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Doctor L aux rayons X

Classification interdite


Paris 

31/08/2005 - 

Reconnu aujourd’hui comme l’un des plus brillants concepteurs sonores, Doctor L avance souvent à visage masqué, comme sur les récents albums The Real Thing et There Must Be A Revolution Somewhere. Tout en se plaisant à brouiller les pistes, ce médecin sans blouse blanche, qui fut batteur de rock puis compositeur pour le groupe de rap français Assassin, continue de fouiller, de triturer ses envies musicales pour en extraire le sens profond.


 
  
 
Doctor L est un french doctor d’adoption : irlandais par son père, anglais par sa mère, Liam Farrell est né à Dublin en 1968. Installé en France dès son plus jeune âge, il a vécu la réalité de l’identité européenne avant même que nos hommes politiques cherchent à nous la faire accepter. Batteur à l’adolescence pour de nombreuses formations rock (Taxi Girl, Wampas, Rita Mitsouko ...), le musicien a rejoint en 1990 le mouvement hip-hop naissant en France au coté des pionniers Rockin Squat et Solo (Assassin). Il conçoit et produit la musique d’Homicide involontaire et du Futur que nous réserve-t-il ?, leurs deux premiers opus. Depuis, avec toujours une certaine discrétion, son nom s’est inscrit sur nombres de productions (Négresses Vertes, Stomy Bugsy, Kat Onoma, Tony Allen, Lénine ...), de remixes (Neneh Cherry, Arthur H ...) et des musiques de films pour Mathieu Kassovitz, Cédric Klapisch ... Car Doctor L ne recherche ni les honneurs, ni la gloire. Il préfère être reconnu pour ce qu’il sait faire : la musique ! Aujourd’hui encore, elle occupe le plus clair de son temps. Enfermé dans son laboratoire-studio qu’il sait maintenir ouvert aux vents extérieurs et aux talents qui passent, le toubib n’a pas de remèdes miracles aux maux de notre société. Il écoute, observe, examine avant de prescrire un subtil cocktail de médications où l’on note toujours une bonne dose d’engagement, de belles rasades d’enthousiasme, des pincées en ordre dispersé de hip-hop, électro, soul, funk, rythmes caribéens, dub, rock ...

Feeling punk

Toujours cohérentes et pourtant si diversifiées, ses productions interdisent toute classification. “Tout est un peu différent et tout est un peu pareilâ€, confie-t-il avant de citer quelques groupes (les Clash, Public Enemy) qui ont pu l’inspirer à ses débuts, lui donner envie de faire de la musique. “Je crois que je n’ai jamais lâché ce feeling punk. En vieillissant, je ne fais que l’affiner. Bien sûr, je suis un peu décalé ici. Ma musique est probablement mieux captée, reçue, perçue à l’étranger. Mais je m’en moque. J’ouvre des portes. S’engouffre qui veut, qui peut.†En quelques rondelles, Liam a marqué les esprits du public hexagonal, quoiqu’il en dise. Exploring The Inside World, son premier opus publié en 1998, réinvente l’idée de voyage sonore, idée qu’il prolonge deux ans plus tard avec Temple On Every Street, son deuxième solo immanquablement teinté par l’afro-beat de Tony Allen, le mythique batteur du Nigérian Fela, pour lequel il signe en parallèle la production du premier opus solo Black Voices pour le compte du label parisien Comet Records. Ensemble, les deux batteurs co-signent Psyco on da Bus, un projet afro-futuriste. Monkey Dizzyness, son troisième opus voit le jour sur Fat recordings, son label. Un nouveau cap est franchi.

Doctor L et Mister Hyde

Désormais à la tête d’une structure qui peut lui permettre d’aller au bout de ses envies, Doctor L pose une à une les pierres de son nouvel édifice. “Mes disques ne sont pas là uniquement pour faire du fric, mais pour affirmer ce à quoi je crois, mes engagements, mon goût pour la rencontre, pour la prise de risque. Mon but n’est pas de faire avancer le capitalisme, mais plutôt pour le détruire. C’est effectivement un grand paradoxeâ€, reconnaît-il. Ce n’est pas le seul paradoxe de ce personnage en avance sur son temps. Doctor L, comme son homologue Jekyll, peut présenter plusieurs visages. Avec Nicolas Baby de FFF, il publie sous le nom de Kactus Hunters un double CD/DVD Unlimited Land en 2003. Quelques années auparavant, il avait pris le nom de Da Link pour The Bugg, un disque entre blues du troisième millénaire, drum’n’bass déstructurée et jungle combative.

Mind

 
  
 
2005 tourne une nouvelle page avec la création de Mind, une division de son label Fat créée avec Manu Boubli, de Comet Records. “Nous avons sorti en mai The Real Thing, sur lequel figure la plupart des musiciens qui sont passés dans mon studio : David Murray, Stéphane Belmondo, Tony Allen, Omar Sosa ... Dans la foulée, nous avons commercialisé There Must Be A Revolution Somewhere, le nouveau Psyco, sur lequel est évidemment présent Tony Allen, mais aussi Kiala Nzavotunga le fondateur et leader du Ghetto Blaster, Roldan et José du groupe Orishas, la soul-sister Ayo ... Je me rapproche encore du son que je désire. Ici, tout a été joué. Très peu de choses ont été remontées.†En annonçant la sortie prochaine de son quatrième opus solo, le toubib sourit. Sa nouvelle ordonnance inspirée par l’esprit de la beat generation aura de quoi surprendre ceux qui se contentent de suivre les modes. Lui, il les façonne.

Squaaly