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Tonton David cultive son jardin

Nouvelle récolte reggae


Paris 

10/11/2005 - 

Quinze ans aprĂšs ses dĂ©buts avec Peuples du monde, Tonton David reste l’un des reprĂ©sentants les plus apprĂ©ciĂ©s du reggae français. Babelou, son cinquiĂšme album, est le reflet des changements qui se sont produits dans la vie de l’artiste au cours des derniĂšres annĂ©es.


 
 
Une fois encore, la chance a frappĂ© Ă  la porte de Tonton David. Elle l’a retrouvĂ©, bien qu’il ait quittĂ© la banlieue parisienne oĂč il avait grandi pour s’installer il y a trois ans dans un village d’à peine 500 habitants, situĂ© en pleine campagne. Au milieu des champs, le chanteur rĂ©unionnais aux longs dreadlocks mĂšne cette vie tranquille de pĂšre de famille nombreuse Ă  laquelle il aspirait. À l’image de nombreux Ă©crivains qui se fixent une discipline de travail, il assure ĂȘtre "tous les jours" devant son ordinateur pour Ă©crire. Et de faire remarquer que c’est en regardant Ă  travers sa fenĂȘtre que lui est venue l’idĂ©e de Big Up les fermiers, un texte dans lequel il remercie les agriculteurs car "en tant de crise, c’est les fermiers qui ont la bonne weed (herbe, ndr)" !

Il y a quelques mois, celui qui continue Ă  se voir humblement comme un "artiste Ă  responsabilitĂ© limitĂ©e" s’apprĂȘtait Ă  sortir son cinquiĂšme album Livret de famille, un titre reflĂ©tant autant son nouvel environnement que la façon spontanĂ©e dont il a conçu ses morceaux, avec une Ă©quipe rĂ©duite et composĂ©e de nouveaux collaborateurs. Sans maison de disques, il Ă©tait devenu son propre patron. "Avant, chaque fois qu’on faisait un disque, c’était une nouvelle aventure. Mais lĂ  c’est un chapitre 2", disait-il tout en prĂ©cisant qu’"il faut avoir l’humilitĂ© de reconnaĂźtre qu’il y a des choses que je ne maĂźtrise peut-ĂȘtre plus aussi bien qu’il y a quelques annĂ©es."

 
  
 
Absent de l’actualitĂ© musicale depuis six ans – Ă  l’exception du titre Y’a des hauts, y’a des bas ajoutĂ© Ă  un Best of paru en 2002 –, il pouvait difficilement prĂ©tendre dans ces conditions Ă  un retour au premier plan. Et c’est Ă  ce moment-lĂ  que sa bonne fĂ©e a resurgi : La Gagne, un morceau sur lequel il avait Ă©tĂ© invitĂ© par les rappeurs d’Intouchable pour un duo, se met Ă  ĂȘtre diffusĂ© de façon intensive par quelques radios et grimpe dans les ventes françaises de singles. Du coup, Tonton David retrouve une plus grande visibilitĂ© et dĂ©cide d’en profiter en repoussant Ă  l’automne la sortie de Livret de famille, qu’il rebaptise Babelou, pour y inclure ce nouveau succĂšs ainsi qu’un autre titre en combinaison avec le rappeur Karlito, membre de la Mafia K1fry.

"J’ai ma bonne Ă©toile", confesse le chanteur. Elle s’était dĂ©jĂ  manifestĂ©e en 2002, alors qu’il Ă©tait en plein divorce avec sa maison de disques ; Y’a des hauts, y’a des bas avait Ă©tĂ© choisi pour figurer sur la bande originale du film Le Raid de Djamel Bensalah. Douze ans plus tĂŽt, cette mĂȘme bonne Ă©toile lui avait permis d’ĂȘtre remarquĂ© lors d’un reportage tĂ©lĂ©visĂ© sur les soirĂ©es du "Paris black". Loin de se sentir artiste, le jeune homme s’occupait surtout de promouvoir ces soirĂ©es reggae, de filtrer les entrĂ©es. Il n’avait que trĂšs rarement pris le micro avant d’ĂȘtre filmĂ©. Avec Peuples Du Monde, l’ex-dĂ©linquant toxicomane qui a eu une rĂ©vĂ©lation en dĂ©couvrant le prophĂšte rasta Marcus Garvey lors d’un de ses sĂ©jours derriĂšre les barreaux est tout Ă  coup en pleine lumiĂšre."Le problĂšme, c’est que j’ai commencĂ© Ă  faire de la musique au moment oĂč ça marchait. Pour Peuples du monde, j’étais un dĂ©butant", rappelle-t-il aujourd’hui.

 
 
À 38 ans, quinze ans plus tard, Tonton David a la sensation d’avoir fini cet apprentissage qui lui faisait dĂ©faut Ă  ses dĂ©buts. Il se sent plus Ă  l’aise dans l’écriture comme sur scĂšne, reprend plaisir Ă  frĂ©quenter les sound systems, ces soirĂ©es reggae qu’il avait dĂ©sertĂ©es depuis longtemps. Ces prestations lui valent Ă  nouveau les faveurs d’un public qui l’avait dĂ©laissĂ© et elles lui ont donnĂ© confiance. EnregistrĂ© sur un instrumental de ragga hardcore – ce qu’il ne s’était jamais autorisĂ© Ă  faire â€“, Being Being lui offre l’occasion d’enfiler le costume de toaster qui lui va si bien, Ă  la fois vif sur la forme et sur le fond. De son passĂ© d’enfant de la rue, il a gardĂ© une Ă©nergie qu’il sait canaliser Ă  travers ses textes qui lui ressemblent tant. Il a son style, sa façon de raconter ses doutes, ses indignations, ses coups de colĂšres, avec ces formules simples et amusantes, souvent triviales mais jamais fausses. Pour ceux qui ne sont pas habituĂ©s Ă  son vocabulaire particulier, il a pensĂ© Ă  inclure dans Babelou un lexique des termes rĂ©currents dans son langage : Wine est une "danse collĂ© collĂ©", Gal signifie "jeune fille". Mais pour Big Family Man, au lieu d’écrire simplement "pĂšre de famille nombreuse", il se contente d’indiquer que "la traduction sera simple pour ceux qui auront fait anglais renforcĂ©"... Etre sĂ©rieux sans trop se prendre au sĂ©rieux, telle pourrait ĂȘtre la devise de Tonton David.

Tonton David Babelou (Bansa/Night & Day) 2005

Bertrand  Lavaine