Paris
24/02/2006 -

Sur certains titres, pourquoi accélérez-vous un peu la cadence, par rapport au rythme originel de la rumba ?
N. M. : Kekele veut, quand même, faire monter un peu la sauce pour rendre la chose un peu plus vivante, plus actuelle. Nous sommes en 2006, il faut bien s’adapter et se mettre au goût du jour, non ?

Le charme de cette musique congolaise est aussi liée aux paroles chantées en lingala. Parlez-nous de quelques titres comme Tapale ou Tubela.
L. M. : Tapale est un texte qui met en avant le fait que les relations, en amitié ou en amour, sont souvent difficiles. Quand “l’affaire” est compliquée, il faut chercher à la simplifier au maximum. Tubela est un conseil donné à ceux qui ont des problèmes. Pour résoudre leurs soucis, ils ne doivent pas se refermer sur eux-même, mais parler à un sage, se confesser. En Occident, ils consulteraient un psy. Nous, nous défendons le psy traditionnel !
Sur le morceau Ba Kristo, vous évoquez le développement des églises évangélistes. Pourquoi abordez-vous ce sujet ?
L. M. : En tant qu’artistes, nous sommes les interprètes de la société. C’est pourquoi nous avons voulu lancer un message pour prôner l’unité et éviter les divisions entre nous. Car le dieu, c’est celui de tout le monde ! On ne peut pas faire du sectarisme en matière de foi, puisque nous sommes tous des enfants de dieu. Même si nous avons des divergences sur le plan spirituel, nous devons nous entendre et ne pas faire de classifications entre les vrais et les faux lieux de culte.
Vous avez notamment invité le guitariste Papa Noël, ancien des Bantous de la capitale, et Manu Dibango au sax. Que vous ont apporté ces collaborations ?
N. M. : Lorsque Papa Noël commence à jouer de la guitare, on ne peut pas l’arrêter. Il faut le suivre, on ne sait pas où il va. C’est un peu notre Django Reinhardt à nous. Quant au vieux Manu, c’est le doyen. Il nous a vu jouer en Suisse et nous a proposé de poser son sax sur notre prochain enregistrement. Il a tenu sa parole. De plus, bien que cet instrumentiste défende le makossa, Dibango connaît bien la rumba, car dans les années 50-60 il était au Congo.

Si vous avez réactualisé la rumba originelle depuis les années 2000 après vos expériences passées au sein d’orchestres de renom, est-ce par peur qu'elle finisse au placard des souvenirs ?
L. M. : C’est un pari. Au début du XXIe siècle, les gens nous ont considérés comme ringards dans notre démarche ! Mais, au fil du temps, notre credo basé sur la relance de la rumba acoustique a fini par être entendu. Dans les années 2000, tout le monde dansait sur le n’dombolo ou le soukouss, mais les générations n’arrivaient plus à faire la fête ensemble. Nous avons voulu simplement réunir les générations, donner des repères musicaux et remettre cette culture sur son piédestal.
Votre style qui défend des valeurs artistiques plus authentiques n’offre-t-il pas une alternative au soukouss et autre n’dombolo, deux courants congolais qui ont tendance à s’essouffler ?
N. M. : On ne va pas dire de mal de la génération suivante, car elle fait son chemin, mais je pense qu’il faut revenir à des valeurs plus humaines. J’étais dernièrement à Kinshasa et j’ai constaté que le jeune public redécouvre la rumba de la grande époque et l’apprécie. Même des artistes comme Papa Wemba reviennent à la rumba acoustique, c’est un signe. Cette musique a quelque chose de magique, on peut l’écouter et danser en même temps. Nous ne sommes que de modestes serviteurs de la rumba, mais notre rôle est de rappeler aux jeunes que cette musique fait désormais partie du patrimoine africain. En tant qu’anciens, nous pensons que le renouveau culturel congolais ne peut passer que par la rumba.
Daniel Lieuze
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