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Arthur H

Adieu tristesse


Paris 

26/09/2005 - 

Arthur H, l’autre français Ă  tĂȘte de choux, sort un cinquiĂšme album studio Adieu tristesse. Chaos d’histoires courtes, d’absurditĂ©s fugaces, de personnages petits et grands, l'artiste propose sa bande-son jazz, pop, Ă  cordes. Son film intĂ©rieur aux contrastes saturĂ©s.


 
 
Adieu Tristesse est un disque-lumiĂšre. Diurne, nocturne, artificielle des nĂ©ons. Ou carrĂ©ment absente. EnfermĂ©s dans le studio de Jean Massicotte (rĂ©alisateur du second album de Lhassa) Ă  MontrĂ©al, Arthur H et Nicolas Repac (samples, guitare) ont laissĂ© passer l’hiver. CloĂźtrĂ©s, ils ont creusĂ© les sillons d’une musique nĂ©e sous la contrainte climatique, une Ă©vasion : "C’est d’abord une histoire d’écoute intĂ©rieure. Faire un disque, c’est rentrer dans cette forme de libertĂ© oĂč tu essaies de concrĂ©tiser ton rĂȘve, Ă©crire ce que tu ne peux dĂ©crire. La solitude est essentielle, elle procure l’intimitĂ© propre au disque. La nuit, elle se prĂȘte au rĂȘve, Ă  la scĂšne".

Adepte de la libertĂ© folle et baroque, c’est bien sur scĂšne que son rĂȘve a souvent pris le plus beau corps. Sa discographie ne s’en cache pas, il a presque toujours alternĂ© un album live entre deux studio. Adieu tristesse dĂ©roge pourtant Ă  la rĂšgle. Peut-ĂȘtre parce qu’il n’y en a pas. Ou parce qu’aujourd’hui le studio correspond mieux Ă  ses voies de traverse, Ă  ses randonnĂ©es dans la brume. L’aventure initiatique, les risques, ce premier duo discographique avec son pĂšre Jacques Higelin, y ressemble : "Les relations familiales manquent souvent de profondeur. J’avais envie d’une vraie rencontre avec lui autour d’un projet mais sur mon territoire. Construire crĂ©e un lien particulier". Le destin du voyageur est le dialogue (autobiographique ?) entre deux hommes, l’un installĂ©, l’autre avide de dĂ©parts. "DĂšs l’entrĂ©e en studio, je l’ai regardĂ© d’une maniĂšre diffĂ©rente, il l’a senti et s’est mis Ă  faire de mĂȘme. Notre relation s’est ouverte". Remise en question ou Ă  plat de leur relation, doit-on y voir une dĂ©monstration de maturitĂ© ? Une mise Ă  nu portĂ©e par une question d’ñge ? "Plus tu vieillis, plus tu te fous de montrer un personnage. Je vais passionnĂ©ment vers ma libertĂ©. Elle passe aussi bien sĂ»r par une libertĂ© Ă©motionnelle, celle d’aimer sans enfermer, trouver la maniĂšre adĂ©quate de surmonter ses peurs".

 
  
 
Timide, il s’est pourtant soignĂ©. Au fil de ses albums, toujours plus exposĂ© sur leurs pochettes, provoquant ce face Ă  face dĂ©pouillĂ© saisi dans Piano solo. Sorti en 2002, le théùtre avait-il dĂ©finitivement baissĂ© le rideau? Plus de costumes ? "J’ai aujourd’hui une approche minimaliste. ResserrĂ©e autour de quelque chose de simple mais dense, basĂ© sur l’énergie", confie-t-il. "Le spectacle dĂ©pend d’abord d’un succĂšs populaire. Avec la chute des ventes se sont les moyens allouĂ©s qui se barrent".

Le public aussi. Une partie du moins, celle qui n’a pas compris ses remises en question sur Le baron noir. Maintenant, il parle avec moins de pudeur. SurexposĂ© ? "Avant j’étais plus timide, farouche. MĂȘme si la promo est souvent ennuyeuse, j’accepte le systĂšme pour l’idĂ©e du partage". Quitte Ă  la faire soi-mĂȘme, sur le DVD bonus. On le voit lors d’une interview rĂ©pondre Ă  diffĂ©rentes questions. La rencontre avec M ? Une histoire d’amitiĂ©, le dĂ©sir de jouir, de jouer les aventuriers ridicules. "J’adore ce mec, sa façon de voir la vie, instinctive, allumĂ©e. J’aime les gens qui affirment leur univers et proposent quelque chose de joyeux. La gaietĂ©, c’est peut-ĂȘtre un des sentiments les plus Ă©levĂ©s. Je ne suis pas d’accord pour enfermer le monde comme beaucoup le font, dans une vision vaine et laborieuse. Ce n’est qu’une question de vision. Pour moi, il reste plein, magique, sauvage, chatoyant. Â»

 
 
La vie des morceaux oscille avec ce va-et-vient d’ombres et de lumiĂšres, ressac de fin d’ébats, de quais de gare et d’ailleurs meilleur, les larmes sottes de la Lady of ShanghaĂŻ. Dans la lignĂ©e de son travail sur la bande-son du film L’homme qui rĂȘvait d’un enfant (2003), Adieu tristesse ressemble Ă  une mosaĂŻque hybride, un cinĂ©-disque (les roulements du train dans La fille de l’Est). A premiĂšre Ă©coute, la musique prend des airs rĂ©tro. Non, elle "est moderne mais comme l’imaginaire, basĂ©e sur la mĂ©moire. Par exemple, les samples de musique classique font le lien avec la mĂ©moire du son, les rĂ©fĂ©rences Ă  son passĂ©, pour le propulser dans l’avenir". Un rĂ©gal pour l’auditeur confrontĂ© Ă  ses propres souvenirs. Un jeu de pistes filĂ© dans l’intemporalitĂ© des histoires. Difficile dans Le chercheur d’or de ne pas voir une rĂ©fĂ©rence aux problĂšmes actuels entre les pays du nord et les population du sud. "L’immigration est la vĂ©ritable aventure, dangereuse par essence. Tout quitter pour vivre ailleurs, dans des conditions prĂ©caires, on ne raconte plus ces histoires de pauvres parce qu’elles ne font pas rĂȘver".

Arthur H Adieu tristesse (Polydor) 2005
En tournée à partir du 23 septembre et à Paris au Bataclan le 17 octobre 2005.

Pascal  Bagot