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Reportage


Le Lyon Calling Tour

Le Peuple de l’Herbe, High Tone et MeĂŻ TeĂŻ Sho en tournĂ©e


Paris 

21/09/2005 - 

Vingt-cinq dates, dix-sept pays visitĂ©s, dont l’ex-Yougoslavie, la Pologne, la Hongrie et la RĂ©publique TchĂšque, trois tour-bus, deux tonnes de matĂ©riel et trente-quatre personnes sur la route. On ne parle pas de quelconques Rolling Stones ou Oasis, mais du Lyon Calling Tour, qui du 1er septembre au 9 octobre 2005 sillonne l’Europe avec la crĂšme des groupes hybrides nationaux, tous originaires de la mĂ©tropole lyonnaise, Le Peuple de l’Herbe, High Tone et MeĂŻ TeĂŻ Sho.


 

Le Lyon Calling Tour est une premiĂšre, Ă  une telle Ă©chelle, pour des groupes français. Qu’ils mixent machines et instruments live comme Le Peuple et High Tone ou jouent intĂ©gralement en direct comme MeĂŻ TeĂŻ Sho, les trois groupes ont ce goĂ»t en commun pour le mĂ©tissage des styles et des formes. Electro hip-hop, dub et drum’n’bass, afro-beat jazzy, tous les croisements sont bons dans le groove et le succĂšs est au rendez-vous. Les trois groupes totalisent des centaines de concerts et prĂšs de 100.000 albums vendus par an, tout en conservant une indĂ©pendance revendiquĂ©e et synonyme de libertĂ© d’action. Autre point commun, avoir tous plus ou moins officiĂ© chez Jarring Effects, le collectif lyonnais farouchement indĂ©pendant et multiformes : locaux de rĂ©pĂ©tition, studio, management et organisation de tournĂ©es, festival Riddim Collision, label.

Si l’impulsion du Lyon Calling Tour (clin d’oeil au London Calling de Clash, rĂ©fĂ©rence majeure du mĂ©tissage musical) est venue de la volontĂ© des groupes eux-mĂȘmes, la logistique du pĂ©riple, lourde et complexe, a Ă©tĂ© assurĂ©e par l’équipe Jarring, secondĂ©e par les bordelais de Zoo Booking. Ainsi, aprĂšs un an de prĂ©paration, la caravane s’est Ă©branlĂ©e pour une tournĂ©e hĂ©roĂŻque Ă  travers l’Europe qui se clĂŽturera dĂ©but octobre en Irlande. En plein dĂ©bat constitutionnel, dans une Union semblant taillĂ©e pour les marchands et faisant globalement fi d’une vision sociale et humaine, il paraissait pertinent Ă  ses instigateurs de proposer une vision alternative de la rĂ©alitĂ© des Ă©changes. La volontĂ© affichĂ©e fut de s’appuyer au maximum sur des collectifs locaux indĂ©pendants, de renforcer ainsi leur lĂ©gitimitĂ© et de bĂ©nĂ©ficier de leur travail de terrain pour rĂ©unir partout un public rĂ©ceptif aux bonnes vibrations. Car si l’idĂ©e est de gĂ©nĂ©rer des rencontres et de partager des expĂ©riences fortes, il s’agit Ă©galement de faire la fĂȘte, de vriller les tĂȘtes.

Début de la tournée

 
  
 
D’emblĂ©e, la traversĂ©e de la Suisse des squats a permis de constater la vigueur toujours renouvelĂ©e des utopies libertaires et autogestionnaires Ă  l’origine de ces lieux. Public en nombre, conditions techniques parfaites, les musiciens et techniciens de l’aventure ont mangĂ© lĂ  leur pain blanc avant la route des Balkans, nettement moins rodĂ©e Ă  l’accueil de groupes et qui plus est parsemĂ©e d’embĂ»ches douaniĂšres. Zagreb tout d’abord, et son club alternatif en pĂ©riphĂ©rie de la citĂ© croate. Quatre cent personnes semblant sorties de nulle part, dĂ©couvrant pour la plupart les trois groupes et reparties suantes et secouĂ©es aprĂšs une soirĂ©e Ă  prolongations. Ljubjana ensuite, splendide capitale slovĂšne, dont l’isolement culturel semble extrĂȘmement pesant aux jeunes gens rencontrĂ©s, malgrĂ© tout hilares et Ă©carlates en fin de nuit.

Puis plongĂ©e en Bosnie, toujours marquĂ©e par cinq annĂ©es de guerre civile, avec trois dates chargĂ©es de symboles : Banja Luka, fief des serbes bosniaques, Mostar, ville divisĂ©e entre croates et musulmans et enfin Sarajevo, citĂ© martyre, assiĂ©gĂ©e durant trois ans par les serbes. Concerts d’une rare intensitĂ©, sous la banniĂšre multiculturelle du collectif POP, basĂ© Ă  Banja Luka mais entretenant des liens forts avec des organisations de jeunes Ă  travers tout le pays. Sans nul doute des moments qui resteront Ă  jamais gravĂ©s dans les mĂ©moires. Banja Luka reprenant les "peace and love" de MeĂŻ TeĂŻ Sho dans des choeurs Ă  s’en exploser les cordes vocales, les murs en ruine de Mostar rĂ©sonnant des basses de High Tone et du Free Education de MTS braillĂ© Ă  tue-tĂȘte. Que dire de Sarajevo et d’un No Escape du Peuple de l’Herbe appelant Ă  l’échappĂ©e belle des corps, repris comme une chanson rĂ©volutionnaire dans un dĂ©licieux frisson de dĂ©lire ? Des dizaines de jeunes gens venant accoster musiciens ou n’importe quel membre de la troupe pour raconter quelle expĂ©rience rare ils viennent de vivre, quelle motivation ils retirent de ce simple dĂ©foulement total des corps et des esprits.

Energie Ă  Sarajevo

 
 
FatiguĂ©s par les kilomĂštres et les conditions trĂšs prĂ©caires des concerts, les Lyonnais ne pouvaient qu’ĂȘtre transportĂ©s et galvanisĂ©s par de tels retours et donner des concerts d’anthologie, sur scĂšne mais Ă©galement autour. A Sarajevo, il fallut construire la scĂšne et installer tout le son dans un squat aux vitres brisĂ©es plantĂ© dans un terrain vague. Puis, salle pleine Ă  craquer de 500 personnes en furie, cris montant comme la houle Ă  chaque accĂ©lĂ©ration de tempo, conseiller culturel de l’Ambassade de France venu fĂ©liciter toute l’équipe, sincĂšrement impressionnĂ© par l’ampleur de l’opĂ©ration, effacĂšrent les galĂšres. C’était bien le moins devant l’énergie et le dynamisme d’une partie de la jeunesse bosniaque impatiente de tourner la page de la haine et affichant, bravache, ses idĂ©aux de tolĂ©rance, de paix et de respect des autres. Des valeurs primordiales et fondatrices pour les musiques mĂ©tisses du Lyon Calling Tour, poursuivant son Ă©quipĂ©e folle sur une Belgrade elle aussi trĂšs rĂ©ceptive aux plaidoyers pacifistes. La route jusqu’à Dublin est encore longue et la trentaine de nomades risque bien d’en voir encore de toutes les couleurs, mais les souvenirs entassĂ©s en vrac en traversant "l’ex-yu" garderont un parfum inĂ©vitablement singulier, celui de l’espoir.

Gilles  Garrigos