Paris
19/08/2005 -
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Si cet instrument reste associé aux grands faits du Mandé et à l’empereur Soundiata Keita, le XXe siècle a néanmoins changé son visage. Il s’est frotté à quelques cousins d’Inde ou du Japon, a dialogué avec les répertoires du Wassoulou, au sud du Mali, ou de Tombouctou, aux portes du Sahara, ses cordes sont devenues en nylon… La kora se trouve même aujourd’hui prolongée par une pédale wah-wah, l’apanage des rockers ! Le Guinéen Ba Cissoko et son jeune cousin Sékou Kouyaté ont bricolé depuis 1999 une kora reliée à cette fameuse pédale qui barde d’effets le son cristallin des cordes ancestrales. Leur compatriote Ali Boulo Santo, issu de la même jeune génération, utilise lui aussi une kora wha-wha sur son album Komo Felle enregistré pour le label Frikyiwa de Fred Galliano. Il fait voguer l’instrument vers une langoureuse kora-salsa, au sein d’un quintet original (guitare, basse, percussions et la voix de la chanteuse Hadja Kouyaté).
Dans un passé un peu moins proche, la kora s’était déjà dotée d’une clef remplaçant les nombreux noeuds que les anciens faisaient glisser sur le manche. Djeli Moussa Diawara (membre du Kora Jazz Trio avec Abdullaye Diabaté et Moussa Cissoko) l’avait aussi quelque peu chahutée en lui rajoutant onze cordes (soit 32) pour flirter avec le blues, la salsa, le flamenco ou même les musiques hawaïennes avec le jazzman Bob Browman…
Kaira, un symbole national
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Maître malien ès kora, Sidiki Diabaté est le premier à immortaliser cet hymne sur disque. Quarante ans plus tard, son fils Toumani lui rend hommage en enregistrant son premier album qu’il intitule logiquement Kaira. Toumani appartient pourtant à une autre génération, il a grandi en écoutant Johnny Hallyday, Jimmy Cliff, James Brown, Jimi Hendrix, Otis Redding… Même s’il est issu d’une illustre lignée de 70 générations de griots et de joueurs de kora, il a appris seul, en écoutant son père.
Duo historiqueEn 2005, lorsqu’il scelle des dizaines d’années de relations stellaires avec Ali Farka Touré (son noble, son diatiki) pour former ensemble un duo inédit sur l’album In The Heart Of The Moon, Toumani choisit de reprendre Kaira. Le répertoire du Mandé et l’approche nomade nordiste du guitariste Touré ne s’étaient encore jamais croisés.
Charpentée par le bon sens paysan des paroles d’Ali, qui chante l’amour, le travail, le village et le voyage comme on égraine le chapelet de la vie, leur association fonctionne avec une fluidité déconcertante. Pourtant, elle est historique sur le plan musical, puisqu’elle marie la gamme mineure pentatonique d’Ali avec le registre harmonique heptatonique de Toumani. “C’est une première du genre. Mon père ne jouait pas comme mon grand-père, il a été un des premiers à utiliser la kora en basse, en accompagnement et en solo, je dois moi aussi ouvrir un nouveau chemin”, dit Toumani, le novateur. “On n’a pas eu besoin de répétitions, tempère Ali, c’est une musique qui était en nous, que je partage avec Toumani, le dieu de la kora.”
Multiplier les rencontres expérimentales
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Ali Boulo Santo Komo Féllé (Frikyiwa/Night & Day) 2004
Ali Farka Touré & Toumani Diabaté In The Heart Of The Moon (World Circuit/Night & Day) 2005
Elodie Maillot
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