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LE RETOUR DE MOZART L'EGYPTIEN

Le filon singulier et commercial d’Hugues de Courson


Paris 

02/09/2005 - 

C’est le prolongement du travail qu’ils avaient effectuĂ© en 1998 : dans Mozart l’Égyptien 2, le musicien voyageur Hugues de Courson et son complice Ahmed El Maghraby provoquent une nouvelle rencontre entre le rĂ©pertoire du cĂ©lĂšbre compositeur classique et la culture musicale Ă©gyptienne.


 
  
 
Symphonies, messes et autres piĂšces maĂźtresses de l’oeuvre de Mozart revues par Hugues de Courson, jouĂ©es par 202 chanteurs et musiciens Ă©gyptiens, bretons et bulgares : voilĂ  la dĂ©finition que l’on pourrait donner de Mozart l’Egyptien. Pour dĂ©finir ce concept atypique entre variĂ©tĂ© classique, musique arabe et ethno-classique, d’autres qualificatifs viennent Ă  l’esprit : gonflĂ©, audacieux et... commercial. Le premier volume, sorti en 1998, s’est trĂšs bien vendu Ă  travers le monde (environ 300.000 exemplaires, dont la moitiĂ© en France) mais, pour le compositeur-arrangeur Hugues de Courson, l’enjeu de ce second volet est ailleurs : le musicien bourlingueur français prĂ©fĂšre voir ce nouvel Ă©pisode comme une fantaisie musicale et une utopie renouvelĂ©e.

QuĂȘte de fusions

Insatiable aventurier en quĂȘte de fusions musicales et humaines, Hugues de Courson travaille depuis plus de trente ans Ă  redĂ©couvrir des patrimoines musicaux sous des angles nouveaux. Dans les annĂ©es 70, il fonde avec Gabriel Yacoub le groupe Malicorne pour revisiter les folklores français et europĂ©ens. Gros succĂšs pendant dix ans, puis le groupe se sĂ©pare. En 1992, il entreprend un incroyable pĂ©riple musical autour de la MĂ©diterranĂ©e avec la formation Spando. Fruit de ces brassages culturels inĂ©dits : un disque qui fait un bide. Pas dĂ©couragĂ©, Hugues de Courson se lance dans un projet fou. Avec le chanteur gabonais Pierre Akendengue, il amĂšne Bach dans la forĂȘt Ă©quatoriale et le fait jouer par des PygmĂ©es. C’est Lambarena, premier album d’une sĂ©rie d’expĂ©riences musicales plus ou moins heureuses. Cinq ans plus tard sort Mozart l’Egyptien auquel succĂšdera en 2001 la rencontre de Vivaldi et des musiques celtes, O’stravaganza, puis celle des musiques moyenĂągeuses et de l’électro, Lux Obscura... SoupçonnĂ© de dĂ©cliner le mĂȘme concept Ă  l’infini, l’artiste s’en dĂ©fend avec honnĂȘtetĂ© : “Une maison de disques, ce n’est pas le ministĂšre de la Culture. Tout le jeu est de faire financer quelque chose de bien qui ne lui fasse pas perdre un centime. L’équilibre Ă  trouver entre sa volontĂ© – sans laquelle je ne pourrais sortir aucun de mes albums – et mon travail d’artiste est tĂ©nu. Je fais le funambule. Il faut faire attention, Ă  chaque minute, Ă  ne pas dĂ©raper.”
La genĂšse de ce second opus est simple. AprĂšs une sĂ©rie de concerts consĂ©cutifs Ă  la sortie de Mozart l’Egyptien 1, Hugues de Courson s’aperçoit qu’il pourrait aller beaucoup plus loin... “Plus ça allait, plus je me disais qu’il Ă©tait dommage de ne pas avoir fait telle ou telle chose ! Mon envie coĂŻncidait avec une possibilitĂ© : quand un projet a bien marchĂ©, on le prolonge. Voyez les films Les Dents de la mer 1, 2, 3, 4
 SĂ©rieusement, la maison de disques en avait envie, les musiciens en avaient envie, il n’y avait aucune raison de ne pas faire ce deuxiĂšme volume.”

Sampling sur partition

 
 
Toujours accompagnĂ© par l’Égyptien Ahmed El Maghraby, le musicien français a dĂ©cidĂ© de prendre davantage de libertĂ©s avec la musique du compositeur des Noces de Figaro. Le principe de fond est d’îter cette peur de la “grande musique”, quasi intouchable. “J’essaie d’enlever les statuts musicaux, je suis un iconoclaste dans le bon sens du terme. Mettre ces grands talents dans des Ă©crins d’or est un peu dommage. Dans ce numĂ©ro 2, il y a un Ă©lĂ©ment de surprise, les gens se demandent ce que De Courson va faire Ă  Mozart ce coup-ci. En effet, par moment, je travaille sur Mozart et rapidement, il n’y a presque plus rien de Mozart. En fait, je peux presque dire que je fais du sampling sur partition.”
Un sampling que les Égyptiens n’auront pas le loisir d’apprĂ©cier. Pour la maison de disques, les pays arabes ou africains ne sont pas assez rentables. Une partie infime de la population serait Ă©quipĂ©e en matĂ©riel hi-fi et fabriquer des cassettes semble compliquĂ©. “Mon rĂȘve serait justement de pouvoir sortir l’album dans ces pays-lĂ . Je vais peut ĂȘtre provoquer un piratage spontanĂ©.” PrĂȘt Ă  accepter les compromis avec sa maison de disques, Hugues de Courson souligne cependant combien il est important pour lui d’ĂȘtre distribuĂ© et vendu Ă  travers le monde. “On ne fait pas des disques pour les Ă©couter chez soi. Je suis ravi du succĂšs de mon travail, et pas seulement Ă  cause de l’argent. On est fier d’avoir fait un album que tout le monde aime. Cela fait plaisir.”

Hugues de Courson & Ahmed El Maghraby Mozart l’Egyptien 2 (Virgin Classics) 2005

Eglantine  Chabasseur