Chronique album
Paris
12/10/2005 -
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On pourrait discuter longtemps de la perception de Gaya Bécaud de la chanson actuelle, mais il est plus intéressant de le faire à la lumière des chansons qui composent le "nouvel" opus de son père. Comme le précédent, celui-ci offre à écouter des chansons rassemblées autour de quelques thèmes chers au chanteur : le temps (et "l'outre-temps"), la mort, la foi. Les titres sont éloquents (on se souvient que la première chanson de Bécaud s’appelait La Croix) : C’est quoi le temps ouvre le disque, Je t’aimerai jusqu’à la fin du monde le clôt. Entre-temps, on aura goûté Credo, Le dernier été, Lorsque viendra le dernier jour ou De quoi demain sera-t-il fait. La cohérence du disque est sans failles, et permet une plongée thématique dans l’oeuvre sans fond de Bécaud. Une pointe d’amertume cependant dans cette exploration archéo-mélodique : il est quasi-impossible de dater les titres. Or, à moins de connaître sur le bout des touches de piano le répertoire de Bécaud - les spécialistes s’accordent sur 400 à 500 chansons -, difficile de nommer celles qui pré-existaient à cette Suite. Gaya Bécaud a prévenu ce reproche. "C’est le nouveau Bécaud, paroles et musiques écrites un jour ... Ces gens-là sont intemporels." Quelques recherches permettent d’en savoir plus. Ainsi la tendre berceuse avec piano et orchestre Pour qui veille l’étoile date-t-elle de 1957. Ou encore le célèbre coup de poing anti-raciste Mustapha Dupont qui fut l’un des temps forts de la carrière de Bécaud dans les années 80. Ainsi ont été rassemblés des titres qui courent des débuts à la fin de la carrière de son père, qu’ils aient été rendus publics ou gardés au fond d’un tiroir.
"Pendant trente ans, j’ai enregistré mon père sur une piste différente de celle de l’accompagnement," explique Gaya. D’où une possibilité infinie de ré-arranger ses chansons. C’est là que l’exercice de l’album posthume devient périlleux et que les jeunes tant courtisés risquent de détourner l’oreille. Car si la cohérence des titres choisis n’est plus à démontrer, et si les textes en or massif des paroliers de Bécaud sont intemporels (où sont les Louis Amade, Pierre Delanoë, Maurice Vidalin et Claude Lemesle du XXIe siècle ?), les arrangements semblent avoir été interrompus dans une crise de hoquet aiguë. Ils partent aux quatre vents : gospel, raï, country, soul, jazz ... Comme les chansons s’enchaînent les unes aux autres, le mélange des genres et des chansons du crooner toulonnais vire parfois à la salade niçoise.

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Avec l’idée louable de prendre "le jeune" par la main et de l’amener au répertoire de son père, Gaya Bécaud a peut-être trop chercher à séduire le fameux jeune. Et les guitares électriques tonitruantes, les choeurs superflus mêlés à une boîte à rythmes redondante (sauf la décidément très belle Pour qui veille l’étoile) donnent finalement plus envie de ré-écouter un vieux vinyle de Monsieur 100.000 Volts, voire une compilation. Bécaud en 2005 : Suite et fin ?
Guillaume Lévy
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