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Salif Keita

Salif Keita, comblé à domicile


Paris 

14/10/2005 - 

Fini les studios d’emprunt, au-delĂ  des mers. Son nouvel album, Salif Keita l’a fait chez lui, en prise directe avec sa terre. EnregistrĂ© Ă  Bamako, dans le mĂȘme esprit acoustique que le prĂ©cĂ©dent, M’Bemba a la saveur vraie des plats cuisinĂ©s Ă  la maison. Rencontre avec un grand voyageur revenu Ă  son port d’attache.


 
  
 
RFI Musique : Ce n’est pas la premiĂšre fois que vous enregistrez dans le studio que vous avez montĂ© Ă  Bamako ? En 1999, certaines prises de votre disque Papa y avaient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© faites...
Salif Keita : Oui, mais on n’avait pas pu les utiliser. ArrivĂ©s aux Etats-Unis, pour complĂ©ter l’album, nous nous sommes  aperçus que la compatibilitĂ© technique des prises de son ne fonctionnait pas. Le matĂ©riel n’était pas suffisamment performant. Depuis, j’ai renouvelĂ© l’équipement. C’est un trĂšs bon studio, avec des machines de haute technologie. Avant M’Bemba, nous y avons enregistrĂ©s des jeunes talents du Mali et de GuinĂ©e. Richard Bona est venu pour faire un duo avec moi (Kalabancoro) qu’il a mis sur Munia, son album prĂ©cĂ©dent (2003).

Enregistrer Ă  la maison, ça change tout ?
C’est essentiel, car on se retrouve dans l’environnement idĂ©al. On a les musiciens traditionnels sous la main et tout est plus facile : pas de souci de demandes de visas, avec des contrĂŽles, des vĂ©rifications Ă  n’en plus finir, pas de problĂšme de transport, d’hĂ©bergement, de nourriture... Et puis, on n’est pas limitĂ© par le temps. On a les clĂ©s. Si Ă  deux heures du matin, soudain vient une inspiration, on rouvre le studio.

AprĂšs avoir vĂ©cu Ă  Abidjan entre 1978 et 1983, vous vous ĂȘtes Ă©tabli en rĂ©gion parisienne en 1984. Quand avez-vous dĂ©cidĂ© de revenir au Mali ?
En fait, j’essayais de revenir depuis 1991. Mais c’était compliquĂ©. Quand tu t’es expatriĂ© pendant tant d’annĂ©es, que tu as acquis une expĂ©rience Ă  l’extĂ©rieur, lorsque tu retournes chez toi, il y a quelques petites incomprĂ©hensions avec ceux qui sont restĂ©s. Et puis tu es aussi trĂšs sollicitĂ©. Il faut rĂ©apprendre Ă  "communiquer".

 
 
Etre loin de chez vous, vous a davantage apportĂ© qu’enlevĂ©, ou bien c’est tout le contraire ? L’inspiration ne se dessĂšche pas quand les racines du pays natal cessent de la nourrir ?
J’ai bien fait de partir, c’était une bonne dĂ©cision, de cela je suis sĂ»r, mais j’ai bien fait de revenir aussi, car aprĂšs mon dĂ©part pour Abidjan, je suis restĂ© trop longtemps Ă©loignĂ© de chez moi. J’ai pris la dĂ©cision de me rĂ©installer vraiment au Mali en 2001. Quand je viens en France, c’est pour rĂ©gler des choses prĂ©cises, puis je repars aussitĂŽt. Mais avant, je faisais des allers-retours. Je ne laissais jamais passer une annĂ©e sans y retourner deux ou trois fois.

Quels sont les atouts du Mali aujourd’hui ?
J’ai totalement confiance dans notre prĂ©sident actuel, le meilleur que l’on ait eu, un homme correct, un patriote qui a l’art de prĂ©parer le pays pour un avenir meilleur. C’est pourquoi je suis retournĂ© vivre au Mali. Apolitique, affiliĂ© Ă  aucun parti, il a mis en place un gouvernement d’union nationale. Le Mali est un exemple de dĂ©mocratie, un pays trĂšs calme, et ça dĂ©jĂ , il faut le faire.

Le prĂ©sident vous a-t-il incitĂ© Ă  revenir, fait une proposition quelconque d’aide et (ou) de collaboration ?
Non. De toute façon, les relations de ce type, je les mets Ă  distance. Je ne me suis jamais mĂȘlĂ© de politique.

On ne verra donc pas un jour Salif Keita, conseiller ou Ministre de la culture ?
Je n’ai jamais eu ça en tĂȘte. Ce que j’aurais envie de faire, en revanche, c’est de retourner aux champs, comme Ali Farka TourĂ©. Je vais peut-ĂȘtre acheter des tracteurs.

 
  
 
Laisser tomber la musique ?
Je prie Dieu de ne pas finir musicien car ce n’était pas le souhait de mes parents que je fasse cela. Par respect pour eux, j’aimerais terminer ma vie d’une maniĂšre en accord avec leur volontĂ©, ĂȘtre un bon cultivateur. J’ai quelques champs et commencĂ© aussi la pisciculture. J’aime la brousse. Je suis un broussard. Bamako, ce n’est pas mon univers. Trop polluĂ©, invivable. Je ne dĂ©teste rien de plus que la ville. Un champ, c’est un paradis. Manger les poissons, les poules que tu Ă©lĂšves, cultiver ton champ, c’est suffisant. Qu’est-ce que je vais aller foutre en ville ? Moi j’aime la campagne. Les affaires que j’ai Ă  Bamako, le studio, mon club, Le Moffou, mes grands enfants pourront les gĂ©rer.

Comment prĂ©senteriez-vous le Mali Ă  quelqu’un qui en ignore tout ?
C’est un pays trĂšs ancien, d’une culture extrĂȘmement riche, un pays dĂ©mocratique, tranquille. Je l’inciterai Ă  y aller car c’est une maison en train de se construire. Il vaut mieux aller dans une maison en train de se construire que dans une maison qui brĂ»le.

Salif Keita M'Bemba (Universal Music France) 2005 / En tournĂ©e europĂ©enne Ă  partir du 25 octobre

Retrouvez Salif Keita sur RFI, lundi 24 octobre Ă  14H40 TU dans l'Ă©mission de Joe Farmer L'Ă©popĂ©e des Musiques Noires

Patrick  Labesse