ParisÂ
14/10/2005 -Â
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Enregistrer à la maison, ça change tout ?
Câest essentiel, car on se retrouve dans lâenvironnement idĂ©al. On a les musiciens traditionnels sous la main et tout est plus facile : pas de souci de demandes de visas, avec des contrĂŽles, des vĂ©rifications Ă nâen plus finir, pas de problĂšme de transport, dâhĂ©bergement, de nourriture... Et puis, on nâest pas limitĂ© par le temps. On a les clĂ©s. Si Ă deux heures du matin, soudain vient une inspiration, on rouvre le studio.
AprĂšs avoir vĂ©cu Ă Abidjan entre 1978 et 1983, vous vous ĂȘtes Ă©tabli en rĂ©gion parisienne en 1984. Quand avez-vous dĂ©cidĂ© de revenir au Mali ?
En fait, jâessayais de revenir depuis 1991. Mais câĂ©tait compliquĂ©. Quand tu tâes expatriĂ© pendant tant dâannĂ©es, que tu as acquis une expĂ©rience Ă lâextĂ©rieur, lorsque tu retournes chez toi, il y a quelques petites incomprĂ©hensions avec ceux qui sont restĂ©s. Et puis tu es aussi trĂšs sollicitĂ©. Il faut rĂ©apprendre Ă "communiquer".
Etre loin de chez vous, vous a davantage apportĂ© quâenlevĂ©, ou bien câest tout le contraire ? Lâinspiration ne se dessĂšche pas quand les racines du pays natal cessent de la nourrir ?

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Jâai bien fait de partir, câĂ©tait une bonne dĂ©cision, de cela je suis sĂ»r, mais jâai bien fait de revenir aussi, car aprĂšs mon dĂ©part pour Abidjan, je suis restĂ© trop longtemps Ă©loignĂ© de chez moi. Jâai pris la dĂ©cision de me rĂ©installer vraiment au Mali en 2001. Quand je viens en France, câest pour rĂ©gler des choses prĂ©cises, puis je repars aussitĂŽt. Mais avant, je faisais des allers-retours. Je ne laissais jamais passer une annĂ©e sans y retourner deux ou trois fois.
Quels sont les atouts du Mali aujourdâhui ?
Jâai totalement confiance dans notre prĂ©sident actuel, le meilleur que lâon ait eu, un homme correct, un patriote qui a lâart de prĂ©parer le pays pour un avenir meilleur. Câest pourquoi je suis retournĂ© vivre au Mali. Apolitique, affiliĂ© Ă aucun parti, il a mis en place un gouvernement dâunion nationale. Le Mali est un exemple de dĂ©mocratie, un pays trĂšs calme, et ça dĂ©jĂ , il faut le faire.
Le prĂ©sident vous a-t-il incitĂ© Ă revenir, fait une proposition quelconque dâaide et (ou) de collaboration ?
Non. De toute façon, les relations de ce type, je les mets Ă distance. Je ne me suis jamais mĂȘlĂ© de politique.
On ne verra donc pas un jour Salif Keita, conseiller ou Ministre de la culture ?
Je nâai jamais eu ça en tĂȘte. Ce que jâaurais envie de faire, en revanche, câest de retourner aux champs, comme Ali Farka TourĂ©. Je vais peut-ĂȘtre acheter des tracteurs.
Laisser tomber la musique ?

Je prie Dieu de ne pas finir musicien car ce nâĂ©tait pas le souhait de mes parents que je fasse cela. Par respect pour eux, jâaimerais terminer ma vie dâune maniĂšre en accord avec leur volontĂ©, ĂȘtre un bon cultivateur. Jâai quelques champs et commencĂ© aussi la pisciculture. Jâaime la brousse. Je suis un broussard. Bamako, ce nâest pas mon univers. Trop polluĂ©, invivable. Je ne dĂ©teste rien de plus que la ville. Un champ, câest un paradis. Manger les poissons, les poules que tu Ă©lĂšves, cultiver ton champ, câest suffisant. Quâest-ce que je vais aller foutre en ville ? Moi jâaime la campagne. Les affaires que jâai Ă Bamako, le studio, mon club, Le Moffou, mes grands enfants pourront les gĂ©rer.
Comment prĂ©senteriez-vous le Mali Ă quelquâun qui en ignore tout ?
Câest un pays trĂšs ancien, dâune culture extrĂȘmement riche, un pays dĂ©mocratique, tranquille. Je lâinciterai Ă y aller car câest une maison en train de se construire. Il vaut mieux aller dans une maison en train de se construire que dans une maison qui brĂ»le.
Salif Keita M'Bemba (Universal Music France) 2005 / En tournée européenne à partir du 25 octobre
Retrouvez Salif Keita sur RFI, lundi 24 octobre à 14H40 TU dans l'émission de Joe Farmer L'épopée des Musiques Noires.
Patrick Labesse
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