ParisÂ
03/08/2005 -Â
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Le mal nâest pas nouveau, mais il semble sâĂȘtre amplifiĂ©, au point quâil risque dâĂ©touffer la production musicale en Afrique. Et avec elle, les artistes. Le phĂ©nomĂšne nâĂ©pargne quasiment aucun pays sur lâensemble du continent. Selon la FĂ©dĂ©ration internationale de lâindustrie phonographique (IFPI), un disque sur trois vendus dans le monde en 2004 Ă©tait piratĂ©. Dans de nombreux pays africains, le taux dĂ©passerait les 90%. Lâestimation reste difficile Ă vĂ©rifier, mais la chute abyssale des ventes de cassettes officielles constatĂ©e par les maisons de disques au cours des derniĂšres annĂ©es apporte une indication plus objective, indiscutable.
"Ce qui se passe aujourdâhui existe depuis trente ans", explique le SĂ©nĂ©galais Ibrahima Sylla, patron du label Syllart et producteur expĂ©rimentĂ©. "Ceux qui piratent sont Ă DubaĂŻ, Ă Oman. Ils fabriquent les cassettes et CD, remplissent des containers qui partent par bateau et ils viennent polluer lâAfrique Ă partir de la Tanzanie pour lâAfrique de lâEst et australe, de lâAngola pour toute lâAfrique centrale, et du Togo pour toute lâAfrique de lâOuest. Ce sont leurs trois bases dâacheminement." La filiĂšre est organisĂ©e, le circuit parfaitement rodĂ©. Au fil des annĂ©es, les dĂ©lais de production des pirates ont Ă©tĂ© raccourcis, rĂ©duisant de fait la durĂ©e de vie des albums lĂ©gaux. "Quand tu produis un grand artiste comme Koffi Olomide ou Salif Keita, tu fais un premier tirage de 500 ou 1000 exemplaires, et câest tout ce que tu vendras", poursuit Sylla.

ParallĂšlement Ă ce rĂ©seau de contrefaçon massive existant â et dĂ©noncĂ© â depuis longtemps, un piratage plus local sâest dĂ©veloppĂ© avec de petites unitĂ©s de duplication. En 2003, peu de temps avant la sortie de la cassette de la jeune malienne Mamou SidibĂ©, lâimprimeur chargĂ© de fabriquer les jaquettes remarque que deux paquets avaient disparu. Il en informe Mali K7 qui dĂ©cide de modifier la jaquette. "On sâest aperçu que, le lendemain de la sortie de lâalbum, des cassettes circulaient sur le marchĂ© avec la jaquette que nous avions Ă©cartĂ©e", raconte Philippe Berthier. La diffusion du matĂ©riel informatique a Ă©galement contribuĂ© Ă changer la donne. Si la cassette demeure le support le plus vendu, CD et VCD (Video CD) illĂ©gaux sont en trĂšs nette progression. Lâinvestissement, qui peut se rĂ©duire Ă un ordinateur Ă©quipĂ© dâun graveur et une imprimante, est vite amorti. Avec ce matĂ©riel, le piratage gagne en flexibilitĂ© par rapport Ă la demande, il sâavĂšre capable de crĂ©er facilement de nouveaux produits comme des "best of" ou des compilations des tubes du moment.
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3 questions Ă Philippe Berthier, directeur de Mali K7
Quâest-ce qui vous a contraint Ă fermer votre sociĂ©tĂ© en mars 2005 ?

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On a cessĂ© nos activitĂ©s parce que la piraterie Ă©tait devenue trop importante. Sur le marchĂ©, pour trouver un cassette lĂ©gale, ça devient de plus en plus difficile. On Ă©tait Ă plus de 95% de cassettes pirates. Câest donc trĂšs difficile de survivre avec un taux aussi Ă©levĂ©. Ăa fait deux ans quâon perd de lâargent. Des produits qui se vendaient Ă 40 000 ou 50 000 exemplaires, se vendent maintenant Ă 5000 ou 6000. Câest impossible dâamortir les investissements quâon fait sur ces produits. Ce qui veut dire quâil nây a de revenus pour personne, pour nous comme pour les artistes.
Vous avez cherchĂ© Ă alerter lâopinion, vous avez lancĂ© une pĂ©tition et obtenu le soutien de nombreux artistes. Tout cela a-t-il eu un effet ?
On a repris nos activitĂ©s mi-juin parce quâon a eu beaucoup de contacts avec le ministre de la Culture qui est partie prenante dans la lutte contre la piraterie. Ăa faisait longtemps quâon cherchait Ă ce quâil y ait une opĂ©ration dâenvergure qui soit faite contre les pirates et, le 16 juin dernier, 200 policiers ont investi le marchĂ© principal de Bamako. Ils ont saisi ce quâil y avait dans 25 boutiques importantes de cassettes pirates. LâopĂ©ration a durĂ© 5 heures et demi et ils ont ramassĂ© environ 200 000 cassettes. Mais je pense quâil est nĂ©cessaire dans un avenir proche de sâattaquer aussi aux grandes capitales rĂ©gionales.
Au-delĂ de la rĂ©pression, quâest-il fait pour sensibiliser le public ?
Actuellement, le ministĂšre du Commerce et de la Concurrence, avec lâaide du Pnud (le programme des Nations unies pour le dĂ©veloppement) diffuse cinq fois par jour sur la tĂ©lĂ©vision nationale des spots contre la piraterie, pour expliquer aux gens quâil faut acheter les cassettes lĂ©gales qui portent le sticker hologramme. Les gens commencent Ă prendre conscience du problĂšme.
Bertrand Lavaine
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17/01/2002 -Â
14/01/2005 -Â
19/02/2004 -Â