Symphonies, messes et autres piĂšces maĂźtresses de lâoeuvre de Mozart revues par Hugues de Courson, jouĂ©es par 202 chanteurs et musiciens Ă©gyptiens, bretons et bulgares : voilĂ la dĂ©finition que lâon pourrait donner de
Mozart lâEgyptien. Pour dĂ©finir ce concept atypique entre variĂ©tĂ© classique, musique arabe et ethno-classique, dâautres qualificatifs viennent Ă lâesprit : gonflĂ©, audacieux et... commercial. Le premier volume, sorti en 1998, sâest trĂšs bien vendu Ă travers le monde (environ 300.000 exemplaires, dont la moitiĂ© en France) mais, pour le compositeur-arrangeur Hugues de Courson, lâenjeu de ce second volet est ailleurs : le musicien bourlingueur français prĂ©fĂšre voir ce nouvel Ă©pisode comme une fantaisie musicale et une utopie renouvelĂ©e.
QuĂȘte de fusions
Insatiable aventurier en quĂȘte de fusions musicales et humaines, Hugues de Courson travaille depuis plus de trente ans Ă redĂ©couvrir des patrimoines musicaux sous des angles nouveaux. Dans les annĂ©es 70, il fonde avec Gabriel Yacoub le groupe Malicorne pour revisiter les folklores français et europĂ©ens. Gros succĂšs pendant dix ans, puis le groupe se sĂ©pare. En 1992, il entreprend un incroyable pĂ©riple musical autour de la MĂ©diterranĂ©e avec la formation Spando. Fruit de ces brassages culturels inĂ©dits : un disque qui fait un bide. Pas dĂ©couragĂ©, Hugues de Courson se lance dans un projet fou. Avec le chanteur gabonais Pierre Akendengue, il amĂšne Bach dans la forĂȘt Ă©quatoriale et le fait jouer par des PygmĂ©es. Câest Lambarena, premier album dâune sĂ©rie dâexpĂ©riences musicales plus ou moins heureuses. Cinq ans plus tard sort Mozart lâEgyptien auquel succĂšdera en 2001 la rencontre de Vivaldi et des musiques celtes, Oâstravaganza, puis celle des musiques moyenĂągeuses et de lâĂ©lectro, Lux Obscura... SoupçonnĂ© de dĂ©cliner le mĂȘme concept Ă lâinfini, lâartiste sâen dĂ©fend avec honnĂȘtetĂ© : âUne maison de disques, ce nâest pas le ministĂšre de la Culture. Tout le jeu est de faire financer quelque chose de bien qui ne lui fasse pas perdre un centime. LâĂ©quilibre Ă trouver entre sa volontĂ© â sans laquelle je ne pourrais sortir aucun de mes albums â et mon travail dâartiste est tĂ©nu. Je fais le funambule. Il faut faire attention, Ă chaque minute, Ă ne pas dĂ©raper.â
La genĂšse de ce second opus est simple. AprĂšs une sĂ©rie de concerts consĂ©cutifs Ă la sortie de Mozart lâEgyptien 1, Hugues de Courson sâaperçoit quâil pourrait aller beaucoup plus loin... âPlus ça allait, plus je me disais quâil Ă©tait dommage de ne pas avoir fait telle ou telle chose ! Mon envie coĂŻncidait avec une possibilitĂ© : quand un projet a bien marchĂ©, on le prolonge. Voyez les films Les Dents de la mer 1, 2, 3, 4⊠SĂ©rieusement, la maison de disques en avait envie, les musiciens en avaient envie, il nây avait aucune raison de ne pas faire ce deuxiĂšme volume.â
Sampling sur partition
Toujours accompagnĂ© par lâĂgyptien Ahmed El Maghraby, le musicien français a dĂ©cidĂ© de prendre davantage de libertĂ©s avec la musique du compositeur des
Noces de Figaro. Le principe de fond est dâĂŽter cette peur de la âgrande musiqueâ, quasi intouchable.
âJâessaie dâenlever les statuts musicaux, je suis un iconoclaste dans le bon sens du terme. Mettre ces grands talents dans des Ă©crins dâor est un peu dommage. Dans ce numĂ©ro 2, il y a un Ă©lĂ©ment de surprise, les gens se demandent ce que De Courson va faire Ă Mozart ce coup-ci. En effet, par moment, je travaille sur Mozart et rapidement, il nây a presque plus rien de Mozart. En fait, je peux presque dire que je fais du sampling sur partition.â
Un sampling que les Ăgyptiens nâauront pas le loisir dâapprĂ©cier. Pour la maison de disques, les pays arabes ou africains ne sont pas assez rentables. Une partie infime de la population serait Ă©quipĂ©e en matĂ©riel hi-fi et fabriquer des cassettes semble compliquĂ©.
âMon rĂȘve serait justement de pouvoir sortir lâalbum dans ces pays-lĂ . Je vais peut ĂȘtre provoquer un piratage spontanĂ©.â PrĂȘt Ă accepter les compromis avec sa maison de disques, Hugues de Courson souligne cependant combien il est important pour lui dâĂȘtre distribuĂ© et vendu Ă travers le monde.
âOn ne fait pas des disques pour les Ă©couter chez soi. Je suis ravi du succĂšs de mon travail, et pas seulement Ă cause de lâargent. On est fier dâavoir fait un album que tout le monde aime. Cela fait plaisir.âHugues de Courson & Ahmed El Maghraby Mozart lâEgyptien 2 (Virgin Classics) 2005