ParisÂ
27/12/2005 -Â

Composer de la musique pour un film dâanimation, est-ce une affaire lĂ©gĂšre ou trĂšs sĂ©rieuse ?
DĂšs lâinstant oĂč lâon dit oui, câest un engagement. Sâengager nâest jamais lĂ©ger. Il faut essayer dâĂȘtre Ă la hauteur de son oui. Pour ce film, nous avons travaillĂ© pendant huit mois. Nous nâavons pas improvisĂ© devant lâĂ©cran comme avait fait par exemple Miles Davis dans Ascenseur pour lâĂ©chafaud [Louis Malle, 1957] mais nous avons nĂ©anmoins travaillĂ© Ă lâimage. On cernait la plage oĂč Michel Ocelot, le rĂ©alisateur, voulait de la musique, puis on mettait le mĂ©tronome, la boĂźte Ă rythmes en marche pour trouver le tempo et on essayait dâajuster les thĂšmes que jâavais prĂ©parĂ© chez moi. Contrairement au premier Kirikou, oĂč il y a avait peu de musique, celui-ci en est tout entier empli. En dehors des chansons des uns et des autres (Youssou NâDour, Rokia TraorĂ©, IsmaĂ«l Lo, AngĂ©lique KidjoâŠ), il y a beaucoup de musique sur les images.
Comment sâest organisĂ© le choix des musiciens ?
Michel Ocelot ayant grandi en Afrique, du cĂŽtĂ© de la GuinĂ©e, il avait une certaine idĂ©e de ce quâil voulait. Cela sâest fait avec Emmanuel DelĂ©tang, le co-rĂ©alisateur musical. On a montĂ© un casting avec peu de musiciens. Ce devait ĂȘtre des gens qui se sentent bien entre eux, se comprennent. La partition est ouverte, il y a une interaction entre les diffĂ©rents intervenants. Nous avons enregistrĂ© sans stress, chez Philippe Brun, un preneur de son qui a lâhabitude de travailler avec des musiciens africains, dans un studio ouvrant sur un jardin. Il y a lĂ notamment NoĂ«l Ekwabi Ă la basse et Ă la guitare, Loy Ehrlich aux claviers, qui a samplĂ© des sons de kora et de balafon. On a fait venir Didier Malherbe pour la flĂ»te, Steve Shehan pour les percussions, des musiciens traditionnels, comme Moriba Koita au nâgoni, la chanteuse, Mamani Keita (jâai dâailleurs dĂ©couvert lĂ une chanteuse extraordinaire)âŠ

Ceux qui avaient des cheveux se les ont arrachĂ©s, ça nâa pas Ă©tĂ© un long fleuve tranquille. Michel Ocelot est sourd [rire]. Il nous refaisait faire des choses qui ne lui convenait pas. En plus, câest quelquâun de trĂšs pointilleux. Un exemple : pour une scĂšne oĂč les femmes pilent du mil, ils ont achetĂ© un pilon au marchĂ© Ă Dakar et ont enregistrĂ© le son lĂ -bas. ArrivĂ©s Ă Paris, cela ne leur convenait pas. Il manquait le son du mil pilĂ©. Il a fallu aller Ă ChĂąteau-Rouge, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, acheter du mil et recommencer. De mĂȘme quand il souhaite des enregistrements dâoiseaux, ce sont des oiseaux africains quâil veut, surtout pas des oiseaux dâailleurs.
Vous lâavez connu comment Michel Ocelot ?
Il mâavait dĂ©jĂ contactĂ© pour le premier Kirikou, mais Youssou venait de faire des tubes et il Ă©tait en pointe Ă ce moment-lĂ . Les producteurs, Ă juste raison, lâont engagĂ©. Avec bonheur, puisque finalement, le gĂ©nĂ©rique, tous les enfants le chantent. Pour le deuxiĂšme film, Ocelot est revenu Ă la charge vers moi.
Quels sont les compositeurs de B.O. qui vous ont touché, les musiques de film que vous avez gardé en mémoire ?
Shaft, comme tout le monde, mais aussi La Chanson de Lara de Maurice Jarre, les musiques de Ennio Morricone. Un grand musicien, ce monsieur. Un mĂ©lodiste : tous ses thĂšmes peuvent se chanter. Michel Legrand, Quincy Jones sont Ă©galement dâexcellents compositeurs de bandes originales.
La musique de film est-elle un genre mineur ?
Certainement pas. Câest intĂ©ressant, dĂ©jĂ , car on travaille sur lâidĂ©e de lâautre et non sur la sienne propre. Ensuite, câest un challenge, il faut trouver le juste Ă©quilibre entre la musique, les images, les dialogues. Enfin, si une musique de film sâincruste dans la mĂ©moire des gens, nâest-ce pas important ? Qui nâa pas en tĂȘte le "chabada bada" dâUn homme et une femme et tout le monde a chantĂ© le "Mexiiiico !" de Luis Mariano. Câest peut-ĂȘtre con mais ça marque.
Patrick Labesse
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