Chronique album
Paris
28/04/2005 -
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Barbe de deux jours, regard d’ange et allure décontractée, il marie le dandysme d’un Jim Jarmusch avec le surréalisme d’un Charles Trenet. Sur des mélodies inouïes, agiles et complexes, scandées d'une guitare à la maestria languide, de banjo et de violon, il plaque sa voix douce presque nonchalante qui rappelle Annegarn ou Alexis HK. Ses chansons bohèmes charrient des parfums de paradis perdus, des fragments de vie qui sonnent comme des réminiscences proustiennes, des petits bonheurs de mélancolie sourde qui manquent à tout moment de dériver au large d'une absurdité secrètement balisée. Ses histoires parlent de vin, de sa tante Madeleine aux cheveux comme des hortensias, de Boris Vian, de demandes en mariage à Porto dans une mélancolie soignée proche du fado, d’insouciantes virées ruineuses sur des fonds de blues où suinte comme une brise marine la douce tristesse du Tréport. Atmosphères acoustiques et pointillés électriques conspirent sans dissensions : Belin joue aussi sur des rythmiques afro-cubaines au fil d’un Carminha Minha à la trompette. Des chansonnettes patraques et raffinées, pleines de douceur, faussement naïves, faussement espiègles, faussement joyeuses, dans une écriture à la fois dépouillée et précieuse. Derrière ses airs de crooner, ce romantique de l’ombre est un blanc-bec soul, un cow-boy absurde, un rocker qui ne croit plus au rock'n'roll, un joyeux désespéré, un troubadour inquiet, grave et burlesque...
Un auteur interprète de plus dans la galaxie des faiseurs de vers sur lit d’instrumentation ? Certainement pas. Avec cet album éclectique et intimiste conçu comme un road-movie musical, Bertrand Belin affirme une singularité aboutie, déjà très prometteuse : une voix fraîche et nouvelle sur des airs de folk américaine à la Dylan et de jazz à la Cole Porter. À suivre, assurément.
Bertrand Belin (BMG) 2005
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Phrases pointues et musique maigre, lâchées par un type étrange aux allures de loup efflanqué. Une voix tremblante qui s’effrite. Son style. Lui qui pourtant "rêve d’éradiquer tout style", comme Pessoa ou Kafka qu’il chérit pour leur dépouillement. Cet artisan résigné assemble des mots, joue avec les rimes et bricole quelques notes autour. Avec des guitares qui tricotent des accords sombres, un piano et une contrebasse qui résonnent. En déserteur assumé du rock français, il ne garde du genre que l’esquisse. Un rock à la Beck. Un rock chargé de désespoir. Télescopant les genres (rockabilly, punk-rock, chanson), négligeant la voix, parlée pour l’essentiel, atone.
On retrouve aussi des mélodies pop version sixties. De surprenantes comptines du quotidien chantonnées sur le ton du dandy grinçant, un brin nostalgique dans Ma gomme, une chanson d’enfance truffée de jeux de mots comme des souvenirs jetés sans s'attarder. Ou un brin misogyne à la Gainsbourg, dans Toute une vie. Des textes drôles et décalés qui témoignent d’une capacité à déceler la beauté de la vie, tout comme son absurdité et à en rire de façon flegmatique. Dadaïste passionné, Poulet renouvelle les ready-made d’écriture automatique à la Marcel Duchamp sur son Edl’épicier.
Entre influences passées et désir de s’en détacher, Fred Poulet affiche ici son ambition de creuser son propre sillon, plein de liberté, d’envie et de talent. Sans référence évidente. Et, tant mieux s’il ne ressemble à personne... ou presque.
Fred Poulet Milan Athletic club (Bleu electric/Label bleu) 2005
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Polo aime les mots. Il joue de la guitare et de sa voix papier de vers. Et, nous chantonne des poésies musicales, ironiques et oniriques. Des petites histoires empruntées au quotidien, sans ambages. Pas de lourde orfèvrerie, pas de textes scintillants, mais plutôt des mélodies ciselées qui coulent de source sur des rythmes tziganes, gorgés de cuivres et ponctués par les ronflements du violoncelle d’Olivier Daviaud. Affirmant plus que jamais ses talents d’auteur, le Prévert de Belleville nous promène au bras de la mondaine Célimène. Pamphlet en swing baroque à l’amante jet-seteuse. On flâne dans les vacances d’un Petit Français, souvenirs d’une douce France. On admire les princesses Négresses au charme hautain et aux coiffures travaillées dans la voie tracée par Gainsbourg. Puis, on assiste au Beau mariage d’une gitane dépravée et d’un ours des cavernes. Perfection d’un bonheur de vivre aux couleurs châtaigne sous l’ombre bienveillante de Brassens.
Amoureux de la poésie, Polo puise son inspiration chez Villon, Baudelaire, Rimbaud, sans oublier Barbara, Trenet et Ferré. Autant de modèles qu’il prend plaisir à pervertir par de nouveaux jeux de rimes et de formes inédites de répétitions. Même si certains couplets se révèlent souvent un rien trop phraseux… Mais, sous ses airs conquis de chansonnier ordinaire, Polo est un chanteur corrosif, lucide sur la société. Subversives, parfois féministes, ses chansons prônent l’émancipation des "jolies caissières du Casino". Avec délicatesse et ironie sans jamais être cynique. Une variété, bien éloignée des "produits marketing", qui reflète les sentiments et les pensées d’un homme en de joyeuses ritournelles. "Y'a d'la joie" de vivre chez ce titi parisien...
Polo Portes Dorées (Atmosphériques) 2005
Audrey Levy