Chronique album
ParisÂ
09/09/2005 -Â
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RFI Musique : Est-ce toujours de vous quâil sâagit, dans vos chansons Ă la premiĂšre personne ?
Alain Souchon : Ăa nâa aucune importance. Ce qui est important, câest que la chanson soit vraie, mĂȘme si ce nâest pas vrai. Les chansons ne sont pas censĂ©es reflĂ©ter la rĂ©alitĂ©. Il faut quâelles soient vraies dans lâĂ©motion. Jâai fait une chanson qui sâappelle CâĂ©tait mieux quand câĂ©tait toi : je ne regrette pas une fille que jâaurais laissĂ©e dans ma jeunesse et qui serait le regret de ma vie, pas du tout. Mais câest une chanson sur le regret lui-mĂȘme, et que jâillustre comme si je regrettais une femme. Jâentends souvent dire, dans les interviews : âJe nâai aucun regretâ, comme si câĂ©tait une honte dâavoir des regrets. Mais on a tous des regrets : on sâest mal conduit Ă tel moment, on a Ă©tĂ© vache avec telle personne, on a laissĂ© tomber un ami. Jâaime le regret.
Vous aimez vous inspirer dâoeuvres dâautres artistes : ici, les livres de Françoise Sagan dans Bonjour tristesse ou le film Sue perdue dans Manhattan dans Le MystĂšre ...
Pour faire des chansons, on prend des sujets qui vous touchent un peu. Pourquoi pas un film ou une chanson ? Lâexemple le plus cĂ©lĂšbre câest : âAh je voudrais tant que tu te souviennes/Cette chanson Ă©tait la tienne/CâĂ©tait ta prĂ©fĂ©rĂ©e je crois/Quâelle est de PrĂ©vert et Kosma.â Dans Sue perdue dans Manhattan, jâai trouvĂ© fascinant cette possibilitĂ© dâĂȘtre vraiment perdu dans la ville, comme Robinson CrusoĂ©.
Il y a une trĂšs belle phrase, dans cette chanson : âCe nâest pas tant ma vie qui me plait tant/Câest le mystĂšre qui est dedans.â

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Mais câest vrai ! On ne se comprend pas, des fois. Dans la vie quotidienne, jâaime bien ne dire que des sottises. Et je trouve ça lassant, je me demande pourquoi je ne suis pas normal, sĂ©rieux. MystĂšre ...
On dit souvent, dans le mĂ©tier, quâil y a deux genres dâauteurs de chansons : ceux qui ont du mal Ă trouver des sujets, et ceux qui ont du mal Ă les traiter ...
Je suis des deux genres. Jâai du mal Ă trouver les sujets et du mal Ă en parler. Mais il suffit dâune phrase pour sentir quâon a enclenchĂ© sur un truc, que ça va se dĂ©velopper. Câest un moment trĂšs agrĂ©able.
Beaucoup de vos cadets se réfÚrent volontiers à vous quand on leur demande quelles sont leurs influences. Comment le vivez-vous ?
Je ne trouve pas que ce que je fais a beaucoup Ă voir avec ce que font les autres. Quâils aiment bien mon trajet, la façon dont jâai fait mon mĂ©tier, câest sĂ»r. Que ce soit Albin de la Simone, GĂ©rald de Palmas ou Sandrine Kiberlain, câest sĂ»r quâils mâaiment bien mais je ne vois pas lâinfluence que jâai pu avoir sur eux. Le problĂšme, câest dĂšs quâon est proche. DĂšs que mon fils dit un mot, on dit : âAh ! le son de la voix, ça fait penser Ă ton pĂšre.â Par contre, mĂȘme si Camille ou Mathieu Boogaerts mâaiment bien, je ne vois pas tellement de filiation, je ne vois pas de trace de moi dans leur travail.
Dans le communiquĂ© accompagnant lâenvoi de votre album Ă la presse, vous Ă©crivez avoir pensĂ© Ă âfaire un album concept sur des personnes que jâaime (...) Puis jâai trouvĂ© que je serais moins bon pour cet exercice que Vincent Delerm. Alors jâai fait un album normal.â Câest un bel hommage Ă Delerm.
Jâentends dire que Vincent Delerm est le nouvel Alain Souchon. Jâadore ce quâil fait. On sâest Ă©crit, dâailleurs. Je lui ai dit : âVous faites des choses trĂšs diffĂ©rentes de moi et pour vous câest mieux.â Jâavais entendu Fanny Ardant et moi et je trouvais la musique un peu basique. Et puis je suis allĂ© le voir Ă lâOlympia, oĂč jâai Ă©tĂ© sciĂ© par le contact quâil a avec les gens, par son spectacle qui est vraiment fort.
De maniÚre générale, comment jugez-vous la génération des jeunes chanteurs actuels ?
Ils sont souvent obsĂ©dĂ©s par le son et par la malice de ce quâils disent. Or, il ne faut pas oublier le cĂŽtĂ© Au clair de la lune de la chanson. Pour moi, la chanson câest quand mĂȘme une musique qui doit rester dans la tĂȘte. Jâai entendu Ruby Tuesday quand jâavais vingt ans ; maintenant, jâen ai soixante et jâai toujours cette musique dans la tĂȘte. Dans sa gĂ©nĂ©ration, Pierre Ă©crit des chansons qui restent dans la tĂȘte â celles quâil fait pour lui comme pour Sandrine. Câest pour ça que jâai confiance en lui.
Referez-vous un jour du cinéma ?

Jâai aimĂ© cette expĂ©rience formidable. Câest comme quand on essaye de faire du golf ; et puis on sâemmerde, alors on arrĂȘte. Moi, jâai fait du cinĂ©ma comme ça. Ce que jâai aimĂ© dans le cinĂ©ma, câest les rencontres, Claude Berri, Pierre Granier-Deferre, Jacques Doillon. Comme jâavais les premiers rĂŽles, jâĂ©tais trĂšs proche dâeux et câĂ©tait trĂšs fort. Jâai beaucoup aimĂ© aussi les rencontres avec Jane Birkin, avec Isabelle Adjani â de jolies femmes merveilleuses, intelligentes. Vous vous souvenez de ce que disait Bernard Shaw : âLes acteurs sont moins que des hommes, les actrices sont plus que des femmes.â
Vous nâĂȘtes pas tentĂ© par le théùtre ?
Non. Je ne saurais pas. On me lâa beaucoup proposĂ© mais ce que jâaime bien, câest Ă©crire Ultramoderne solitude et quâon me dise :âCâest superâ. Comme jâai lâopportunitĂ© de faire ça, câest ce que je fais. Quand on est connu, on vous propose tout et nâimporte quoi. Il faut savoir faire seulement ce quâon sait faire.
Vous ne pourriez vraiment pas faire de politique ?
Je ne trouve rien de bien lĂ -dedans. Moi jâaime ĂȘtre sur le cĂŽtĂ©, et puis regarder, et puis faire des chansons.
Alain Souchon La Vie Théodore (Virgin) 2005
Bertrand Dicale
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