DĂšs quâelle prend la scĂšne, Julia Sarr ajoute ce grain de soul nĂ©cessaire pour faire monter la sauce. Sa voix sâĂ©lance, puis plonge dans les graves, avec aisance et nonchalance. Elle fut pendant des lustres choriste tout-terrain, de Youssou NâDour Ă MC Solaar, de Johnny Ă Papa Wemba. Elle est dĂ©sormais lâingrĂ©dient qui donne tout son piquant Ă cette rencontre cĂ©lĂ©brĂ©e sur le disque intitulĂ©
Set Luna.
"Entre un Normand fan de flamenco et une SĂ©nĂ©galaise de Paris", le lien sâavĂšre naturel, le pont se fait rapidement Ă©vident. Aux cĂŽtĂ©s de la chanteuse, le guitariste Patrice Larose sâest chargĂ© des arrangements,
"en toute amitiĂ©". Ceux-lĂ sâĂ©coutent, cela sâentend ce soir. On avait dĂ©jĂ pu le vĂ©rifier quelques jours plus tĂŽt sur la minuscule scĂšne du ZĂšbre oĂč le duo complice rĂŽdait son rĂ©pertoire. Nul doute que les Ă©lans graciles de lâune rĂ©sonnent du plus juste Ă©cho dans les cordes sensibles de lâautre. MĂȘme lorsque le guitariste Ricardo Garcia vient les rejoindre, ajoutant la virtuositĂ© des forts en thĂšme, la musique ne rompt pas le contrat dâalliance mĂ©lodique autour dâun joli trousseau de chansons⊠Seul bĂ©mol Ă ce joli rĂ©cital qui fait mieux que traduire sur scĂšne les promesses dâun album, un solo des plus longuet de percussions, sur fond de bandes prĂ©enregistrĂ©es sans intĂ©rĂȘt.
Toujours est-il que ce fut le clou de cette seconde des quatre soirĂ©es dĂ©diĂ©es au label No Format. Ce soir, on affiche presque encore complet comme la semaine derniĂšre avec le pianiste Gonzales. Dans la salle, beaucoup de musiciens sont venus en voisins, en curieux de ce label, qui se veut hors-norme, qui hĂ©berge nombre de projets aux limites des genres. Ni jazz, ni chansons, ni world⊠Câest Ă la fois sa force, une large ouverture dâesprit, et sa faiblesse, un certain manque de cohĂ©rence. Explication : il sâagit avant tout de licences et non de productions maison, qui pourraient au-delĂ de la charte graphique dâensemble proposĂ© une vision dâensemble de la mise en son. Cette soirĂ©e, mĂȘme si elle fut placĂ©e sous le sceau de la guitare Ă©clectique, nâa fait que le confirmer. Avant Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel Ă©tait lui aussi venu dĂ©fendre son disque, Encounter. Il se prĂ©sente en duo. Chopin dâOrnette Coleman, Limbo de Wayne Shorter, la thĂ©matique entrecoupĂ©e dâoriginaux de la plume du leader sâinscrit dans les classiques du jazz dâaprĂšs les annĂ©es 50. Pour preuve, cette formidable Valse macabre, ballade empruntĂ©e au pianiste Bill Carrothers, qui est lâoccasion dâapprĂ©cier la classe du batteur Christophe Lavergne, Ă sa main tout autant sur les parties les plus abstraites que sur le plus pur groove nĂ©o-orlĂ©anais. Connaisseur, le public apprĂ©cie, tape des mains pour un rappel. Mais câest tout seul que Misja Fitzgerald Michel revient. Las.
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A lâopposĂ©, la formule du guitariste Nicolas Repac dont le quintet est chargĂ© de conclure se veut plus clairement branchĂ©e sur swing des folles annĂ©es. Les projections en noir et blanc qui tapissent le fond de la scĂšne le montrent trĂšs clairement. La formule Ă©lectro-acoustique, entre flĂ»te inspirĂ©e et machines Ă sons programmĂ©s, ne manque pas dâhumour, ni de brillance, mais cela peut-il suffire en musique ? PassĂ© les effets de surprise, lâaffaire est entendue malgrĂ© un travail particuliĂšrement soignĂ© sur les rythmiques : Ă force de jouer sur les clichĂ©s, pour plus ou moins les dĂ©tourner, Nicolas Repac sombre dans une facilitĂ©, plaisante un temps, puis terriblement agaçante. Et quand la voix de Billie Holiday sort dâoutre-tombe, lâauditeur quelque peu exigeant ne peut plus adhĂ©rer Ă cette vision du passĂ©, dĂ©passĂ©e. Pour finir sur une note positive, parlons plutĂŽt futur. DĂšs lundi prochain, No Format remet cela avec trois autre sociĂ©taires, le rappeur RocĂ©, le projet Faya Dub, et surtout la chanteuse Mamani Keita dont on attend non sans impatience le disque (dont sâest chargĂ© le mĂȘme Nicolas Repac, par ailleurs excellent arrangeur et metteur en sons) aprĂšs avoir ouĂŻ un premier titre. A lâĂ©vidence, ce pourrait ĂȘtre lâun des beaux sujets du dĂ©but 2006.
L'Atelier No Format :
- Rocé, Mamani Keita, Faya Dub, le 28 novembre.
- Gonzales Piano vision, le 5 décembre.
(Théùtre de l'Atelier, 1, place Charles-Dullin, Paris-18e. Métro Anvers. Tél. : 01-46-06-49-24. )