Chronique album
Paris
10/10/2005 -
Robots après tout donc, que l’on pourrait aisément renverser par Humain avant tout. "Je fais le fanfaron, mais au bout du compte, on est toujours rattrapé par les années, on est toujours prisonnier des obligations, de décisions qui nous dépassent. C’est un constat. Mais ça vaut tout de même le coup d’essayer de mettre un grain de sable dans cette machine ... Les robots, c’est en quelque sorte la mort." C’est bien de cela dont il s’agit, des angoisses d’un homme face à la froide mécanique du temps qui passe, de l’inéluctable qui nous écrase. "Non, je ne me sens pas bien dans le collectif. Mais je ne peux m’empêcher d’y être, pour me rassurer." Ce que dit Philippe Katerine, chanteur singulier et artiste multiple puisqu’il aborde entre autres le cinéma par tous les bouts (il fait l’acteur, vient de composer la dernier bande originale des frères Larrieu, a réalisé un film sorti au printemps Peau de cochon, et deviendra danseur pour sa prochaine tournée, où il sera mis en scène par la chorégraphe Mathilde Monnier), peut raisonner dans la vie de tout Péquin moyen.

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"C’est l’album où je m’assume davantage dans le collectif, où je ne baisse plus la tête en m’excusant. C’est comme si je découvrais ce pourquoi je fais de la musique. Mon utilité, c’est ma différence. Exister en tant qu’idiot du village, c’est mettre un point d’exclamation." Un geste éminemment politique en ces "temps de peur et de honte ". Il a pris le parti d’en rire, entre guillemets. Katerine a surtout pris le pari de ne pas répéter des formules musicales qu’il a lui-même élaborées dans un récent passé. Finie donc la collaboration avec ses anciens complices, les formidables Recyclers, et plus largement les musiques doucement perturbées, les ballades amères. Il en demeure quelques échos, mais l’essentiel de ce nouveau chapitre s’inscrit dans la musique électronique, une conversion réalisée par la paire Renaud Letang et Gonzales qui ont officié aux manettes. "Pour cet album, j’ai changé de méthode : je l’ai composé seul dans ma chambre, avec une petite machine, une groove box, et non ma guitare. Un synthé que je ne maîtrisais guère. J’étais donc dans une situation plus dangereuse, obligé de faire autre chose, avec tout ce que ça suppose d’errements et d’erreurs. J’ai donc pu jouer de mes maladresses. J’étais dans l’inconfort, quelque chose de fondamental pour créer. Ce disque aurait pu s’intituler Notre-Dame-des-limites ..." L’humour, toujours, pour cet humain qui avoue ses petites faiblesses sur plus d’un titre.
Cette approche plus directe permet de mieux entendre les paroles de cet auteur qui, pour railler les poètes, a néanmoins la plume trempée dans les bons délires des grands auteurs surréalistes. "Travailler dans la contrainte, c’est-à-dire sur une matière sonore moins diffuse, a permis de me laisser aller à plus de libertés dans le texte. " Sur Patati patata, il affiche son ras-le-bol de lui et des autres, du poids de ses ancêtres, il affirme des faiblesses bien humaines. Sur Excuse-moi, il livre un autoportrait d’un humain qui ne cherche pas à cacher ses petits renoncements, qui fuit les accidents de la vie, les galères rencontrées, plutôt que de se colleter la réalité. Constat sévère. Tout comme celui de l’enfant qu’il fut, de ses rêves à dix ans, en 1978 : "Une vision un peu désenchantée de mes illusions de gamin qui s’avèrent être de terribles désillusions quand je suis devenu adulte. C’est un cri d’enfant déçu qui espère toujours. Ce que je vis, ce que je vois, c’est pas du tout ce que j’avais imaginé ... Globalement, aujourd’hui, c’est la même chose."

Jacques Denis
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