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Manu Dibango compose Kirikou

L’Ɠil Ă©coute


Paris 

27/12/2005 - 

Le nouveau film d’animation du rĂ©alisateur français Michel Ocelot, Kirikou et les bĂȘtes sauvages, est baignĂ© de musique. Rencontre avec Manu Dibango, principal compositeur de la bande originale


Ce n’est pas la premiĂšre fois que vous travaillez sur une musique de film ?

Il y a une quinzaine d’annĂ©es j’avais dĂ©jĂ  composĂ© la musique d’un dessin animĂ© diffusĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision, notamment sur France 3, qui s’appelait Kimbo et Kita, l’histoire de deux enfants africains parcourant le monde, un film financĂ© par la veuve d’HouphouĂ«t-Boigny, sa premiĂšre femme. Il y eut 45 Ă©pisodes. J’ai composĂ© Ă©galement dans les annĂ©es 70 pour L’Herbe sauvage, rĂ©alisĂ© par Henri Duparc (CĂŽte d’Ivoire), Ceddo de Ousmane Sembene (SĂ©nĂ©gal), Le prix de la libertĂ© de  DikonguĂ© Pipa (Cameroun) et, plus rĂ©cemment, pour Le silence de la forĂȘt de Basseck Ba Kobio (Cameroun).

 

Composer de la musique pour un film d’animation, est-ce une affaire lĂ©gĂšre ou trĂšs sĂ©rieuse ?
DĂšs l’instant oĂč l’on dit oui, c’est un engagement.  S’engager n’est jamais lĂ©ger. Il faut essayer d’ĂȘtre Ă  la hauteur de son oui. Pour ce film, nous avons travaillĂ© pendant huit mois. Nous n’avons pas improvisĂ© devant l’écran comme avait fait par exemple Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud [Louis Malle, 1957] mais nous avons nĂ©anmoins travaillĂ© Ă  l’image. On cernait la plage oĂč Michel Ocelot, le rĂ©alisateur, voulait de la musique, puis on mettait le mĂ©tronome, la boĂźte Ă  rythmes en marche pour trouver le tempo et on essayait d’ajuster les thĂšmes que j’avais prĂ©parĂ© chez moi. Contrairement au premier Kirikou, oĂč il y a avait peu de musique, celui-ci en est tout entier empli. En dehors des chansons des uns et des autres (Youssou N’Dour, Rokia TraorĂ©, IsmaĂ«l Lo, AngĂ©lique Kidjo
), il y a beaucoup de musique sur les images.

Comment s’est organisĂ© le choix des musiciens ?
Michel Ocelot ayant grandi en Afrique, du cĂŽtĂ© de la GuinĂ©e, il avait une certaine idĂ©e de ce qu’il voulait. Cela s’est fait avec Emmanuel DelĂ©tang, le co-rĂ©alisateur musical. On a montĂ© un casting avec peu de musiciens. Ce devait ĂȘtre des gens qui se sentent bien entre eux, se comprennent.  La partition est ouverte, il y a une interaction entre les diffĂ©rents intervenants. Nous avons enregistrĂ© sans stress, chez Philippe Brun, un preneur de son qui a l‘habitude de travailler avec des musiciens africains, dans un studio ouvrant sur un jardin. Il y a lĂ  notamment  NoĂ«l Ekwabi Ă  la basse et Ă  la guitare, Loy Ehrlich aux claviers, qui a samplĂ© des sons de kora et de balafon. On a fait venir Didier Malherbe pour la flĂ»te, Steve Shehan pour les percussions, des musiciens traditionnels, comme Moriba Koita au n’goni, la chanteuse, Mamani Keita (j’ai d’ailleurs dĂ©couvert lĂ  une chanteuse extraordinaire)


Par rapport Ă  d’autres musiques de films que vous avez composĂ©es, celle-ci vous  a-t-elle causĂ© davantage de soucis ?
Ceux qui avaient des cheveux se les ont arrachĂ©s, ça n’a pas Ă©tĂ© un long fleuve tranquille. Michel Ocelot est sourd [rire]. Il nous refaisait faire des choses qui ne lui convenait pas. En plus, c’est quelqu’un de trĂšs pointilleux. Un exemple : pour une scĂšne oĂč les femmes pilent du mil, ils ont achetĂ© un pilon au marchĂ© Ă  Dakar et ont enregistrĂ© le son lĂ -bas. ArrivĂ©s Ă  Paris, cela ne leur convenait pas. Il manquait le son du mil pilĂ©. Il a fallu aller Ă  ChĂąteau-Rouge, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, acheter du mil et recommencer. De mĂȘme quand il souhaite des enregistrements d’oiseaux, ce sont des oiseaux africains qu’il veut, surtout pas des oiseaux d’ailleurs.

Vous l’avez connu comment Michel Ocelot ?
Il m’avait dĂ©jĂ  contactĂ© pour le premier Kirikou, mais Youssou venait de faire des tubes et il Ă©tait en pointe Ă  ce moment-lĂ . Les producteurs, Ă  juste raison, l’ont engagĂ©. Avec bonheur, puisque finalement, le gĂ©nĂ©rique, tous les enfants le chantent. Pour le deuxiĂšme film, Ocelot est revenu Ă  la charge vers moi.

Quels sont les compositeurs de B.O. qui vous ont touchĂ©, les musiques de film que vous avez gardĂ© en mĂ©moire ?
Shaft, comme tout le monde, mais aussi La Chanson de Lara de Maurice Jarre, les musiques de Ennio Morricone. Un grand musicien, ce monsieur. Un mĂ©lodiste : tous ses thĂšmes peuvent se chanter. Michel Legrand, Quincy Jones sont Ă©galement d’excellents compositeurs de bandes originales.

La musique de film est-elle un genre mineur ?
Certainement pas. C’est intĂ©ressant, dĂ©jĂ , car on travaille sur l’idĂ©e de l’autre et non sur la sienne propre. Ensuite, c’est un challenge, il faut trouver le juste Ă©quilibre entre la musique, les images, les dialogues.  Enfin, si une musique de film s’incruste dans la mĂ©moire des gens, n’est-ce pas important ? Qui n’a pas en tĂȘte le "chabada bada" d’Un homme et une femme et tout le monde a chantĂ© le "Mexiiiico !" de Luis Mariano. C’est peut-ĂȘtre con mais ça marque.

Bande Originale Kirikou et les bĂȘtes sauvages (ULM – Universal)

Patrick  Labesse