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Mireille au grand coeur

Trente-huitiĂšme album de Mireille Mathieu


Paris 

03/10/2005 - 

Quarante ans aprĂšs ses dĂ©buts Ă  TĂ©lĂ© Dimanche, la Demoiselle d’Avignon sort un trente-huitiĂšme album. L’occasion de dresser le bilan d’une carriĂšre prestigieuse. Au final, elle n’a pas changĂ©, l’indĂ©modable Mireille Mathieu.

 



Au bar de l’hĂŽtel Bristol, son QG parisien, on la trouve lovĂ©e dans un canapĂ© trop grand. Mireille Mathieu est lĂ , telle qu’on l’attend, avec sa frange, sa soeur Matite, et son inimitable accent. Les modes passent, Mireille Mathieu reste. Un patrimoine. Une balise, une bouĂ©e de secours dans un monde qui bouge trop vite. Quand les stars bradent leur look au grĂ© des saisons, Mireille Mathieu cultive le sien depuis... quatre dĂ©cennies ! Quelques rides Ă  peine, sur son visage de ses vingt ans ...

 
 
La plus cĂ©lĂšbre ambassadrice de la chanson française s’apprĂȘte pourtant Ă  cĂ©lĂ©brer ses quarante ans de carriĂšre. Au programme : la sortie d’un 38Ăšme album et un retour sur la scĂšne de l’Olympia en novembre. L’heure de dresser le bilan d’une carriĂšre riche en Ă©motions, en voyages, en rencontres. "Je n’aime pas le mot bilan. Il est triste. J’ai l’impression que tout a commencĂ© hier. Les dĂ©buts demeurent vivaces dans ma mĂ©moire.  Je fĂȘte mes quarante ans de carriĂšre mais, au final, cela ne signifie pas grand chose". Elle n’a de cesse d’évoquer ce "conte de fĂ©e", initiĂ© le 21 novembre 1965 sur le plateau de TĂ©lĂ© Dimanche, qui arracha l’aĂźnĂ©e de quatorze enfants Ă  sa "manufacture " d’enveloppes. Une ascension fulgurante que l’on pourrait comparer Ă  celle des jeunes de la Star AcadĂ©my ? "Non, car ils manquent de fraĂźcheur. Il n’y a pas de surprise. Ils savent qu’ils vont ĂȘtre filmĂ©s, qu’il y aura un gagnant Ă  la fin.  Pour moi, Paris, c’était le bout du monde. Je n’avais jamais pris le train, ni vu une camĂ©ra. Je ne savais pas quelle serait l’issue de l’aventure. " De cette histoire, Mireille Mathieu forge son image, sa marque de fabrique. On pourrait s’en Ă©tonner ; se dire qu’un conte de fĂ©e ne dure pas quarante ans, sans que s’installent ces deux flĂ©aux : habitude et lassitude. Avec une juste sincĂ©ritĂ©, Mireille Mathieu s’explique: "Je ne suis pas quelqu’un de blasĂ©. Je savoure chaque instant comme un bonbon, une glace qui fond sur la langue. Lorsque j’étais Ă  l’école, la gĂ©ographie me barbait. Je me disais : de quoi ils me parlent avec New York, leur ville champignon que je ne verrai jamais ! Aujourd’hui j’ai fait le tour du monde, cĂŽtoyĂ© les "grands " de la planĂštes. Et je suis toujours aussi Ă©merveillĂ©e".

Demandez Ă  Mireille Mathieu quels sont les souvenirs marquants de ces quarante annĂ©es, elle vous rĂ©pondra du tac au tac : "Tous" ! Avant de nuancer. La premiĂšre mention va bien sĂ»r Ă  Johnny Starck, son mentor. "J’ai eu le plus grand manager de tous les temps". Mais la liste est longue. "J’ai chantĂ© trois fois pour le Saint-PĂšre, Jean Paul II, dont une fois en privĂ©, avec ma maman. De toutes les personnalitĂ©s que j’ai rencontrĂ©es, c’est celle qui m’a le plus Ă©mue. Il s’entourait d’une telle aura !". Au panthĂ©on des moments inoubliables : le concert au Kremlin devant le prĂ©sident Poutine, accompagnĂ©e de 10.000 figurants russes. "Ce public, qui m’aime beaucoup, m’émeut, parce qu’il est trĂšs pauvre". Ou encore le concert de NoĂ«l au Vatican. "Chaque artiste chantait NoĂ«l dans sa langue, avec tout son coeur. On Ă©tait loin des concerts de variĂ©tĂ© française en play-back ".  L’évocation d’un autre souvenir, plus intime, et les larmes cillent: "A Lourdes, deux jeunes handicapĂ©s mentaux me reconnaissent et me demandent de leur acheter des cassettes audio. Pour me remercier, ils ont interprĂ©tĂ© Mille Colombes Ă  leur façon. C’est l’un des plus beaux souvenirs de ma vie. C’est tellement simple de donner !". Avant de se ressaisir : " Excusez-moi, je suis trĂšs excessive dans mes sentiments ". Quant au supposĂ© "abandon" de la France, tarte Ă  la crĂšme des journalistes : "ArrĂȘtez de me le reprocher. Mon pays  devrait ĂȘtre fier de moi, comme de ses footballeurs qu’il  envoie jouer aux quatre coins du monde. La France m’a permis d’éclore, j’ai volĂ© de mes propres ailes, mais je reviendrai  toujours vers le nid".

 
  
 
AprĂšs quarante ans de succĂšs international, quelle femme devient-on ? Pour Mireille Mathieu, la rĂ©ponse est simple : on reste soi-mĂȘme. Mireille Mathieu : ainsi s’intitule, tout bĂȘtement, son album.. "Vous trouvez ça prĂ©somptueux ? Je n’ai pas souhaitĂ© mettre de titre. Je trouvais que Mireille Mathieu Ă©tait simple, sobre ". Toutes les chansons de cet opus s’inspirent du motif prĂ©fĂ©rĂ© de la Demoiselle d’Avignon : l’amour. "C’est le thĂšme le plus universel, Ă  la fois simple et difficile Ă  dĂ©crire". Le nouvel album s’annonce sous les meilleurs auspices, malgrĂ© le doute constant qui talonne l’artiste. "Avant de monter sur scĂšne, j’éprouve une trouille terrible, doublĂ©e d’ une joie immense, comme lorsque j’avais vingt ans. Le public n’est plus aussi indulgent qu’à mes dĂ©buts. Je suis, moi-mĂȘme, un juge impitoyable. Johnny Starck, qui ne m’a jamais dit "c’est bien ", vit toujours en moi. " EntourĂ©e de sa soeur, fidĂšle manager, et de sa maman, qu’elle a prĂ©sentĂ©e au peuple russe, Mireille Mathieu garde les pieds sur terre. Ce qui lui permet de tenir ? "La foi", confie cette adoratrice de Sainte Rita de Cascia, patronne des dĂ©sespĂ©rĂ©s. "Il est important de croire aux hommes et de croire en Dieu". Le mot de la fin : "L’important, c’est de faire ce que l’on aime avec passion, d’y mettre tout son coeur". Mireille Mathieu est ainsi : d’une simplicitĂ© et d’une fraĂźcheur que n’ont Ă©rodĂ©es ni les annĂ©es, ni le succĂšs. Pour le plus grand bonheur de ses fans
et de tous !

Mireille Mathieu (Capitol) 2005

Anne-Laure Lemancel