Paris
10/05/2005 -
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Quatrième album et l’éponyme Mass Hysteria en est donc là, suite logique de travail, de maturité et de bouleversements. Ouvertement rock et pop, les morceaux trouvent leur aisance dans le format chanson. Couplets-refrains, un vrai travail sur la voix et des accélérations en crescendo. Plus proches des réalités sociales et des drames humains, le ton est au noir après avoir vociférer une attitude positive. "Avant nous étions dans une dynamique de rock’n’roll Tour, sur la route, poursuit Mouss. Le break de deux ans nous a remis le quotidien en pleine gueule, les inégalités, les problèmes liés à l’immigration". Nerveux et déterminé à ce renouvellement indispensable, amorcé par un changement de label. "Pendant l’interlude, nous avons composé des morceaux qui nous envoyaient droit dans l’auto-plagiat. On a jeté un album entier" ajoute Stéphane. L’envie délibérée de casser un vernis bourrin met aussi un terme à la collaboration chirurgicale et musclée de Colin Richardson. Mass compte sur l’inexpérience relative de l’anglais Matt Hyde (Ash, Funeral For A Friend) pour redéfinir le son du groupe. Rock. Organique. Radiophonique ? Reuno de Lofofora est en tout cas déçu. Il en pense du mal, mais n’a écouté qu’un seul morceau. Il se garde donc d’un jugement définitif.
Le cinquième album de Lofofora, Les Choses Qui Nous Dérangent, cherche lui aussi à s’écarter des chemins balisés. Bien qu’il ait depuis longtemps creusé son créneau, frontal et animal, Reuno s’est remis en question sur l’identité sonore à dicter. "On souhaitait s’écarter du son métal comme nous l’avions pratiqué sur Le Fond et la Forme (ndlr : album précédent). D’une part parce que le métal nous gonfle et ne se renouvelle pas beaucoup. De l’autre, les compos ne s’y prêtaient pas non plus. En réaction donc à cet album trop propre, nous souhaitions l’inverse. Un ton corrosif, comme enregistré avec un micro rouillé. On a fait appel à Fred Norguet, dont le travail avec Ezekiel et X-Syndicate m’avait impressionné". Le résultat l’est tout autant, solidement accroché à une rythmique encore implacable. L’arrivée productive de Daniel (guitare) et Pierre (batterie) sur l’album précédent confirme une agression plus groovy et moins martial. Une influence nette sur le chant de Reuno : "le jeu de Daniel, de par les harmonies qu’il dégage, me donne envie de pousser un peu plus loin les miennes". Et c’est vrai que l’homme ne s’est jamais autant livré à l’exercice de chanteur, en plus de parolier. Dans un réflexe similaire à Mouss, Reuno ouvre ses textes à plus d’intimité, de nuances. La douleur d’une rupture ? Elle plane sur l’étonnant L’Eclipse, "Tout le monde voulait que ce titre soit le single, j’ai refusé. Et nous ne le jouerons jamais en live", assure-t-il. Ses contradictions et ses remises en question ? Mea Culpa, l’un des morceaux les plus violents de l’album. Confirmation : "Si tu veux changer le monde, commence par changer toi-même. Je me rends compte que je n’ai pas toujours fait la différence entre moi et le chanteur de Lofo. Je me permets aujourd’hui de casser un peu les apparences, dénoncer le pouvoir du micro, y compris le mien". De la tiédeur qui règne sur le rock français aussi avec Rock’n’Roll Class Affair. Pas envie de lever le pied ? "Nous sommes en mission pour le Saigneur. Par rapport à tout ce qui se fait de consensuel et prévisible, si nous ne le faisons pas, qui d’autre ?"
Si les deux chanteurs partagent cette évolution vers des textes plus directs, ce n’est pas pour couper court au syndrome de la page blanche. Mais parce qu’ils ont cherché l’inspiration à l’extérieur. Pour Reuno, "écrire dernièrement six titres dont deux co-écrits pour le nouvel album de Parabellum (groupe de punk français) m’a contraint à m’adapter à ce qu’ils sont et font. Cela a ouvert la voie". Une première expérience qu’il dit vouloir renouveler pour une interprète de caractère. Il cite Olivia Ruiz (ndlr : ancienne élève de la Star Academy I). "J’ai ensuite transposé l’idée à Lofo et cherché une écriture plus anglo-saxonne, poursuit Reuno, éloignée de mon style grandiloquent. Une galère. De toute façon Miossec n’était pas libre". Le Breton très sollicité est un vieil ami de Mouss. Il signe trois textes sur Mass Hysteria, et deux co-écrits : "Il a été un déclic. Il m’a envoyé des textes à un moment où je n’arrivais pas à en faire. Sa force est de raconter une histoire avec des mots très simples. Les paroles me correspondaient à tel point que j’aurais pu les écrire. Là, j’ai repris confiance". Leçon retenue pour Mouss qui signe le texte le plus abouti du disque, La Démesure. "J’ai gagné en retenue, en intimité", ajoute-t-il. L’intimité il en est aussi question dans Sexsilex. Complète coïncidence, le jeu de mots est repris par les deux chanteurs. A qui les honneurs du premier jet ? Reuno propose : "on se la montrera pour savoir qui a la plus dure".
Pascal Bagot
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