Paris
15/03/2006 -

Matthieu Boogaerts, camarade de label

"Dick, c’est ma madeleine de Proust, celui avec Marley que j’écoutais chez moi à travers mes parents. Et puis je l’ai oublié, jusqu’à ce qu’un pote me fasse écouter Dick en me demandant si je connaissais. Et là connexion, comme un poster dans une chambre d’enfant que tu revois longtemps après. Ça m’a paru évident qu’inconsciemment, c’était ce type de musiques dont j’avais envie depuis toujours. A plus de vingt ans, je redécouvre donc cette influence majeure, que je cite volontiers dans mes premières interviews… et lui veut me rencontrer. C’est comme ça qu’on a fait une tournée ensemble, baptisée Vis-à-vis, avec une scène divisée en deux, ce qui permettait à chacun d’alterner." De tous les cadets, Mathieu Boogaerts est l’héritier désigné.
Du coup, il s’est offert une double part : pour commencer une reprise façon reggae avec M du fameux Ubu, et puis une vision délurée des Tchèques. "Il l’a rendu encore plus voyageur, avec un joli drive !" Directeur du festival du Verbe, Dick Annegarn ne manque pas de souligner la verve naturelle de son camarade de label. Lequel lui retourne le compliment, tout en ajoutant quelques bémols à la comparaison : "Dick, c’est une autre histoire. C’est quelqu’un de très très fort et très très moderne. Ça se barre et ça accroche, c’est le bluesman francophone, vrai et sensuel. Chez les Français, c’est assez rare un chanteur qui avec sa guitare fait sonner les mots. "
Entre John Lee Hooker et Rimbaud

JP Nataf est raccord. "C’est John Lee Hooker avec Léo Ferré. Dick, c’est un des meilleurs guitaristes en activité et un chanteur avec un spectre énorme." Pour un album de duos inédits, concocté en 2005 par leur label commun, Tôt ou Tard, ils avaient déjà eu l’heur d’être associés : "Deux jours de studio, mais une grande expérience dans ma vie de musicien. C’est rare de rencontrer quelqu’un d’aussi pertinent et exigent." Cette fois, il hésitait "entre 38 et 47 chansons dans cette œuvre de salubrité publique." Finalement, l’ex-Innocent reprend Le Saule de manière impromptue, "façon démo avec Albin de la Simone" et Quelle Belle Vallée, "mon premier 45-tours du bonhomme" avec Jeanne Cherhal, sa partenaire à la basse dans RedLegs, "un groupe de reprises pour les bars".
Pour l’avoir accompagné le temps de quelques grandes tournées au tournant des années 2000, le violoncelliste Vincent Ségal connaît bien le personnage : "Dick, c’est Rimbaud ! Il a une telle cohérence entre les mots dits et la musique. Pour moi, c’est du niveau de Gainsbourg. Il est toujours sur la brèche, un punk capable d’improviser avec n’importe qui. Chaque concert est une aventure." Et de conclure en citant J’échoue, extrait des années 80, quand le looser surdoué enregistrait loin des projecteurs, un texte emblématique du hiatus que cette sélection cherche à résoudre à sa manière: "J’échoue comme un beau projet qui ne s’est pas fait comme faire se fait. "Jacques Denis
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