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Titi Robin en famille

Ces vagues que l’amour soulùve


Paris 

13/10/2005 - 

En plus de vingt ans de carriĂšre, des heures de routes, 8 albums aux multiples rĂ©compenses et plus de 600 concerts, le Gitan d’Anjou Titi Robin a accumulĂ© une expĂ©rience musicale unique. Ce musicien autodidacte sort un nouvel album, Ces vagues que l’amour soulĂšve enregistrĂ© avec ses deux filles, Marie et La Coque, hĂ©ritiĂšres de son univers si singulier.


 
  
 
De vague en terrain, de tente en concert, de route en dĂ©sert, Titi Robin a fait l’école de la musique comme elle venait. Il a empruntĂ© rĂ©guliĂšrement autour de lui des Ă©lĂ©ments musicaux. Au dĂ©but des annĂ©es 80, aprĂšs avoir dĂ©couvert la musique du joueur de oud irakien Mounir Bachir, il commence dĂ©jĂ  Ă  composer dans un style Ă©minemment personnel. Son rĂ©pertoire s’est constituĂ© en mĂȘme temps qu’il s’est forgĂ© une solide idĂ©e de l’improvisation. Son dernier album Les vagues que l’amour soulĂšve est encore un grand voyage Ă  cheval entre l’orient, le monde manouche et l’Ouest de la France. Peut-ĂȘtre un peu plus instrumental que les prĂ©cĂ©dents et plus intimiste, cet opus rassemble nĂ©anmoins les proches de toujours (l’accordĂ©on de Francis Varis, les percussions de ZĂ© Luis, les paumes des Rumberos Catalans) et surtout les talents de ses filles, Maria et La Coque, ĂągĂ©es de 20 et 22 ans, Ă©mouvantes aux instruments et Ă  la voix. Et si la vague que l’amour soulĂšve voguait vers la quĂȘte de transmission d’un pĂšre autodidacte ?

RFI Musique : Avez-vous cherché à transmettre une expérience musicale à vos filles dans ce disque ?
Titi Robin : Dans ce disque, il y a le pĂšre et le directeur musical. C’est Ă  fois naturel et dĂ©licat. Nous avons toujours jouĂ© Ă  la maison, le contexte professionnel est diffĂ©rent. Lorsque l’on est artiste comme moi, on se doit d’avoir une exigence personnelle trĂšs grande, ce qui n’est pas toujours compatible avec la vie de famille. En mĂȘme temps, on souhaite bien sĂ»r transmettre. C’est expĂ©rience est encore trĂšs neuve pour moi, je ne suis pas sĂ»r d'arriver Ă   faire la part des choses entre le chef d’orchestre et le pĂšre.

 
 
Dans leur enfance, vous les avez poussĂ© Ă  Ă©couter certains sons, Ă  jouer ?
Je suis autodidacte, je n’ai jamais poussĂ© mes enfants Ă  faire de la musique, encore moins Ă  devenir professionnels. J’ai voulu que la musique parte de leur dĂ©sir, je n’ai jamais voulu leur imposer de cours. RĂ©cemment, je suis allĂ© dans un conservatoire de musique pour rencontrer des professeurs de musique et essayer de leur expliquer comment je percevais la musique. J’ai traversĂ© toutes ces salles de classe et je me suis senti comme dans un hĂŽpital. Mon expĂ©rience intime est tellement Ă  l’opposĂ© de ces lieux et de cette discipline. Pourtant il y a de la belle musique qui sort de ces conservatoires. La musique est devenue mon mĂ©tier, mais elle a toujours Ă©tĂ© un besoin et une envie, une expression. Chez nous la musique est un langage, elle fait partie de la vie. Les filles ont donc une culture musicale assez solide, mais pas comme un bagage abstrait. C’est plus un langage que l’on a en commun.

Chez nous, il y a beaucoup de disques car je suis trĂšs curieux. Il y a des musiciens qui m’inspirent et m’apprennent beaucoup alors qu’ils s’expriment avec un langage  et style trĂšs diffĂ©rent du mien. Je peux Ă©couter du r'n'b amĂ©ricain et de la musique classique occidentale, tout m’apporte et  m’apprend. Il y a aussi des gens qui ne sont ni musiciens ni artistes qui m’ont construit et appris comment je pourrais ĂȘtre musicien.

 
  
 
Plus que toute autre, la musique orientale que vous pratiquez est gĂ©nĂ©ralement  enseignĂ©e par des maĂźtres de musique, comment l’avez-vous appris ?
Je n’ai jamais eu de maĂźtre, au sens oĂč peut entendre que vous recevez d’un maĂźtre, un vocabulaire que vous transmettrez Ă  votre tour. Il y a des musiciens qui m’ont Ă©normĂ©ment inspirĂ©, mais je ne joue pas dans leur style, "Ă  la façon de". Le joueur de oud irakien Mounir Bachir, par exemple, reste un artiste qui a changĂ© mon approche. Pourtant, je ne joue pas dans le style du oud classique de Badgad. Je me suis construit mon vocabulaire, avec ses limites. C’est mon cheminement d’arriver Ă  trouver cette libertĂ©. Cela nĂ©cessite aussi beaucoup de contraintes, car il faut trouver sa propre cohĂ©rence, sans que personne ne vous guide vers les Ă©cueils Ă  Ă©viter. J’ai naviguĂ© Ă  vue mais j’avais une telle nĂ©cessitĂ© de trouver mon propre langage pour exprimer ce que je ressentais que j’ai trouvĂ© ma propre rigueur. Cette nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© mon guide jusque-lĂ . Par exemple, dans la Nouvelle suite pour bouzouq de cet album, j’ai voulu enchaĂźner des rythmes Ă  7 temps avec des 9  temps et des 8 temps. Ce sont des rythmes que j’aime beaucoup, j’essaie de trouver la forme la plus simple possible pour ne pas brider l’expression des musiciens. Si on jouait tous une forme standard facile Ă  Ă©tudier, on la maĂźtriserait. Mais comme j’ai inventĂ© un langage je ne voulais pas le complexifier. Les musiciens connaissent mieux mon univers artistique, donc on a pu aller plus loin dans la forme, sans que cela ne soit un carcan.

Titi Robin Ces vagues que l'amour soulĂšve (NaĂŻve) 2005

En tournée en France, le 17 octobre à Paris au JVC Jazz Festival, du 17 au 26 novembre 2005 au Cabaret Sauvage.

Elodie  Maillot