Paris
26/05/2005 -
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Le public ne serait il plus capable d’apprécier le blues ?
Le blues c’est une école de pensée qui n’est pas show biz, par essence... Une musique communautaire qui a fait vibrer les gens d’une autre façon dans les années 70. On n'écoute plus la musique de la même façon aujourd’hui. Les concerts sont avant tout des mégas rassemblements de gens qui lèvent les bras et allument leurs briquets dans un stade remplit d’écrans géants. Ils sont endoctrinés, habitués à des formats qui ne correspondent pas au blues. Aujourd’hui, il est très difficile de percer avec un répertoire blues uniquement. C’est avant tout une très bonne "école" de musique, la base. Moi-même je n’ai pas fait carrière avec le blues. Les morceaux qui m’ont fait connaître c’est plutôt Babylone Tu déconnes [premier hit reggae du Billy ndlr] que Faut qu’j’me tire ailleurs. Sur treize albums sortis, je n’en ai vendus que 500 000 au total.
Musicalement, le blues est il encore influent ?
J’ai l’impression qu’on s’accroche au passé et, par extension, aux influences manouches, à toutes ces rythmiques stomp, presque rag time qui viennent du blues et inspirent la nouvelle génération. Disons qu’on revient un peu au style musical Charles Trenet, une forme de jazz très syncopée, swing, comme Sanseverino. Le néoréalisme actuel est d’ailleurs certainement une réminiscence de Piaf, Fréhel et Brel, qui ont incarné l’expression de la plainte. Il y a une grande mouvance actuelle dans cet esprit, c’est donc peut être ça aujourd’hui le blues. Et ce serait plutôt logique, une expression plus européenne du blues.
Le hip-hop c’est aussi du blues ?
Oui, avec des gens comme IAM, par exemple, mais il ne faut pas confondre le blues avec le discours délatté et surréaliste représenté par tout un courant français qui marche plus que jamais. Toute cette imagerie, défonce, alcool, cynisme et surréalisme incarné par le blues blanc.
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Le blues blanc, c’est aussi l’expression d’un mal être ancré dans l’actualité qui a le droit de cité pourtant…
Bien sûr que le No Future c’est très tentant puisqu’on est dans un monde sans amour. Je ne jette la pierre à personne, mais selon moi le commerce de la déchéance est vraiment négatif. Le blues est une plainte espérante : le désespoir est l’anti-chambre de l’espérance, disait le philosophe, on ne peut pas voir le jour si on n’est pas passé par la nuit. Le blues c’est la foi. Et c’est en ça qu’il se rapproche de la mystique reggae.
En concert à Paris, à l'Olympia, le 26 mai.
CD et DVD Live au New Morning (Recall / Sony BMG) 2005
Margot Seban
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