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Chronique album


Bertrand Burgalat

Portrait robot


Paris 

15/07/2005 - 

PlacardĂ© chez tous les bons disquaires depuis sa sortie il y quelques jours, le Portrait Robot de Bertrand Burgalat menace sĂ©vĂšrement l’auto complaisance de la nouvelle chanson française et ses carcans stylistiques.


 
 
Quoi de plus Ă©vident qu’un portait robot dĂ©voilant son tempĂ©rament, ses rites et son univers pour cerner l’animal inclassable ? Un dĂ©lassement dans lequel il nous sert un condensĂ© de son appĂ©tit fĂ©roce pour les musiques en Ă©laguant toute distinction entre les genres. De la graine de poĂšte illuminĂ© livrĂ©e sur les canapĂ©s d’une brasserie parisienne Ă  l’occasion de la sortie de son second opus... Portait Robot.

41 ans, fin limier touche Ă  tout, singulier et exigeant, Burgalat dynamite avec Ă©lĂ©gance le cloisonnement musical. Face Ă  ce valeureux dĂ©molisseur de musiques prĂ©conçues, la police judiciaire n’a pas manquĂ© de se pencher sur son sujet en se fendant d’un portrait robot rĂ©alisĂ© Ă  partir des descriptions de la poĂšte Elisabeth BarillĂ©. Une amie romanciĂšre, auteur d’un texte du disque, qui lui a soufflĂ© sa maxime prĂ©fĂ©rĂ©e "Tout espĂ©rer, ne rien attendre".  D’oĂč cette facultĂ© Ă  nous surprendre en laissant "beaucoup de part accidentelle" Ă  sa musique. Une imprĂ©visible spontanĂ©itĂ© qui confĂšre Ă  Portrait Robot une atmosphĂšre agitĂ©e et mystĂ©rieuse Ă  l’instar du spĂ©cimen Burgalat, expĂ©rimentateur averti aux vertus dĂ©concertantes. Lorsqu’il n’est pas au piano ou Ă  la basse il joue du vibraphone, de la guitare et de l’harmonica, s’essaie Ă  la flĂ»te traversiĂšre et au saxophone tĂ©nor en improvisant sur des rythmiques nerveuses et fantaisistes. Le bandit aux doigts de fĂ©es Ă©crit aussi, d’abord pour les autres puis pour lui, des textes oniriques et des mĂ©lodies surannĂ©es qu’il susurre du bout de ses "lĂšvres fines favorisant un chant discret". Pour dessiner son Portrait Robot, Burgalat a projetĂ© sa palette sur la toile de son home-studio en empilant "les sons, les prises et les motifs pour en effacer au maximum" et ne garder que les gestes inconscients. Moments de dĂ©tente qui sonnent le plus simplement et s’avĂšrent des plus fascinants.

 
  
 
Son inspiration, il l’a puise dans "la musique du vingtiĂšme siĂšcle, Ravel, le psychĂ©dĂ©lisme, la nothern soul, le rock planant et le bubblegum..." Son dernier coup de cƓur ? Le Banquet CĂ©leste d’Olivier Messian. Sa bande-son du moment ? France Info... Bertrand Burgalat est un introverti Ă  l’humour dĂ©calĂ© qui se cache derriĂšre sa paire de hublots. Un imperturbable ovni Ă  la mĂšche trop longue retenue par une paire de lunettes "de forme analogue Ă  celle utilisĂ©e par Bernadette Chirac" ou, au choix, " non teintĂ©es comme celle de son Ă©poux, pĂ©riode de Cochin." L’homme aux "look de vieux" est en marge des modes, Ă  la frontiĂšre du kitsch, Ă  la pointe des tendances, au-dessus des lois, y compris celles du marchĂ©. Au risque de se mettre les majors Ă  dos, il combat la platitude Ă  la tĂȘte de son prestigieux label Tricatel depuis tout juste 10 ans. "On a eu beaucoup de mal, mais maintenant ça va un peu mieux parce que je me suis rĂ©solu Ă  attendre peu de l’industrie du disque et Ă  accepter une certaine forme de marginalitĂ©." Pourtant label de qualitĂ© rime avec bonnes idĂ©es, comme celles de produire les albums du romancier dĂ©bridĂ© Michel Houellebecq et de la derniĂšre sensation rock palpitante AS Dragon, mais la masse ne suit pas toujours. Comprend qui veut ouvrir ses Ă©coutilles aux productions d’un label qui "ne va pas deux fois dans la mĂȘme direction. La ligne a toujours Ă©tĂ© de signer des artistes qu’on admire et qui font des choses diffĂ©rentes entre eux. "

 
 
Portrait Robot respire cette indĂ©pendance et l’avant-gardisme vĂ©hiculĂ© par les productions Tricateliennes qui forment un repĂšre hors normes et accessible. La ligne de Bertrand, c’est le Difficult listening, une pop, rock, funky aux allures baudelairiennes. Une formule en rĂ©ponse Ă  tous les dĂ©tracteurs de son premier opus The Sssound of Mmmusic taxĂ© d’easy listening Ă  sa sortie en 2000, alors qu’il annonçait le revival 80’s, cĂ©lĂ©brĂ© depuis. "Le prĂ©cĂ©dent album Ă©tait un essai solaire et triste Ă  la fois. Celui-lĂ  dit la mĂȘme chose mais d’une autre façon." C’est en cela que rĂ©side tout le talent du faussaire imprenable qui Ă©chafaude un subtil mĂ©lange dont il rĂ©sulte Ă  la fois une impression de dĂ©jĂ -vu et d’absolue fraĂźcheur. Le rebelle cĂŽtoie ses maĂźtres sur 19 plages qui essorent les prĂ©jugĂ©s, libĂšrent les esprits Ă©triquĂ©s et engaillardissent nos guiboles rĂ©animĂ©es sous la pression de son esprit agitĂ©.

Bertrand Burgalat Portrait robot (Tricatel/Virgin) 2005

Margot  Seban