ParisÂ
13/10/2005 -Â
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RFI Musique : Avez-vous cherché à transmettre une expérience musicale à vos filles dans ce disque ?
Titi Robin : Dans ce disque, il y a le pĂšre et le directeur musical. Câest Ă fois naturel et dĂ©licat. Nous avons toujours jouĂ© Ă la maison, le contexte professionnel est diffĂ©rent. Lorsque lâon est artiste comme moi, on se doit dâavoir une exigence personnelle trĂšs grande, ce qui nâest pas toujours compatible avec la vie de famille. En mĂȘme temps, on souhaite bien sĂ»r transmettre. Câest expĂ©rience est encore trĂšs neuve pour moi, je ne suis pas sĂ»r d'arriver Ă faire la part des choses entre le chef dâorchestre et le pĂšre.
Dans leur enfance, vous les avez poussé à écouter certains sons, à jouer ?

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Je suis autodidacte, je nâai jamais poussĂ© mes enfants Ă faire de la musique, encore moins Ă devenir professionnels. Jâai voulu que la musique parte de leur dĂ©sir, je nâai jamais voulu leur imposer de cours. RĂ©cemment, je suis allĂ© dans un conservatoire de musique pour rencontrer des professeurs de musique et essayer de leur expliquer comment je percevais la musique. Jâai traversĂ© toutes ces salles de classe et je me suis senti comme dans un hĂŽpital. Mon expĂ©rience intime est tellement Ă lâopposĂ© de ces lieux et de cette discipline. Pourtant il y a de la belle musique qui sort de ces conservatoires. La musique est devenue mon mĂ©tier, mais elle a toujours Ă©tĂ© un besoin et une envie, une expression. Chez nous la musique est un langage, elle fait partie de la vie. Les filles ont donc une culture musicale assez solide, mais pas comme un bagage abstrait. Câest plus un langage que lâon a en commun.
Chez nous, il y a beaucoup de disques car je suis trĂšs curieux. Il y a des musiciens qui mâinspirent et mâapprennent beaucoup alors quâils sâexpriment avec un langage et style trĂšs diffĂ©rent du mien. Je peux Ă©couter du r'n'b amĂ©ricain et de la musique classique occidentale, tout mâapporte et mâapprend. Il y a aussi des gens qui ne sont ni musiciens ni artistes qui mâont construit et appris comment je pourrais ĂȘtre musicien.
Plus que toute autre, la musique orientale que vous pratiquez est gĂ©nĂ©ralement enseignĂ©e par des maĂźtres de musique, comment lâavez-vous appris ?

Je nâai jamais eu de maĂźtre, au sens oĂč peut entendre que vous recevez dâun maĂźtre, un vocabulaire que vous transmettrez Ă votre tour. Il y a des musiciens qui mâont Ă©normĂ©ment inspirĂ©, mais je ne joue pas dans leur style, "Ă la façon de". Le joueur de oud irakien Mounir Bachir, par exemple, reste un artiste qui a changĂ© mon approche. Pourtant, je ne joue pas dans le style du oud classique de Badgad. Je me suis construit mon vocabulaire, avec ses limites. Câest mon cheminement dâarriver Ă trouver cette libertĂ©. Cela nĂ©cessite aussi beaucoup de contraintes, car il faut trouver sa propre cohĂ©rence, sans que personne ne vous guide vers les Ă©cueils Ă Ă©viter. Jâai naviguĂ© Ă vue mais jâavais une telle nĂ©cessitĂ© de trouver mon propre langage pour exprimer ce que je ressentais que jâai trouvĂ© ma propre rigueur. Cette nĂ©cessitĂ© a Ă©tĂ© mon guide jusque-lĂ . Par exemple, dans la Nouvelle suite pour bouzouq de cet album, jâai voulu enchaĂźner des rythmes Ă 7 temps avec des 9 temps et des 8 temps. Ce sont des rythmes que jâaime beaucoup, jâessaie de trouver la forme la plus simple possible pour ne pas brider lâexpression des musiciens. Si on jouait tous une forme standard facile Ă Ă©tudier, on la maĂźtriserait. Mais comme jâai inventĂ© un langage je ne voulais pas le complexifier. Les musiciens connaissent mieux mon univers artistique, donc on a pu aller plus loin dans la forme, sans que cela ne soit un carcan.
En tournée en France, le 17 octobre à Paris au JVC Jazz Festival, du 17 au 26 novembre 2005 au Cabaret Sauvage.
Elodie Maillot
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