Paris
29/09/2005 -
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"Ça ne m’a pas bouffé la vie, ce n’est pas le moteur non plus. Justement ça m’a peut-être plus conforté dans l’envie de ne pas faire de concession. De faire mon truc et puis on verra bien... " Effectivement, pas de changement de ton, on retrouve toujours cette voix faussement ingénue, des titres simples et directs, très éloignés de la nostalgie (pesante) de l’actuelle chanson française pour trentenaires. Clarika cultive en plus cette faculté rare qui consiste à entremêler tendresse, absurdité et humour en deux rimes. La pochette de l’album pose le décor, on y voit la chanteuse en couleur au premier plan, juste derrière elle, s’accroche son double en noir : "Il y a souvent un double sens dans mes paroles, ça m’amuse. J’aime bien dire des choses en apparence très sage mais qui laisse la place à une certaine ambiguïté."
A la croisée des générationsClarika pour les textes, Jean-Jacques Nyssen (son compagnon ou mon "R’né à moi" comme elle le confie souvent en public, imitant l’accent québécois de Céline Dion) pour la composition. Au duo, s’est ajouté l’écrivain Marie Nimier sur un titre ainsi que des collaborations d’Art Mengo et de deux jeunes pousses de la chanson française, Florent Marchet et Hugo Renard. Même si elle n’aime pas qu’on lui parle de carrière, force est de constater, que Clarika s’est maintenant imposer comme une référence pour de nombreux jeunes artistes (Utilisez alors le terme "grande soeur", celui de "maman" la fait rire aux éclats… mais jaune !).
Avec Joker, on s’aperçoit que les grands noms ne sont pas non plus passés à côté. En guise de cadeau, Clarika a placé deux duos en fin d’album. Le premier, ça s’peut pas avec Bernard Lavilliers, est une reprise du très beau titre paru sur son deuxième disque éponyme. Il a été enregistré, il y a deux ans. Invitée par Michel Jonasz à Sol En Si, ils avaient chanté L’océan des possibles. Réarrangé pour l’occasion, il clôture cet opus malicieux sur une note un peu plus grave. Enfin au rayon "grands noms de la chanson française", Clarika, accompagné de Marie Nimier, a écrit deux titres pour le prochain album de Sheila.
"L'important, c’est de durer'

Un autre patronage lui a également permis de toucher un plus vaste auditorat. Zazie l’a invité à ouvrir son Rodéo Tour, de juin à septembre. "C’était une très belle opportunité, un très beau cadeau aussi. J’ai déjà fait beaucoup de scène mais ça m’a donné plus de confiance pour jouer dans des grosses salles avec un public pas forcément acquis. Sur la première date, j’étais vraiment inquiète. Finalement l’accueil a été très bon, les gens écoutaient et visiblement ils aimaient. De dates en dates, on prend de l’aisance. A la fin j’avais même plus l’impression d’être en première partie mais de réellement faire partie du spectacle !"
L’heure est-elle enfin venue pour Clarika ? On l’espère. Ce Joker possède en tout cas toutes les qualités pour rencontrer le succès. S’il n’y pas de recette, on peut se raccrocher à certains signes. Pour exemple, La Grande Sophie, à force de concert, a finalement réussi à concilier reconnaissance professionnelle et publique. "On se suit depuis le départ avec chacun notre propre chemin mais en se croisant régulièrement. Je ne peux être que contente. Un succès ça ne se mérite pas forcément mais Sophie a un vrai parcours, c’était la moindre des choses."
Et puis, après tout, cette question du succès ne l’obnubile pas tant que ça : "Au minimum, je veux juste vendre suffisamment de disques pour pouvoir en enregistrer un autre. En même temps Mamie est toujours là, je fais mon métier, j’en vis, c’est un luxe. Pour moi, c’est déjà important de durer, de m’installer, d’exister encore pour un certain nombres de gens, d’arriver à avoir une crédibilité. J’ai aussi laissé un certain nombre de petits camarades sur le bord de la route. Des gens qui ont même eu à un moment donné plus de succès que moi en terme de vente."
Clarika Joker (ULM/Universal) 2005
Ludovic Basque
18/07/2004 -