ParisÂ
01/03/2006 -Â

Les oreilles aiguisĂ©es de Vincent dĂ©nichent ces trĂ©sors congolais depuis plus de trente ans. âFin 70, Bernard Treton programmait sur la radio France Culture des musiques enregistrĂ©es au ZaĂŻre dans le cadre dâune coopĂ©ration avec la radio nationale. A cette pĂ©riode, Mobutu encourageait la production de musique traditionnelle dans le cadre dâune campagne idĂ©ologique : Le recours Ă lâauthenticitĂ©â, se souvient-t-il.
PhénomÚnes d'intermodulation

Pour donner corps Ă ce slogan, de petits orchestres se produisaient dans la rue avec la consigne dâĂȘtre moderne et donc de sâamplifier. Les haut-parleurs dĂ©crochĂ©s au moment de la l'indĂ©pendance avaient rapidement Ă©tĂ© recyclĂ©s en amplis de fortune pour couvrir les bruits de la ville. AmplifiĂ©s par le truchement de mĂ©gaphones miteux, les orchestres tradi-modernes fleurissaient dĂšs lors dans les faubourgs. La musique occidentale Ă©tant proscrite au nom de lâauthenticitĂ©, aucune influence extĂ©rieure ne vint altĂ©rer la composition des orchestres fonciĂšrement inscrits dans la tradition. Cette volontĂ© dĂ©magogique imposĂ©e par Mobutu eut finalement des consĂ©quences positives.
La dimension mystique du tradi-moderne sâamplifia Ă mesure que les mĂ©gaphones crachaient. âCâest une musique qui est lĂ pour relier la communautĂ© Ă ceux qui l'ont prĂ©cĂ©dĂ©e. Les ancĂȘtres sont comme les vivants, quand il y a trop de bruit, ils nâentendent pas ce quâon leur dit ! Et puis, il y a certainement des phĂ©nomĂšnes psychoacoustiques dans lâamplification du son qui peuvent sembler parfois surnaturels, aussi bien dans leur musique que chez nous avec le rock ou lâĂ©lectro.â DâoĂč lâassimilation aux sonoritĂ©s proches de lâesthĂ©tique rock, de la samba ou de la techno que lâon reconnaĂźt volontiers Ă Konono n°1. âCe sont des phĂ©nomĂšnes dâintermodulation qui nous font parfois entendre des sons qui ne sont pas jouĂ©s.â
Favoriser les rencontres entre orchestres

ĂquipĂ© dâun matĂ©riel rĂ©duit au minimum, Vincent Kenis sâest attelĂ© Ă restituer, sur ce DVD de 41 minutes, non seulement le son tel quâil rĂ©sonne Ă Kinshasa mais aussi les conditions difficilement imaginables dans lesquelles il est mis en scĂšne. âIl y a des instruments que tu ne peux pas comprendre sans voir lâorchestre jouer. Les mouvements de danse dĂ©montrent aussi que cette musique nâest pas aussi rĂ©pĂ©titive quâon veut bien le croire. Câest de lâimprovisation collective, il faut voir pour comprendre comment interagissent les instruments.â LâĂ©nergie du dĂ©sordre maĂźtrisĂ© sâen dĂ©gage Ă chaque image. Du grabuge, comme le laisse deviner le titre de cette compilation Rumble for the urbânâ jungle, baptisĂ©e ainsi en rĂ©fĂ©rence au lĂ©gendaire combat de boxe Rumble in the Jungle entre Mohamed Ali et George Foreman Ă Kinshasa en 1974, en pleine expansion du tradi-moderne.
âLa plupart de ces orchestres tradi-modernes, issus de lâĂ©poque dorĂ©e Ă Kinshasa, avaient pratiquement tous disparu et se sont reformĂ©s rĂ©cemment. Les seuls qui ont survĂ©cu sont ceux qui viennent du KasaĂŻ. Les vendeurs de diamant transitaient Ă Kinshasa et faisaient venir les orchestres de leur rĂ©gion pour y cĂ©lĂ©brer les ventes.â Au final, trois orchestres du KasaĂŻ, deux du Bacongo et un de la rĂ©gion du Lac Mai-Ndombe, illustrent la richesse et la diversitĂ© de cet authentique courant congolais encore mĂ©connu. Lâoccasion de crĂ©er aussi des Ă©changes entre des orchestres de la mĂȘme rĂ©gion : âAvec KasaĂŻ Allstars, et malgrĂ© les clivages qui opposent le KasaĂŻ oriental et occidental, on a rĂ©ussi Ă crĂ©er une rencontre entre les divers styles de musique kasaienne reprĂ©sentĂ©es dans un mĂȘme orchestre.â Le rĂ©sultat sera donnĂ© Ă entendre sur le prochain volume de la sĂ©rie Congotronics, Ă paraĂźtre fin 2006.Margot Seban
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