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Chronique album


Souad Massi

Mesk Elil


Paris 

25/11/2005 - 

Avec une régularité métronomique, Souad Massi avance tous les deux ans un nouvel album. AprÚs Raoui en 2001 et Deb en 2003, la chanteuse souvent comparée à Joan Baez ou Tracy Chapman revient avec Mesk Elil, un surprenant opus au parfum envoûtant. Rencontre.


 
  
 
ElevĂ©e dans une famille oĂč la musique a une grande importance (ses frĂšres et oncles sont musiciens), Souad Massi est devenue en quelques annĂ©es une des personnalitĂ©s phare de la jeune gĂ©nĂ©ration musicale algĂ©rienne. AprĂšs avoir Ă©tĂ© chanteuse au sein d’un groupe de hard (Atakar) en AlgĂ©rie, Souad Massi s’est installĂ©e en France en 1999. C’est lĂ  qu’elle s’est fait connaĂźtre, profitant de quelques duos (Marc Lavoine, IsmaĂ«l Lo ...) pour porter aux oreilles du plus grand nombre son rĂ©pertoire aux textes engagĂ©s, tournĂ©s vers le futur et nĂ©anmoins chargĂ©s d’une certaine mĂ©lancolie. Cette nostalgie embaume encore quelques-unes des plages de ce nouvel album baptisĂ© Mesk Elil ("chĂšvrefeuille" en arabe). Mais Ă  la diffĂ©rence de ses deux premiers opus, la chanteuse a choisi cette fois-ci de se concentrer un peu plus que par le passĂ© sur les musiques qui accompagnent ses textes, de leur offrir un vrai son de groupe au-delĂ  du clichĂ© frelatĂ©e de la folk-singer plantĂ©e seule devant son micro, guitare en bandouliĂšre et pieds en dedans.

"Un son plus roots,  plus brut"

 
 
"Je ne suis plus tout Ă  fait la mĂȘme" concĂšde Souad Massi."J’ai mĂ»ri musicalement. Avant je ne faisais pas attention au son de mes albums, considĂ©rant que c’était le travail de l’ingĂ©nieur du son. Le premier avait Ă©tĂ© enregistrĂ© dans les conditions du live. Quant Ă  Deb, le suivant, j’étais partie dans tous les sens, noyant parfois les morceaux sous une rĂ©verb afin de camoufler mon manque d’assurance. C’était une erreur que j’assume complĂštement aujourd’hui. C’est aussi ça, grandir" clame-t-elle. "C’est le producteur Jean Lamoot qui a Ă©tĂ© chargĂ© de la production de Mesk Elil. Auparavant, il avait enregistrĂ© et mixĂ© les albums d’Alain Bashung, Noir DĂ©sir, Brigitte Fontaine ou Salif Keita. C’est d’ailleurs avec Moffou de Salif KeĂŻta que j’ai eu envie de travailler avec lui. C’est quelqu’un de trĂšs patient. A ses cĂŽtĂ©s, j’ai pu m’investir trĂšs tĂŽt dans la couleur sonore de cet album" prĂ©cise la chanteuse Ă  la voix douce. "J’ai beaucoup appris avec lui. DĂ©sormais en studio, je fais attention Ă  l’emplacement des micros, aux intentions, aux directions musicales suggĂ©rĂ©es" ajoute-t-elle qualifiant au passage le son de Mesk Elil "de plus roots, de plus brut". "Nous n’avons pas, ou peu, corrigĂ© les prises de voix, gardant souvent mĂȘme les premiĂšres prises, les prises "tĂ©moin", pour peu que l’émotion soit belle, l’intention soit juste. Parfois, on entend le souffle de ma respiration ou le bruit du glissant sur le manche de guitare. S’ils ont lieu d’ĂȘtre, nous les avons gardĂ©s. Jean m’a aidĂ© Ă  faire ces choix."

"Des images qui ont grandi dans ma tĂȘte"

Certes diffĂ©rent dans sa forme, ce nouvel opus rejoint par ses thĂšmes les deux prĂ©cĂ©dents. "Je parle encore et toujours des choses qui me manquent, de l’exil, de la nostalgie" explique la jeune femme visiblement Ă©mue. "Je ne crois pas que cette nostalgie soit fixĂ©e sur une pĂ©riode de ma vie prĂ©cise comme l’enfance par exemple, il s’agit plutĂŽt d’images qui viennent de lĂ , mais qui ont grandi dans ma tĂȘte. Aujourd’hui par exemple, quand je vais Ă  l’étranger, c’est Paris qui me manque" avoue-t-elle comme pour expliquer la complexitĂ© de son attachement aux souvenirs de ses premiĂšres annĂ©es, Ă  ses parfums de chĂšvrefeuille dont les senteurs envoĂ»tantes et sensuelles retrouvĂ©es lors d’un concert en Tunisie l’ont rapprochĂ©e de l’AlgĂ©rie de son enfance.

 
  
 
Avec Dar Dgedi, elle se souvient de la maison de son grand-pĂšre Ă  Alger. Sur Malou, elle revient sur les souvenirs et les regrets d’une femme ĂągĂ©e. Quant Ă  Hagda Wala Akter, cette chanson enrichie des sonoritĂ©s d’un violoncelle relate la vie difficile d’une amie retrouvĂ©e aprĂšs des annĂ©es d’éloignement, amie avec qui elle pratiquait la musique classique. Denya Wezmen chante sur fond de musique arabo-andalouse, les difficultĂ©s de deux anciens amants Ă  renouer le dialogue. Sur des rythmes plus enjouĂ©s, Manensa Asli en duo avec Daby TourĂ© parle des racines, de cet ancrage primordial dans une histoire une culture, tandis qu’Ilham rend hommage Ă  son frĂšre aĂźnĂ© rester au bled pour assumer les charges de la famille. Cette chanson remixĂ©e en fin d’album et renommĂ©e Mahli, va bien au-delĂ  du simple jeu d’effet miroir sur son nom. Elle indique les directions que pourraient prendre Ă  l’avenir les chansons de Souad Massi. "J’ai envie de faire plein de choses diffĂ©rentes, de partir dans de nombreuses directions, tant trĂšs roots qu’électro" prĂ©cise la chanteuse Ă  l’appĂ©tit ouvert par ce nouvel opus auquel ont collaborĂ© le batteur Moktar Samba, le percussionniste Mino Cinelu, le guitariste Djely Moussa KouyatĂ© ... "RĂ©cemment, j’ai craquĂ© sur les musiques cubaine, africaine et classique que je connaissais peu ou pas." ajoute cette fine mĂ©lodiste qui avoue ne pas savoir encore de quoi sera fait son prochain opus.

Souad Massi Mesk Elil (AZ/Universal)
En tournée à partir de janvier 2006

Squaaly