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Le slam, la musique des mots

La scène française se développe


Paris 

07/09/2005 - 

Un papier, un stylo, un micro : voici les principaux instruments du slam, cet art oratoire entre poésie et musique qui consiste à déclamer un texte dans un bar, face à un public à la fois jury et acteur. Né aux États-Unis, le slam a traversé l’Atlantique au milieu des années 1990 et suscite aujourd’hui un véritable engouement en France à tel point qu'il commence à se décliner sur disques.


 
 
C’est à Chicago, il y a environ vingt ans, que le terme “slam” voit le jour. Ouvrier en bâtiment et poète anti-conformiste, Marc Smith décide de faire descendre la poésie de son piédestal en organisant des joutes oratoires dans les bars de sa ville. Les premières slamming sessions ont lieu en 1986 et voient s’affronter des poètes-boxeurs dans un combat où les mots remplacent les poings. Ces sessions tirent leur nom du verbe to slam qui signifie claquer ou jeter, en référence aux vers scandés par les poètes. Souvent comparé à du rap sans musique, le slam est en réalité plus proche de l’esprit libertaire du jazz et du punk que de la mouvance hip-hop, dont il a néanmoins conservé l’âme contestataire de ses débuts.

Slam à la française

En France, les premières soirées de “slam poésie” apparaissent au milieu des années 1990, même si le terme n’est pas encore utilisé. Décidés à transformer un ancien repère d’entraîneuses du quartier parisien de Pigalle en bar artistique, les propriétaires initient ces scènes ouvertes poétiques en 1995. Écrivains, poètes, rappeurs, conteurs ou marginaux sont rapidement conquis par ces soirées hebdomadaires qui leur offrent une tribune inédite pour exprimer leurs revendications et leurs états d’âme. Quelques règles sont à respecter : le temps de parole ne doit pas excéder trois minutes et l’utilisation d’instruments, de musiques ou de déguisements est prohibée. Les participants forment un petit cercle quasi familial au sein duquel figurent deux acteurs incontournables de la scène française actuelle du slam : Nada et Pilote le Hot.

 
 
Mais, comme dans toute famille, les dissensions ne tardent pas à éclater et lorsque le Club-Club ferme ses portes en 1998, chacun suit son propre chemin. Pilote le Hot ouvre sa propre scène dans un autre bar parisien, tout en tentant de fédérer ce mouvement encore balbutiant par l’intermédiaire de l’association Slam Productions. De son côté, Nada anime des soirées slam dans un autre lieu et entreprend une démarche plus personnelle en réalisant des “one man slam”. Art collectif pour les uns, performance poétique individuelle pour les autres, le slam à la française se forge sa propre identité tout en attirant de plus en plus de monde.

Plusieurs poètes décomplexés n’hésitent plus à mélanger slam et musique sur CD, au grand dam des puristes. En 2004, les slammeurs de Spoke Orchestra (trio auquel appartient Nada), ont sorti l’album Interdit aux mineurs. Quittant momentanément l’univers du R&B, le duo franco-camerounais des Nubians s’apprête de son côté à faire paraître Echoes, premier volet d’une collection dédiée au spoken word. Tous ces projets ont la même ligne de conduite : mettre la musique à l’entier service des mots.

Un essor considérable

 
  
 
À Paris comme en province, les scènes slam ne se comptent plus. “Le slam est une sorte d’exutoire par rapport à l’isolement”, explique Nada. “Des gens qui écrivaient chacun de leurs côtés peuvent maintenant déclamer et écouter de la poésie en allant dans un café au lieu de rester à la maison pour regarder la télé. C’est une démarche hors les murs.” Ces nouveaux espaces d’expression sont surtout des lieux de rencontres où se confondent tous les milieux, toutes les origines sociales. Sur scène, un jeune rappeur succède à un poète classique et précède un étudiant en sciences politiques. Le slam serait-il en train de tisser un lien social d’un nouveau genre ? “Le temps d’une soirée, oui”, tempère Rouda, slammeur du collectif parisien 129H. “Mais il ne faut pas trop idéaliser le slam ou ce qu’il représente : une fois la session terminée, chacun rentre chez soi.” C’est pourtant au cours d’une de ces soirées que les membres de son collectif se sont rencontrés. Pour Paul Cash, vétéran du slam hexagonal, “les slam sessions permettent de rencontrer des gens et de les connaître rapidement. Si demain je déménage à Marseille, la première chose que je ferais en arrivant là-bas c’est d’organiser une scène slam dans un bar”. Depuis 2001, la Fédération Française de Slam Poésie (FFDSP) tente, tant bien que mal, d’organiser ce mouvement à l’échelle nationale. Mais de nombreux slammeurs s’interrogent encore sur les réelles motivations de cette fédération et ne se reconnaissent pas en elle.

Ateliers d’écriture

 
 
Art urbain et populaire, le slam possède aussi une vocation pédagogique auprès des jeunes à travers la mise en place d’ateliers d’écriture. Neobled, Lyor, et Rouda, les trois rappeurs-slammeurs du collectif 129H, ont monté leur premier atelier en 2001. Aujourd’hui, ils en animent plus d’une dizaine répartis entre les milieux scolaires, associatifs, et les maisons de quartiers de la région parisienne. “L’objectif premier de ces ateliers est de créer et d’interpréter un texte”, explique Rouda. “On s’est rendu compte que le fait de s’éprouver devant un public aidait énormément les jeunes, au niveau de l’expression et de l’affirmation de soi.” Agé de 22 ans, Neobled en est l’exemple vivant. Cet ancien “archétype du gars de quartier”, comme il se définit lui-même, a trouvé dans le slam un moyen de se réconcilier avec la langue française. “Non seulement cela t’ouvre sur l’écriture, sur tout ce qui est littéraire, mais en plus cela te permet de créer des liens avec des gens. Le slam m’a permis de dépasser mes a priori tout en restant curieux.” “Les participants n’ont pas obligatoirement de meilleures notes en français, mais ils développent un goût pour l’écriture, pour la maîtrise des mots et du langage”, poursuit Rouda. “L’objectif est de montrer que l’on a tous une capacité de création. Être artiste, ce n’est pas forcément passer à la Star Academy ou vendre des CD. Le simple fait d’écrire, c’est déjà être artiste.”

Benjamin  Roux