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Chronique album


Kery James

Ma vérité


Paris 

06/05/2005 - 

Du rappeur provocateur Ă  l’Alix Mathurin repenti, Kery James a trouvĂ© l’équilibre. Il livre Ma vĂ©ritĂ© un second opus en solo dans lequel se conjuguent la maĂźtrise du phrasĂ© et la pertinence de textes acĂ©rĂ©s.


 
  
 
Culte de la "racaille" sans foi ni loi, lyrics hardcores et inconscients illustrĂ©s par les stĂ©rĂ©otypes de la bimbo en string et les sempiternelles mises en scĂšnes de violences "faciles", l’image du hip hop français en 2005 s’est esquintĂ©e Ă  coup de clichĂ©s alimentĂ©s par les acteurs mĂȘmes du mouvement. Paradoxe de l’autodestruction ? Kery James pose un regard conscient et fraternel sur notre Ă©poque aprĂšs 26 annĂ©es de maturation. "Une chose est sĂ»re c’est que tout le monde en France ne part pas avec les mĂȘmes atouts dans la vie, mais tout le monde n’a pas non plus la maturitĂ© nĂ©cessaire pour recevoir cette information et ne pas s’en servir comme prĂ©texte Ă  la violence". De La vie est brutale, son premier maxi avec IdĂ©al J en 1992, Ă  Ma VĂ©ritĂ©, Kery James est passĂ© du statut de jeune dĂ©linquant Ă  la prose acerbe, Ă  rappeur serein et militant. Le juste milieu entre un passĂ© inscrit au coeur du banditisme urbain depuis la banlieue d’Orly, et sa prise de conscience fondamentale Ă  travers l’islam.

En 1999, Alix devient Ali pour les intimes. Le rappeur se convertit Ă  la religion musulmane suite Ă  la mort violente de son ami Las Montana, figure forte du collectif La Mafia K'1 Fry, et abandonne IdĂ©al J. Ces aspirations ne correspondent plus au propos du groupe maintes fois censurĂ© – tĂȘte de proue du hip hop underground, le groupe fait alors office de porte-parole incisif pour toute une gĂ©nĂ©ration en mal d’expression, un dĂ©bit percutant et survoltĂ© portĂ© par les instrumentaux de DJ Mehdi. Des textes trash, trop pour Kery, qui choisit de tirer un trait sur son passĂ© noirci pas la haineDans Le combat continue, le deuxiĂšme album d’IdĂ©al J qui propulsa Kery James au rang de rappeur hors pair au phrasĂ© percutant, il Ă©crivait dĂ©jĂ  ne pas vouloir mourir avant que sa foi soit concrĂ©tisĂ©e. Convaincu que le tĂ©moignage de sa vie pourrait ĂȘtre utile, il signe en 2001 Si c’était Ă  refaire, un premier opus solo dans lequel les instruments Ă  cordes et Ă  vent sont proscrits au profit d’une palette de percussions. Il y raconte son errance, l’idĂ©alisation absurde de la violence et surtout sa prise de conscience Ă  travers la religion. Un concept-album, annoncĂ© comme le dernier du rappeur repenti.

Le fond et la forme

 
 
En quatre ans, Kery James a pris le temps de mĂ»rir son propos et revient avec Ma vĂ©ritĂ©, un album abouti et sincĂšre. "À l’époque de Si c’était Ă  refaire, j’étais plus dans une responsabilisation de l’individu, une remise en question. Aujourd’hui, j’ai Ă  nouveau envie d’ĂȘtre performant, de soigner le fond et la forme, de travailler des flows diffĂ©rents, d’ĂȘtre compĂ©titeur". Un retour qui amorce le dĂ©but d’un cycle oĂč propos conscients et rap affinĂ© s’équilibrent. "Choisir ce mĂ©tier c’est aussi avoir de l’influence sur les gens, autant qu’elle soit bonne ! Je suis malgrĂ© moi sur une mission d’éducation des miens, dĂ©fendre la vĂ©ritĂ©, combattre l’injustice et essayer de rĂ©parer mes erreurs". Kery James milite contre l’ignorance et la violence sous toutes leurs formes. Dans C’est votre choix, il dĂ©peint avec minutie les effets de l’abrutissement tĂ©lĂ©visuel, dans Jusqu’à quand et jusqu’oĂč ?, Kery dĂ©nonce la dĂ©sinformation autour de la guerre en Irak, "ils ont dĂ©montrĂ© au monde entier qu’on peut opposer la force Ă  la vĂ©ritĂ© " et les consĂ©quences du 11 septembre chantĂ©es sur un instrumental reggae en clin d’oeil Ă  son apparition dans le premier album de MC Solaar, "je ne veux pas aller au service militaire... ", les amateurs apprĂ©cieront ce retour au sources.

 
  
 
PrĂ©jugĂ©s complaisants et banalitĂ©s consensuelles, Kery James se libĂšre de tous les clichĂ©s, au risque d’en dĂ©concerter plus d’un. "Dans je revendique - une rĂ©adaptation du cĂ©lĂšbre Rebel Without A Pause de Public Enemy par DJ Mehdi - je dis que certains flics ont la gachette facile mais aussi que certains jeunes insultes la police pour que dalle et se comportent dans la rue en vandale. Je veux ĂȘtre juste avec tout le monde". L’album s’ouvre sur le percutant J’aurais pu dire, un titre Ă©crit Ă  la maniĂšre d’un freestyle qui rĂ©vĂšle une technicitĂ© rĂŽdĂ©e, des accĂ©lĂ©rations piquantes, un ton mordant et une maĂźtrise sans faille. L’album entier surprend et dĂ©tonne, une vraie claque au service du hip hop, de la nouvelle gĂ©nĂ©ration, un souffle ravageur contre les prĂ©jugĂ©s trop longtemps entretenus par le gangsta rap et la vĂ©nĂ©ration du bad boy. Pour couronner le tout Kery James reprend la forme de son cĂ©lĂšbre Hardcore, publiĂ© en 98 Ă  l’époque d’IdĂ©al J, pour y Ă©noncer ses nouvelles vĂ©ritĂ©s. La boucle est bouclĂ©e, Kery James excelle plus que jamais.

Kery James Ma vérité (Up Music/Universal) 2005

Margot  Seban