Lubumbashi
03/06/2005 -
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Les ancêtres JECOKE
Déjà, à l’heure où les Kabasele, Franco et autres Tabu Ley gravissaient à Kinshasa les marches de la gloire, les JECOKE ou "jeunes comiques de la Kenya", faisaient entendre leurs ballades en swahili. Ce courant musical qui a pour chefs de file Edouard Masengo Katiti et Jean Bosco Mwenda wa Bayeke est né à la fin des années 40. Accompagnés d’une guitare et d’un ou plusieurs danseurs mimant – souvent de manière comique - les paroles de leurs chansons, les chantres du Jecoke racontaient la vie, les joies et les peines des ouvriers. Malgré son succès au Katanga, le groupe finit par se disloquer et son fondateur s’installe au Kenya – où l’on chante aussi en swahili. C’est là qu’en 1962, il apprit la chanson Malaïka à Myriam Makeba, alors en exil à Nairobi. Dans la bouche de la diva sud-africaine, ce thème populaire fera le tour du monde. Le fondateur des Jecoke est mort à Lubumbashi en 2003, mais il a marqué d’une empreinte indélébile la musique katangaise, au point qu’on trouve encore aujourd’hui quelques chanteurs pouvant revendiquer son héritage musical. Ceux-là se promènent dans les nuits de la ville avec leur guitare, contraints d’aller de bar en bar, en quête de quelques centaines de francs congolais.
"Jazz" traditionnel
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Cette musique confinée aux fêtes et cérémonies de quartier ressemble fort, dans l’esprit, aux chroniques urbaines des chanteurs de zouglou ivoiriens – la production et la distribution en moins. Le collège Nzembela est ainsi un des rares groupes dont on peut trouver la cassette en ville. Mais depuis le début des années 1990, la critique sociale n’est plus l’apanage des seuls kalindula. Elle est aussi relayée par le hip hop, qui s’est propagé partout en Afrique comme un feu de brousse.
Hip hop in Lubum’
A la différence du genre kalindula, le rap s’est d’abord développé dans des milieux plus favorisés. Les étudiants de l’université de Lubumbashi dont la réputation contestataire n’est plus à faire, y ont trouvé leur mode d’expression favori. Leurs textes sont souvent plus mordants, froids et précis que ceux de leurs homologues kinois. A croire que la culture de l’ambiance, de la sape et des paillettes n’on eu qu’un effet limité dans les consciences des jeunes lushois, qui dénoncent à tour de bras l’avalanche des maux qui frappent un pays dont l’avenir leur paraît plus qu’incertain. Bref : le blues des fils des mangeurs de cuivre, devenus mangeurs de vache enragée ! "Plus question des strass et des paillettes / y’a des trucs sérieux ben il faut qu’on en parle / l’injustice sociale, les génocides au profit de leurs poches…" Le jeune Kamikaz chante ainsi son amertume devant le gâchis, le pillage systématique de l’économie qui ont poussé la ville d’excellence à n’être plus que l’ombre d’elle-même.
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Car si à Kinshasa, vivre de sa musique est une mission impossible, ce n’est à Lubumbashi qu’une utopie ! Outre son enclavement, la ville d’excellence ne compte aucun studio d’enregistrement professionnel. On y mixe dans des home-studios de fortune qui ne fonctionnent que grâce à l’immense débrouillardise de ceux qui les tiennent. Quant à la commercialisation, elle ne rime ici qu’avec piraterie, organisée en Tanzanie voisine. Bref, le tableau est plutôt sombre. Mais au fond, qu’y a-t-il de rose en RDC aujourd’hui, si ce n’est, pour les artistes, l’envie et l’espoir persistant de s’en sortir en créant. "Lubumbashi Wantanshi" : finalement cette devise en forme de slogan reste d’actualité. Lubumbashi demeure une ville d’excellence, à en juger par la résistance et l’opiniâtreté de ses poètes.
* Lire l’étude menée par Donatien Dibwe dia Mwembu et son équipe, in Musique urbaine au Katanga, ouvrage collectif sous la direction de Bogumil Jewsiewicki, L’Harmattan 2004.
Vladimir Cagnolari
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