Le Lyon Calling Tour est une premiĂšre, Ă une telle Ă©chelle, pour des groupes français. Quâils mixent machines et instruments live comme Le Peuple et High Tone ou jouent intĂ©gralement en direct comme MeĂŻ TeĂŻ Sho, les trois groupes ont ce goĂ»t en commun pour le mĂ©tissage des styles et des formes. Electro hip-hop, dub et drumânâbass, afro-beat jazzy, tous les croisements sont bons dans le groove et le succĂšs est au rendez-vous. Les trois groupes totalisent des centaines de concerts et prĂšs de 100.000 albums vendus par an, tout en conservant une indĂ©pendance revendiquĂ©e et synonyme de libertĂ© dâaction. Autre point commun, avoir tous plus ou moins officiĂ© chez Jarring Effects, le collectif lyonnais farouchement indĂ©pendant et multiformes : locaux de rĂ©pĂ©tition, studio, management et organisation de tournĂ©es, festival Riddim Collision, label.
Si lâimpulsion du Lyon Calling Tour (clin dâoeil au London Calling de Clash, rĂ©fĂ©rence majeure du mĂ©tissage musical) est venue de la volontĂ© des groupes eux-mĂȘmes, la logistique du pĂ©riple, lourde et complexe, a Ă©tĂ© assurĂ©e par lâĂ©quipe Jarring, secondĂ©e par les bordelais de Zoo Booking. Ainsi, aprĂšs un an de prĂ©paration, la caravane sâest Ă©branlĂ©e pour une tournĂ©e hĂ©roĂŻque Ă travers lâEurope qui se clĂŽturera dĂ©but octobre en Irlande. En plein dĂ©bat constitutionnel, dans une Union semblant taillĂ©e pour les marchands et faisant globalement fi dâune vision sociale et humaine, il paraissait pertinent Ă ses instigateurs de proposer une vision alternative de la rĂ©alitĂ© des Ă©changes. La volontĂ© affichĂ©e fut de sâappuyer au maximum sur des collectifs locaux indĂ©pendants, de renforcer ainsi leur lĂ©gitimitĂ© et de bĂ©nĂ©ficier de leur travail de terrain pour rĂ©unir partout un public rĂ©ceptif aux bonnes vibrations. Car si lâidĂ©e est de gĂ©nĂ©rer des rencontres et de partager des expĂ©riences fortes, il sâagit Ă©galement de faire la fĂȘte, de vriller les tĂȘtes.
Début de la tournée
DâemblĂ©e, la traversĂ©e de la Suisse des squats a permis de constater la vigueur toujours renouvelĂ©e des utopies libertaires et autogestionnaires Ă lâorigine de ces lieux. Public en nombre, conditions techniques parfaites, les musiciens et techniciens de lâaventure ont mangĂ© lĂ leur pain blanc avant la route des Balkans, nettement moins rodĂ©e Ă lâaccueil de groupes et qui plus est parsemĂ©e dâembĂ»ches douaniĂšres. Zagreb tout dâabord, et son club alternatif en pĂ©riphĂ©rie de la citĂ© croate. Quatre cent personnes semblant sorties de nulle part, dĂ©couvrant pour la plupart les trois groupes et reparties suantes et secouĂ©es aprĂšs une soirĂ©e Ă prolongations. Ljubjana ensuite, splendide capitale slovĂšne, dont lâisolement culturel semble extrĂȘmement pesant aux jeunes gens rencontrĂ©s, malgrĂ© tout hilares et Ă©carlates en fin de nuit.
Puis plongĂ©e en Bosnie, toujours marquĂ©e par cinq annĂ©es de guerre civile, avec trois dates chargĂ©es de symboles : Banja Luka, fief des serbes bosniaques, Mostar, ville divisĂ©e entre croates et musulmans et enfin Sarajevo, citĂ© martyre, assiĂ©gĂ©e durant trois ans par les serbes. Concerts dâune rare intensitĂ©, sous la banniĂšre multiculturelle du collectif POP, basĂ© Ă Banja Luka mais entretenant des liens forts avec des organisations de jeunes Ă travers tout le pays. Sans nul doute des moments qui resteront Ă jamais gravĂ©s dans les mĂ©moires. Banja Luka reprenant les "peace and love" de MeĂŻ TeĂŻ Sho dans des choeurs Ă sâen exploser les cordes vocales, les murs en ruine de Mostar rĂ©sonnant des basses de High Tone et du Free Education de MTS braillĂ© Ă tue-tĂȘte. Que dire de Sarajevo et dâun No Escape du Peuple de lâHerbe appelant Ă lâĂ©chappĂ©e belle des corps, repris comme une chanson rĂ©volutionnaire dans un dĂ©licieux frisson de dĂ©lire ? Des dizaines de jeunes gens venant accoster musiciens ou nâimporte quel membre de la troupe pour raconter quelle expĂ©rience rare ils viennent de vivre, quelle motivation ils retirent de ce simple dĂ©foulement total des corps et des esprits.
Energie Ă Sarajevo
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FatiguĂ©s par les kilomĂštres et les conditions trĂšs prĂ©caires des concerts, les Lyonnais ne pouvaient quâĂȘtre transportĂ©s et galvanisĂ©s par de tels retours et donner des concerts dâanthologie, sur scĂšne mais Ă©galement autour. A Sarajevo, il fallut construire la scĂšne et installer tout le son dans un squat aux vitres brisĂ©es plantĂ© dans un terrain vague. Puis, salle pleine Ă craquer de 500 personnes en furie, cris montant comme la houle Ă chaque accĂ©lĂ©ration de tempo, conseiller culturel de lâAmbassade de France venu fĂ©liciter toute lâĂ©quipe, sincĂšrement impressionnĂ© par lâampleur de lâopĂ©ration, effacĂšrent les galĂšres. CâĂ©tait bien le moins devant lâĂ©nergie et le dynamisme dâune partie de la jeunesse bosniaque impatiente de tourner la page de la haine et affichant, bravache, ses idĂ©aux de tolĂ©rance, de paix et de respect des autres. Des valeurs primordiales et fondatrices pour les musiques mĂ©tisses du Lyon Calling Tour, poursuivant son Ă©quipĂ©e folle sur une Belgrade elle aussi trĂšs rĂ©ceptive aux plaidoyers pacifistes. La route jusquâĂ Dublin est encore longue et la trentaine de nomades risque bien dâen voir encore de toutes les couleurs, mais les souvenirs entassĂ©s en vrac en traversant "lâex-yu" garderont un parfum inĂ©vitablement singulier, celui de lâespoir.