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Reportage


African Reggae Festival

La relève du reggae africain


Bamako 

26/01/2006 - 

On l’appelle désormais le Généras. Avec son treillis galonné, Tiken Jah Fakoly est le leader du nouveau reggae africain comme il l’a prouvé en organisant par lui-même la première édition de l’African Reggae Festival au stade Modibo Keita de Bamako le 20 janvier dernier où 40000 spectateurs se sont pressés pour voir Tiken et ses troupes.



Les jeunes Bamakois avaient économisé depuis un mois les 1500 CFA (2,50 euros) qui permettaient de pénétrer dans l’enceinte du grand stade de la capitale malienne. C'est le jour où débute la Coupe d’Afrique des Nations au Caire. Les trois premiers matchs de la journée ont retardé les spectateurs rivés à leur écran devant les dribbles de Drogba et ses pairs, retardant ainsi d’une bonne heure le démarrage du spectacle. Mais une heure en Afrique, ce n’est pas grand-chose quand on sait que la majorité des spectacles commencent avec trois ou quatre heures de retard.

Tiken Jah avait lui passé la quinzaine précédente à régler dans les moindres détails le bon ordonnancement des spectacles, achetant du bois pour monter une scène de 20 mètres de long, faisant venir par air, rail et route, les artistes invités. Jouant à la fois le rôle de producteur et celui d’artiste-vedette de ce festival, il a permis de présenter une nouvelle génération d’artistes qui vient des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest et suit ses traces ainsi que celles d’Alpha Blondy. Ils s’appellent Jah Verity, Dread Maxim, Takana Zion et forment l’armée des missionnaires du général Tiken qui les a pris sous son aile et met à leur disposition son label, Fakoly Production, et son studio pour créer et enregistrer leurs nouveaux opus.

Takana Zion


Ainsi, ce festival était pour le jeune Takana Zion l'occasion d’accomplir son rêve en jouant devant une telle foule. Avec son reggae dancehall, il a littéralement soulevé le public qui découvrait pour la première fois ce jeune garçon doué d’un charisme proche de celui de Fakoly. L’an passé, Takana Zion a pris la route de Conakry pour rejoindre le reggae man ivoirien en exil à Bamako où il se refait une nouvelle vie entre deux tournées à l’étranger. A 19 ans, Takana rêve de suivre les traces de son modèle et celles de Sizzla, une autre de ses références avec les incontournables Tosh et Marley. S’il chante aujourd’hui l’amour et l’unité, Takana faisait partie à 12 ans des milliers de petits rappeurs que l’on trouve à Conakry, capitale bien discrète du genre en Afrique par le nombre de ses groupes. Du rap au reggae, pour certains il n’y a qu’un pas. "Quand j’ai compris que le rap venait du reggae et du ragga, que c’était un mouvement plus spirituel, je n’ai pas hésité à changer de style. J’ai eu la révélation en écoutant le grand Bob. J’ai compris son message et suit depuis sa lumière sous l’aile protectrice de Tiken." Pour Takana, les rastas font passer un message plus profond que les rappeurs : "Le reggae est plus un cours d’histoire, le rap plus proche du journal télévisé. Ce sont deux approches différentes mais complémentaires de notre société. Mais les rastas sont les vrais gardiens de l’histoire." Son premier album, Retour à Zion sortira en avril. En attendant Takana vit entre la communauté rasta de Lassa sur les hauteurs de Bamako et la capitale malienne où il partage son temps entre travaux des champs, sound system et conférences sur la réinsertion des immigrants partis chercher fortune en Europe.

Dread Maxim


"Retiens-bien ce nom, Dread Maxim. C’est le leader du reggae au Sénégal et sa musique va faire très, très mal". Didier Awadi n’a pas d’éloge assez flatteur lorsqu’il parle de ce rasta cool qui passe ses journées à composer avec sa guitare acoustique. Encore un rappeur reconverti que ce Dread Maxim. "Après avoir chanté dans des groupes de rap chez moi à Thiès, une ville située à 100 km de Dakar, j’ai compris à 17 ans qu’avec le reggae, je pouvais faire passer mon message d’une manière plus mélodique, plus aérée. Le rap est trop saccadé, les messages trop violents et on est obligé de suivre le tempo de la machine. Avec le reggae, on crée ses mélodies dès que l’on chante et l’on peut faire passer des messages plus positifs." Dread Maxim a déjà deux CDs à son actif au Sénégal où il est le leader d’une scène qui se reconstruit après le départ en Europe de ses précurseurs, voici 25 ans. Car dans un pays musulman comme le Sénégal, être rasta et parler ganja est très mal vu. Du coup, c’est sur des îles comme Ngor et Gorée, au large de Dakar, que l’on retrouve Maxim et ses amis imaginer un monde meilleur.

Entre rap et reggae, les passerelles sont étroites en Afrique, ce qui est loin d’être le cas en Europe et en Amérique. Ici à Bamako, Tiken Jah et Awadi ont encore chanté ensemble dans une étroite fraternité. Et cette nouvelle génération de soldats du Généras s’est laissée pousser les locks après avoir rangé ses survêtements de rappeurs. Tout un symbole.

Pierre  René-Worms