Au bar de lâhĂŽtel Bristol, son QG parisien, on la trouve lovĂ©e dans un canapĂ© trop grand. Mireille Mathieu est lĂ , telle quâon lâattend, avec sa frange, sa soeur Matite, et son inimitable accent. Les modes passent, Mireille Mathieu reste. Un patrimoine. Une balise, une bouĂ©e de secours dans un monde qui bouge trop vite. Quand les stars bradent leur look au grĂ© des saisons, Mireille Mathieu cultive le sien depuis... quatre dĂ©cennies ! Quelques rides Ă peine, sur son visage de ses vingt ans ...
La plus cĂ©lĂšbre ambassadrice de la chanson française sâapprĂȘte pourtant Ă cĂ©lĂ©brer ses quarante ans de carriĂšre. Au programme : la sortie dâun 38Ăšme album et un retour sur la scĂšne de lâOlympia en novembre. Lâheure de dresser le bilan dâune carriĂšre riche en Ă©motions, en voyages, en rencontres.
"Je nâaime pas le mot bilan. Il est triste. Jâai lâimpression que tout a commencĂ© hier. Les dĂ©buts demeurent vivaces dans ma mĂ©moire. Je fĂȘte mes quarante ans de carriĂšre mais, au final, cela ne signifie pas grand chose". Elle nâa de cesse dâĂ©voquer ce
"conte de fée", initié le 21 novembre 1965 sur le plateau de
TĂ©lĂ© Dimanche, qui arracha lâaĂźnĂ©e de quatorze enfants Ă sa
"manufacture " dâenveloppes. Une ascension fulgurante que lâon pourrait comparer Ă celle des jeunes de la Star AcadĂ©my ?
"Non, car ils manquent de fraĂźcheur. Il nây a pas de surprise. Ils savent quâils vont ĂȘtre filmĂ©s, quâil y aura un gagnant Ă la fin. Pour moi, Paris, câĂ©tait le bout du monde. Je nâavais jamais pris le train, ni vu une camĂ©ra. Je ne savais pas quelle serait lâissue de lâaventure. " De cette histoire, Mireille Mathieu forge son image, sa marque de fabrique. On pourrait sâen Ă©tonner ; se dire quâun conte de fĂ©e ne dure pas quarante ans, sans que sâinstallent ces deux flĂ©aux : habitude et lassitude. Avec une juste sincĂ©ritĂ©, Mireille Mathieu sâexplique:
"Je ne suis pas quelquâun de blasĂ©. Je savoure chaque instant comme un bonbon, une glace qui fond sur la langue. Lorsque jâĂ©tais Ă lâĂ©cole, la gĂ©ographie me barbait. Je me disais : de quoi ils me parlent avec New York, leur ville champignon que je ne verrai jamais ! Aujourdâhui jâai fait le tour du monde, cĂŽtoyĂ© les "grands " de la planĂštes. Et je suis toujours aussi Ă©merveillĂ©e".
Demandez Ă Mireille Mathieu quels sont les souvenirs marquants de ces quarante annĂ©es, elle vous rĂ©pondra du tac au tac : "Tous" ! Avant de nuancer. La premiĂšre mention va bien sĂ»r Ă Johnny Starck, son mentor. "Jâai eu le plus grand manager de tous les temps". Mais la liste est longue. "Jâai chantĂ© trois fois pour le Saint-PĂšre, Jean Paul II, dont une fois en privĂ©, avec ma maman. De toutes les personnalitĂ©s que jâai rencontrĂ©es, câest celle qui mâa le plus Ă©mue. Il sâentourait dâune telle aura !". Au panthĂ©on des moments inoubliables : le concert au Kremlin devant le prĂ©sident Poutine, accompagnĂ©e de 10.000 figurants russes. "Ce public, qui mâaime beaucoup, mâĂ©meut, parce quâil est trĂšs pauvre". Ou encore le concert de NoĂ«l au Vatican. "Chaque artiste chantait NoĂ«l dans sa langue, avec tout son coeur. On Ă©tait loin des concerts de variĂ©tĂ© française en play-back ". LâĂ©vocation dâun autre souvenir, plus intime, et les larmes cillent: "A Lourdes, deux jeunes handicapĂ©s mentaux me reconnaissent et me demandent de leur acheter des cassettes audio. Pour me remercier, ils ont interprĂ©tĂ© Mille Colombes Ă leur façon. Câest lâun des plus beaux souvenirs de ma vie. Câest tellement simple de donner !". Avant de se ressaisir : " Excusez-moi, je suis trĂšs excessive dans mes sentiments ". Quant au supposĂ© "abandon" de la France, tarte Ă la crĂšme des journalistes : "ArrĂȘtez de me le reprocher. Mon pays devrait ĂȘtre fier de moi, comme de ses footballeurs quâil envoie jouer aux quatre coins du monde. La France mâa permis dâĂ©clore, jâai volĂ© de mes propres ailes, mais je reviendrai toujours vers le nid".
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AprĂšs quarante ans de succĂšs international, quelle femme devient-on ? Pour Mireille Mathieu, la rĂ©ponse est simple : on reste soi-mĂȘme.
Mireille Mathieu : ainsi sâintitule, tout bĂȘtement, son album.
. "Vous trouvez ça prĂ©somptueux ? Je nâai pas souhaitĂ© mettre de titre. Je trouvais que Mireille Mathieu
Ă©tait simple, sobre ". Toutes les chansons de cet opus sâinspirent du motif prĂ©fĂ©rĂ© de la Demoiselle dâAvignon : lâamour.
"Câest le thĂšme le plus universel, Ă la fois simple et difficile Ă dĂ©crire". Le nouvel album sâannonce sous les meilleurs auspices, malgrĂ© le doute constant qui talonne lâartiste.
"Avant de monter sur scĂšne, jâĂ©prouve une trouille terrible, doublĂ©e dâ une joie immense, comme lorsque jâavais vingt ans. Le public nâest plus aussi indulgent quâĂ mes dĂ©buts. Je suis, moi-mĂȘme, un juge impitoyable. Johnny Starck, qui ne mâa jamais dit "câest bien ", vit toujours en moi. " EntourĂ©e de sa soeur, fidĂšle manager, et de sa maman, quâelle a prĂ©sentĂ©e au peuple russe, Mireille Mathieu garde les pieds sur terre. Ce qui lui permet de tenir ?
"La foi", confie cette adoratrice de Sainte Rita de Cascia, patronne des désespérés.
"Il est important de croire aux hommes et de croire en Dieu". Le mot de la fin :
"Lâimportant, câest de faire ce que lâon aime avec passion, dây mettre tout son coeur". Mireille Mathieu est ainsi : dâune simplicitĂ© et dâune fraĂźcheur que nâont Ă©rodĂ©es ni les annĂ©es, ni le succĂšs. Pour le plus grand bonheur de ses fansâŠet de tous !
Mireille Mathieu (Capitol) 2005
Anne-Laure Lemancel