publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Menu

Chronique album


Alain Souchon

La Vie Théodore


Paris 

09/09/2005 - 

Un album tous les six ans : Alain Souchon ne goĂ»te aux joies du succĂšs qu’avec retenue, sans empressement. Sur La Vie ThĂ©odore, son nouveau disque, il dĂ©voile ses humeurs avec cette Ă©criture douce-amĂšre et cette attitude faussement dĂ©tachĂ©e qui ont fait de lui un artiste singulier dans l’univers de la chanson française.


 
  
 
RĂ©gulier, sobre, Alain Souchon sort un nouvel album aux couleurs plus vives, plus optimistes, plus globalement heureuses que dans Au ras des pĂąquerettes, son prĂ©cĂ©dent disque. La Vie ThĂ©odore, dans lequel sa collaboration avec son fils s’approfondit (Pierre Souchon cosigne trois chansons de l’album) a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ© depuis quelques mois sur les radios françaises de la chanson Et si en plus y’a plus personne, ferme prise de position agnostique. Pourtant, dans la chanson qui donne son titre Ă  l’album, Souchon avoue – Ă  travers la personnalitĂ© du gĂ©ographe et grand marcheur ThĂ©odore Monod – son attirance pour une vie dans laquelle “Il faut un minimum/Une Bible, un coeur d’homme/Un petit gobelet d’aluminium”.

RFI Musique : Est-ce toujours de vous qu’il s’agit, dans vos chansons Ă  la premiĂšre personne ?
Alain Souchon : Ça n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est que la chanson soit vraie, mĂȘme si ce n’est pas vrai. Les chansons ne sont pas censĂ©es reflĂ©ter la rĂ©alitĂ©. Il faut qu’elles soient vraies dans l’émotion. J’ai fait une chanson qui s’appelle C’était mieux quand c’était toi : je ne regrette pas une fille que j’aurais laissĂ©e dans ma jeunesse et qui serait le regret de ma vie, pas du tout. Mais c’est une chanson sur le regret lui-mĂȘme, et que j’illustre comme si je regrettais une femme. J’entends souvent dire, dans les interviews : “Je n’ai aucun regret”, comme si c’était une honte d’avoir des regrets. Mais on a tous des regrets : on s’est mal conduit Ă  tel moment, on a Ă©tĂ© vache avec telle personne, on a laissĂ© tomber un ami. J’aime le regret.

Vous aimez vous inspirer d’oeuvres d’autres artistes : ici, les livres de Françoise Sagan dans Bonjour tristesse ou le film Sue perdue dans Manhattan dans Le MystĂšre ...
Pour faire des chansons, on prend des sujets qui vous touchent un peu. Pourquoi pas un film ou une chanson ? L’exemple le plus cĂ©lĂšbre c’est : “Ah je voudrais tant que tu te souviennes/Cette chanson Ă©tait la tienne/C’était ta prĂ©fĂ©rĂ©e je crois/Qu’elle est de PrĂ©vert et Kosma.” Dans Sue perdue dans Manhattan, j’ai trouvĂ© fascinant cette possibilitĂ© d’ĂȘtre vraiment perdu dans la ville, comme Robinson CrusoĂ©.

 
 
Il y a une trĂšs belle phrase, dans cette chanson : “Ce n’est pas tant ma vie qui me plait tant/C’est le mystĂšre qui est dedans.”
Mais c’est vrai ! On ne se comprend pas, des fois. Dans la vie quotidienne, j’aime bien ne dire que des sottises. Et je trouve ça lassant, je me demande pourquoi je ne suis pas normal, sĂ©rieux. MystĂšre ...

On dit souvent, dans le mĂ©tier, qu’il y a deux genres d’auteurs de chansons : ceux qui ont du mal Ă  trouver des sujets, et ceux qui ont du mal Ă  les traiter ...
Je suis des deux genres. J’ai du mal Ă  trouver les sujets et du mal Ă  en parler. Mais il suffit d’une phrase pour sentir qu’on a enclenchĂ© sur un truc, que ça va se dĂ©velopper. C’est un moment trĂšs agrĂ©able.

Beaucoup de vos cadets se rĂ©fĂšrent volontiers Ă  vous quand on leur demande quelles sont leurs influences. Comment le vivez-vous ?
Je ne trouve pas que ce que je fais a beaucoup Ă  voir avec ce que font les autres. Qu’ils aiment bien mon trajet, la façon dont j’ai fait mon mĂ©tier, c’est sĂ»r. Que ce soit Albin de la Simone, GĂ©rald de Palmas ou Sandrine Kiberlain, c’est sĂ»r qu’ils m’aiment bien mais je ne vois pas l’influence que j’ai pu avoir sur eux. Le problĂšme, c’est dĂšs qu’on est proche. DĂšs que mon fils dit un mot, on dit : “Ah ! le son de la voix, ça fait penser Ă  ton pĂšre.” Par contre, mĂȘme si Camille ou Mathieu Boogaerts m’aiment bien, je ne vois pas tellement de filiation, je ne vois pas de trace de moi dans leur travail.

Dans le communiquĂ© accompagnant l’envoi de votre album Ă  la presse, vous Ă©crivez avoir pensĂ© Ă  “faire un album concept sur des personnes que j’aime (...) Puis j’ai trouvĂ© que je serais moins bon pour cet exercice que Vincent Delerm. Alors j’ai fait un album normal.” C’est un bel hommage Ă  Delerm.
J’entends dire que Vincent Delerm est le nouvel Alain Souchon. J’adore ce qu’il fait. On s’est Ă©crit, d’ailleurs. Je lui ai dit : “Vous faites des choses trĂšs diffĂ©rentes de moi et pour vous c’est mieux.” J’avais entendu Fanny Ardant et moi et je trouvais la musique un peu basique. Et puis je suis allĂ© le voir Ă  l’Olympia, oĂč j’ai Ă©tĂ© sciĂ© par le contact qu’il a avec les gens, par son spectacle qui est vraiment fort.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, comment jugez-vous la gĂ©nĂ©ration des jeunes chanteurs actuels ?
Ils sont souvent obsĂ©dĂ©s par le son et par la malice de ce qu’ils disent. Or, il ne faut pas oublier le cĂŽtĂ© Au clair de la lune de la chanson. Pour moi, la chanson c’est quand mĂȘme une musique qui doit rester dans la tĂȘte. J’ai entendu Ruby Tuesday quand j’avais vingt ans ; maintenant, j’en ai soixante et j’ai toujours cette musique dans la tĂȘte. Dans sa gĂ©nĂ©ration, Pierre Ă©crit des chansons qui restent dans la tĂȘte – celles qu’il fait pour lui comme pour Sandrine. C’est pour ça que j’ai confiance en lui.

 
  
 
Referez-vous un jour du cinĂ©ma ?
J’ai aimĂ© cette expĂ©rience formidable. C’est comme quand on essaye de faire du golf ; et puis on s’emmerde, alors on arrĂȘte. Moi, j’ai fait du cinĂ©ma comme ça. Ce que j’ai aimĂ© dans le cinĂ©ma, c’est les rencontres, Claude Berri, Pierre Granier-Deferre, Jacques Doillon. Comme j’avais les premiers rĂŽles, j’étais trĂšs proche d’eux et c’était trĂšs fort. J’ai beaucoup aimĂ© aussi les rencontres avec Jane Birkin, avec Isabelle Adjani – de jolies femmes merveilleuses, intelligentes. Vous vous souvenez de ce que disait Bernard Shaw : “Les acteurs sont moins que des hommes, les actrices sont plus que des femmes.”

Vous n’ĂȘtes pas tentĂ© par le théùtre ?
Non. Je ne saurais pas. On me l’a beaucoup proposĂ© mais ce que j’aime bien, c’est Ă©crire Ultramoderne solitude et qu’on me dise :“C’est super”. Comme j’ai l’opportunitĂ© de faire ça, c’est ce que je fais. Quand on est connu, on vous propose tout et n’importe quoi. Il faut savoir faire seulement ce qu’on sait faire.

Vous ne pourriez vraiment pas faire de politique ?
Je ne trouve rien de bien lĂ -dedans. Moi j’aime ĂȘtre sur le cĂŽtĂ©, et puis regarder, et puis faire des chansons.

Alain Souchon La Vie Théodore (Virgin) 2005

 

Bertrand  Dicale