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Reportage


Festival No Format

Julia Sarr, Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel et Nicolas Repac.


Paris 

22/11/2005 - 

Le label No Format tient rĂ©sidence, quatre lundis de suite, au théùtre de l’Atelier Ă  Paris. L’occasion de faire une revue quasi-complĂšte des effectifs, et de prendre la dimension de ces productions saluĂ©es par une presse des plus laudative sur le sujet. Compte-rendu de la soirĂ©e du 21 novembre avec Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel et Nicolas Repac.


 
 
DĂšs qu’elle prend la scĂšne, Julia Sarr ajoute ce grain de soul nĂ©cessaire pour faire monter la sauce. Sa voix s’élance, puis plonge dans les graves, avec aisance et nonchalance. Elle fut pendant des lustres choriste tout-terrain, de Youssou N’Dour Ă  MC Solaar, de Johnny Ă  Papa Wemba. Elle est dĂ©sormais l’ingrĂ©dient qui donne tout son piquant Ă  cette rencontre cĂ©lĂ©brĂ©e sur le disque intitulĂ© Set Luna. "Entre un Normand fan de flamenco et une SĂ©nĂ©galaise de Paris", le lien s’avĂšre naturel, le pont se fait rapidement Ă©vident. Aux cĂŽtĂ©s de la chanteuse, le guitariste Patrice Larose s’est chargĂ© des arrangements, "en toute amitiĂ©". Ceux-lĂ  s’écoutent, cela s’entend ce soir. On avait dĂ©jĂ  pu le vĂ©rifier quelques jours plus tĂŽt sur la minuscule scĂšne du ZĂšbre oĂč le duo complice rĂŽdait son rĂ©pertoire. Nul doute que les Ă©lans graciles de l’une rĂ©sonnent du plus juste Ă©cho dans les cordes sensibles de l’autre. MĂȘme lorsque le guitariste Ricardo Garcia vient les rejoindre, ajoutant la virtuositĂ© des forts en thĂšme, la musique ne rompt pas le contrat d’alliance mĂ©lodique autour d’un joli trousseau de chansons
 Seul bĂ©mol Ă  ce joli rĂ©cital qui fait mieux que traduire sur scĂšne les promesses d’un album, un solo des plus longuet de percussions, sur fond de bandes prĂ©enregistrĂ©es sans intĂ©rĂȘt.

Toujours est-il que ce fut le clou de cette seconde des quatre soirĂ©es dĂ©diĂ©es au label No Format. Ce soir, on affiche presque encore complet comme la semaine derniĂšre avec le pianiste Gonzales. Dans la salle, beaucoup de musiciens sont venus en voisins, en curieux de ce label, qui se veut hors-norme, qui hĂ©berge nombre de projets aux limites des genres. Ni jazz, ni chansons, ni world
 C’est Ă  la fois sa force, une large ouverture d’esprit, et sa faiblesse, un certain manque de cohĂ©rence. Explication : il s’agit avant tout de licences et non de productions maison, qui pourraient au-delĂ  de la charte graphique d’ensemble proposĂ© une vision d’ensemble de la mise en son. Cette soirĂ©e, mĂȘme si elle fut placĂ©e sous le sceau de la guitare Ă©clectique, n’a fait que le confirmer. Avant Julia Sarr et Patrice Larose, Misja Fitzgerald Michel Ă©tait lui aussi venu dĂ©fendre son disque, Encounter. Il se prĂ©sente en duo. Chopin d’Ornette Coleman, Limbo de Wayne Shorter, la thĂ©matique entrecoupĂ©e d’originaux de la plume du leader s’inscrit dans les classiques du jazz d’aprĂšs les annĂ©es 50. Pour preuve, cette formidable Valse macabre, ballade empruntĂ©e au pianiste Bill Carrothers, qui est l’occasion d’apprĂ©cier la classe du batteur Christophe Lavergne, Ă  sa main tout autant sur les parties les plus abstraites que sur le plus pur groove nĂ©o-orlĂ©anais. Connaisseur, le public apprĂ©cie, tape des mains pour un rappel. Mais c’est tout seul que Misja Fitzgerald Michel revient. Las.

 
  
 
A l’opposĂ©, la formule du guitariste Nicolas Repac dont le quintet est chargĂ© de conclure se veut plus clairement branchĂ©e sur swing des folles annĂ©es. Les projections en noir et blanc qui tapissent le fond de la scĂšne le montrent trĂšs clairement. La formule Ă©lectro-acoustique, entre flĂ»te inspirĂ©e et machines Ă  sons programmĂ©s, ne manque pas d’humour, ni de brillance, mais cela peut-il suffire en musique ? PassĂ© les effets de surprise, l’affaire est entendue malgrĂ© un travail particuliĂšrement soignĂ© sur les rythmiques : Ă  force de jouer sur les clichĂ©s, pour plus ou moins les dĂ©tourner, Nicolas Repac sombre dans une facilitĂ©, plaisante un temps, puis terriblement agaçante. Et quand la voix de Billie Holiday sort d’outre-tombe, l’auditeur quelque peu exigeant ne peut plus adhĂ©rer Ă  cette vision du passĂ©, dĂ©passĂ©e. Pour finir sur une note positive, parlons plutĂŽt futur. DĂšs lundi prochain, No Format remet cela avec trois autre sociĂ©taires, le rappeur RocĂ©, le projet Faya Dub, et surtout la chanteuse Mamani Keita dont on attend non sans impatience le disque (dont s’est chargĂ© le mĂȘme Nicolas Repac, par ailleurs excellent arrangeur et metteur en sons) aprĂšs avoir ouĂŻ un premier titre. A l’évidence, ce pourrait ĂȘtre l’un des beaux sujets du dĂ©but 2006.

L'Atelier No Format :
- Rocé, Mamani Keita, Faya Dub, le 28 novembre.
- Gonzales Piano vision, le 5 décembre.
(Théùtre de l'Atelier, 1, place Charles-Dullin, Paris-18e. Métro Anvers. Tél. : 01-46-06-49-24. )

Jacques  Denis