Paris
07/02/2006 -

A peine deux ans après La Vie de château, Art Mengo sort cette semaine Entre mes guillemets, nouvel album aux couleurs tendrement mélancoliques, sur des textes de Marc Estève, Marie Nimier à quatre mains avec Clarika et… Art Mengo lui-même. Entre peine d’amour discrète et subtile sensualité, ses onze nouvelles chansons semblent taillées pour la scène : moins d’un an après la fin de sa tournée précédente, il reprend la route dans un mois.
RFI Musique : Il semble que vous ayez mis nettement moins longtemps à faire cet album que le précédent…
Art Mengo : J’avais pris six ans pour La Vie de château. Là, j’avais juste envie de m’arrêter, de faire le plein de nouvelles chansons et de repartir en tournée. J’ai fait ma dernière date au mois de mai et j’ai prévenu tout le monde que le nouvel album viendrait six mois après – une façon de changer la donne. J’ai appliqué une méthode que je n’aime pas trop, mais qui est efficace : je me suis volontairement frustré. Avec une centaine de dates de tournée, je n’avais pas le temps de faire des chansons. Quand j’ai arrêté les concerts, je me suis jeté sur le matos et je me suis empressé de sortir tout ce qui devait sortir – un défoulement total.
Les arrangements sont très légers, comme si les chansons étaient jouées sur scène…
A part le guitariste, j’ai enregistré avec le groupe de la tournée. C’est un des paramètres qui permettait d’aller vite. Le plus difficile, c’est de parler musique. Je n’aime pas parler de septième diminuée, de neuvième, de tout ça… Je préfère dire qu’un accord est ouvert ou fermé, par exemple. Il en faut des répétitions, des concerts, des balances pour que ce jargon se mette en place… Or, pendant cent dates, la communication était passée entre nous. Ce qui fait que j’avais l’impression d’être en balance quand je faisais les nouveaux titres avec les musiciens – le plus gros chemin était fait. Ensuite, j’ai effectivement voulu des chansons transposables sur scène parce que désormais c’est surtout là que ça se passe.

Vous avez mis du temps à être à l’aise sur scène ?
Au début, ce n’était pas mon élément, j’avais un petit peu peur de tourner. J’ai vraiment découvert les plaisirs de la scène avec Croire qu’un jour, en 1998, même si on n’a pas beaucoup parlé de cet album. Il était révélateur d’un bien-être que jusque-là je ne connaissais pas. Je viens d’une époque où les choses se faisaient un peu à l’envers. On balançait quelqu’un sur scène sans qu’il en ait jamais fait. Je suis de la génération synthés-machines. J’ai appris à faire marcher un studio, à faire des prises de son ou à choisir les micros avant de savoir comment gérer un spectacle et me mettre en avant. En travaillant avec des gens comme Henri Salvador ou Juliette Gréco, j’ai découvert qu’on peut vieillir sur scène, et ça m’a un petit peu montré la voie.
Vous signez les premiers textes de votre carrière sur cet album, un en collaboration avec Marc Estève et les deux autres seul…
J’ai toujours aimé les mots, leur musicalité. Je ne vais pas tout inverser maintenant : j’aime les mots parce qu’on peut les mettre en musique, c’est le rapport à la musique qui fait que je vais vers le mot, par un cheminement logique. Là, pour la première fois, des blocs entiers m’arrivaient, paroles et musique. Mais je pense que l’auteur en moi a été un peu précipité par l’urgence. Je ne suis pas sûr que si j’avais eu six mois de plus pour faire l’album, je n’aurais pas craqué pour deux ou trois textes d’un autre et mis de côté mes propres textes.

Bertrand Dicale