Chronique album
Paris
03/06/2005 -
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Albin de la Simone n'a rien perdu de son identité, bien au contraire. L'influence musicale des chanteurs renommés, avec lesquels il a collaboré, ne l'a pas empêché de se forger son propre style. Un style qu'on qualifie de mordant, drolatique, cocasse. Gardienne de cet univers, la Simone, à laquelle il consacre une chanson de l'album, créature hybride, tout droit sortie de l'imagination d'Albin, marraine à la fois maternelle et destructrice, apparaissant comme une "métaphore de l'existence". Tout comme ce personnage farfelu, ses textes ne ressemblent à aucun autre et jonglent avec les contrastes. Ainsi poésie et surréalisme se marient avec mots crus et situations violentes : "Cette femme continuera/ pour financer son corps en manque /Pour irradier son sang fané/À s'agenouiller dans les bois /L'amour ne la guérira pas." (L'homme patient) Car pour lui, "Dire des choses douces et à un moment prononcer un mot atroce est la meilleure façon de représenter la violence de la vie."
La tonalité dramatique, le spleen font partie intégrante du style simonien : " S'il m'arrive de me plaindre/de mes douloureuses règles/Si mes spasmes me font geindre/ vomir et pleurer ma mère/Tu ne peux rien faire. " Albin refuse de vendre du rêve, il souhaite "faire ressentir des choses complexes comme dans la vie." Notre homme, chanson bouleversante, nous glace d'effroi en soulevant le tabou de la pédophilie. Toutefois, Albin cultive l'ambiguïté en alternant les humeurs. Ainsi, l'humour et les mélodies rythmées des titres Non Merci (les "virées calvaires" en discothèque), ou Demonia (les fantasmes virtuels d'hommes en couple) atténuent la mélancolie ambiante. La reprise de Ces mots stupides, initialement interprétés par Nancy et Frank Sinatra, roucoulée en duo avec Jeanne Cherhal, apporte un souffle de fraîcheur.
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Mais la nature reprend toujours le dessus, réveillant des blessures d'adolescence. L'enfant a grandi dans J'ai changé, titre phare de l'album : "J'ai eu les fesses rouges du talc dans les langes,/Les cheveux gras et longs/J'ai d'ailleurs été blond. (...)Tu vois, j'ai changé, j'ai changé/ ne t'inquiètes pas." Pour devenir l'adolescent mal dans sa peau. " J'ai eu une adolescence que je déteste. J'étais très mal à l'aise. " Paradoxe, c'est aussi la période où Albin déployait librement sa créativité et sa fantaisie. Une spontanéité qu'il parvient à retrouver aujourd'hui grâce à l'écriture. Il s'y consacre désormais entièrement. Quelques participations en studio aux albums de ses copains mais finies les tournées. Épanoui, il l'est ! "Y'a pas mal de gens qui sont nostalgiques de leurs vingt ans. Moi, je crois que je serai nostalgique de mes trente-cinq ans. Je vis actuellement la période la plus heureuse de ma vie."
Stéphanie Secqueville
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