Paris
07/07/2005 -
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Quoi de plus normal à l'énoncé de son parcours : il est né le 12 février 1938 à Duas Barras, une ville dans la province de Rio de Janeiro. Gamin, il pulse jour et nuit aux vibrations de la samba : ses voisins n'étaient autres que l'école de samba Aprendizes da Boca do Mato. A 13 ans, il en est membre, et deux ans plus tard, il signe sa première composition. Dès lors, il n'arrêtera plus, même s'il lui faudra attendre ses trente ans pour entrer dans les studios d'une maison de disques. Il enregistre en 1969 son premier disque, pour le compte de RCA. Le début d'une longue série pour cette maison de disques, avec laquelle il travaille vingt ans durant. Auparavant, il s'était fait remarquer dès 1967 lors du festival de la chanson de la chaîne de télévision Record : une seule chanson, Menina Moça, lui ouvre les oreilles des amateurs et professionnels. D'autant que l'année qui suit, il y revient avec cette fois Casa de Bamba. Un carton ! Il ne va plus tarder à battre des records de ventes, réussissant le pari de faire danser et chanter les foules sans céder un pouce à l'extrême sophistication de son style, un mélange de souplesse et de concision, qui a fait que certains exégètes n'ont pas hésité à comparer ce cool crooner de Rio à Curtis Mayfeld, l'un des parrains de la soul !
D’ailleurs, comme les cousins nord-américains, ses chansons s'encrent dans le quotidien, l’esprit bohème de Rio. Il signe même un titre autobiographique : l'album Memórias de Um Sargento de Milícia raconte en 1971 avec quelques touches d’humour noir les souvenirs de celui qui jusqu'à cette date était aussi sergent dans l'armée... Mais surtout, le succès venant, il n'oublie jamais de glisser quelques bons mots et notes discordantes sur la dictature alors au pouvoir et plus encore sur les problèmes raciaux et sociaux des banlieues, qui vont bientôt accoucher des favelas. A cet égard la pochette de Rosa de Povo, disque de 1976, ("rose du peuple") montre les pieds nus d'un habitant de la périphérie... Dès lors, celui que l'on considère comme l'un des derniers grands rénovateurs de la samba et l'une de ses plus sûres voix, chaloupée et chargée à l'égal de l'immense Paulinho da Viola, va persister et signer au fil des albums des sambas teintées d'une mélancolie auxquelles il est difficile de ne pas succomber, entendez de ne pas danser.
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Un symbole de plus pour ce Brésilien qui a toujours eu un faible pour la France, où il revient régulièrement en concert. Au début juillet 2004, il a ainsi fait danser le Bataclan. Cette fois, ce sera l’Olympia, à la faveur de la parution d’un nouvel album, Brasilatinidade, où il multiplie les duos avec des représentants de la communauté latine d’Europe. Avec entre autres la Portugaise Katia Gueireiro, l’une des nouvelles voix du fado, l’Espagnol Rosario Flores, aux sons du flamenco, et… Nana Mouskouri, pour une adaptation de Un Jour, tu verras, classique de Mouloudji. Tout n’est pas réussi, et c’est encore sur le terrain de la samba pur jus qu’on le préfère. Toujours est-il que ce disque s’inscrit dans le sillon creusé depuis quelques années par Martinho da Vila, homme qui aime se positionner à l’intersection des gens et genres. Ainsi en 2000, il publie Lusofonia, ode comme son titre l’indique au monde lusophone. Ainsi, en 2004, il publiait toujours sur MZA Conexoes, où il reprenait en français une partie de sa thématique, des classiques tels que l’imparable Ex-Amor. Et même si l’album n’était pas des plus abouti, il témoignait de l’ouverture d’esprit de son signataire, un élégant personnage et une forte personnalité qui n’est jamais meilleure que sur scène.
Jacques Denis