Paris
28/10/2005 -
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RFI Musique : Comment écrivez-vous vos chansons ? D’un seul coup pour tout l’album ou au fur et à mesure ?
Thomas Fersen : J’accumule. J’ai toujours des chansons en travaux, des thèmes sur lesquels j’accumule les notes. J’en ai déjà, comme toujours, pour la suite. Je ne suis pas trop présomptueux sur ce que ça devient, parce qu’il y a en a qui ne deviennent rien. Mais je ne veux pas aller au pied du mur en me disant qu’il faut que je fasse un disque. Je ne peux pas travailler à la commande, ni pour moi ni pour les autres. Donc quand j’ai une idée amusante, un truc qui me séduit ou dans lequel je me reconnais. Quand je sens qu’il y a un pan de moi-même qui vient de tomber, que je sens que ça me faire du bien de l’écrire – eh bien je l’écris. Là, cela faisait deux ans – et même un peu plus – que j’accumulais des trucs sur les fous, ou du moins tels que je les imagine.
Vous aviez déjà mis en scène quelques fous dans vos chansons, comme dans Bambi ou dans Monsieur ...
Des fois, il arrive que je fasse une chanson et que je me rende compte ensuite qu’elle est plus importante que simplement une chanson, que c’est un thème qui n’avait pas fini de donner. Ainsi, quand je commence à travailler, il y a parfois des choses qui ne marchent pas. Pour cet album, dans Mon iguanodon, par exemple, j’ai commencé à travailler mais il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas. Pourquoi ? Parce que dans Mon iguanodon, il y avait une autre chanson. Je ne voulais pas me débarrasser des bonnes choses qu’il y avait là, alors j’en ai sorti Hyacinthe.
Je travaillais aussi sur l’histoire d’une famille caricaturale, sur une berceuse – la berceuse, c’est l’essence de la chanson, c’est la maman qui chante dans l’oreille et c’est pour ça que ça va loin, aussi. Donc, j’avais cette forme carrée, structurée, apaisante, facile à chanter et à mémoriser. Et il m’est revenu que, quand j’avais sept, huit, neuf ans, en vacances à la campagne, j’enterrais sous un sapin des insectes morts dans des boîtes d’allumettes – je revois nettement l’endroit. Je mettais de petites croix et, au bout de vingt minutes, je les déterrais pour voir ce qu’ils étaient devenus. J’avais commencé la chanson par cette histoire mais j’ai trouvé que ça ne cadrait plus avec l’histoire du départ. Alors c’est devenu Cosmos et je réutiliserai peut-être plus tard ma famille caricaturale.
Vous verriez-vous faire un concept album, comme dans le rock des années 70 ?

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Je fais des choses et ensuite je vois le concept. Chez moi, ça se fait en cours de route, ça me rattrape. Je préfère : c’est qu’il y a quelque chose de vrai qui est en train de s’exprimer.
On apprend sur la pochette du disque que vous l’avez en bonne partie enregistré à la maison.
J’ai toujours fait les maquettes de mes chansons à la maison. Simplement, j ‘en ai un peu marre de refaire en studio ce que j’avais bien fait chez moi. Alors, on n’a fait en studio que basses, batteries – et encore, pas toutes –, orgues et choeur… Ce n’est pas un désir de mettre ma main sur tout, c’est une nécessité : depuis que j’ai repris, à partir de Qu4tre, le travail sur les arrangements, ça déborde forcément sur la réalisation. Alors, en studio, je peux m’occuper exclusivement de la réalisation, et pas de ma voix.
Donc, vos voix ont été enregistrées chez vous ?
Oui, sauf Mon macabre. Quand je fais la maquette, c’est-à-dire quand je chante pour la première fois la chanson, il y a une fraîcheur, un intérêt, un éveil, que je perds après, et que je ne retrouve que dans la salle de concert. Entre les deux, il y a un temps où le public me manque.
Je ne l’ai plus maintenant mais, longtemps, j’avais le fantasme Paul Léautaud : disparaître du monde et ne plus faire qu’écrire. Or, je suis profondément malheureux quand je le fais. Mais j’ai ce réflexe d’aller me mettre dans un trou. Je fais mon coquet, alors je fuis un peu par ici, un peu par là – en Bretagne, ici, à Montréal ...Je ne suis pas un solitaire. J’aimerais bien atteindre à la plénitude dans la solitude, mais ce n’est pas le cas. Quand j’écris, je ne suis pas du tout seul : les autres sont là, je pense à tout le monde en même temps. L’appartement est silencieux, il n’y a pas de bruit mais vous êtes tous là. Ce n’est pas du tout une île déserte – ce n’est pas pour moi, l’île déserte ; je serais le premier fou, sur une île déserte.
Bertrand Dicale
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