcelone, 1 Ă  Berlin, 1 Ă  Paris et 4 de studio, mixage. J’en ai ensuite parlĂ©, puis montrĂ© trĂšs timidement Ă  certaines personnes, les Ă©chos Ă©taient enthousiastes. Un ami monteur m’a suggĂ©rĂ© d’en faire quelque chose. Le rĂ©sultat d’une heure est trĂšs juste, j’ai donc cĂ©dĂ© Ă  l’idĂ©e du  Michel "SpĂ©cial". Mais je ne vends pas le rĂȘve et le mode d’emploi qui va avec.

Entre la pochette et le DVD, l’image crĂ©e un changement radical dans ta relation au public. As-tu peur de ce changement ?
Sur les disques prĂ©cĂ©dents, j’entretenais un certain mystĂšre, brouillant les pistes avec un personnage plus BD, mis en scĂšne, toujours habillĂ© pareil. LĂ , j’invite les gens Ă  venir chez moi. C’est trĂšs impudique. J’ai trĂšs peur, moins Ă  l’écoute du disque que de ce qu’ils vont voir.

Mathieu Boogaerts Michel (TĂŽt ou tard) 2005
En tournée en France, le 24 et 25 mai 2005 à Paris à la Cigale.

Pascal  Bagot