Paris
19/04/2006 -

Avec sa tête de baba cool, Sébastien fait son maximum pour ne pas être pris au sérieux. Quand il ne chante pas T’en vas pas, fameux tube d’Elsa sur scène, il ne peut s’empêcher de jouer au pitre sur sa pochette, une cigarette dans la narine. Une figure de poseur qui a tout du rôle de composition : "J’aime bien développer l’image d’un mec qui ne travaille jamais. Je ne sais pas pourquoi j’imagine que c’est à l’opposé de quelqu’un de triste. Pourtant, ma vie intérieure est difficile." Il s’esclaffe puis reprend : "Pour faire des albums différents, ma théorie c’est qu’il faut être quelqu’un de différent. J’ai besoin de changer pour me renouveler artistiquement. Je suis toujours en train de m’inspecter pour savoir ce qu’il faudrait changer en moi. Finalement, je me remets en cause de manière quasi permanente pour essayer de muter le plus vite possible. Fouiller en soi, ça apporte pas mal de douleur. Ma souffrance se situe là. Je suis toujours obligé de me rejeter moi-même pour me recréer." Des grands mots que le musicien joint aux gestes : il déménage entre chaque album, change d’amis, même de passions.
L’homme a pourtant la belle vie. En 1998, il dépose une démo au label Source qui le signe illico. Quentin Dupieux (Mr Oizo à la scène) mixe L’incroyable vérité, son premier album. Air flashe tout aussi vite et l’enrôle en première partie de sa tournée mondiale. Après deux concerts à l’école, un sur la petite scène parisienne du Duc des Lombards, il se retrouve propulsé devant 5000 personnes à Dallas. Le monde est petit : intime de la réalisatrice Sofia Coppola, le batteur du duo versaillais joue les entremetteurs. Ni une, ni deux, elle couche un de ses titres sur la bande originale de Lost In Translation. Politics, son deuxième effort paru en 2004 reçoit un beau succès d’estime. Le titre La ritournelle squatte même les charts anglais. Il tourne avec Moby, compose des musiques de films. D’autres en perdraient la tête lui lâche tout sourire : "Je me la pète !
Le bienfait des erreurs
La chance du débutant

Un chant en français inédit, qui lui sied à ravir. Il va même approfondir la question sur son prochain album prévu à l’automne prochain. Après avoir abordé l’enfance dans son premier enregistrement, la politique dans le deuxième, Sébastien Tellier s’attachera cette fois-ci au sexe : "Le plus important pour moi, c’est le concept. Je suis plus un artiste qu’un véritable musicien. Je n’ai pas l’art de la musique pure de Mc Cartney donc je dois me rattraper avec autre chose." Il a d’ailleurs une façon toute personnelle de composer : "C’est très simple, je fais n’importe quoi ! L’esprit humain n’est pas assez intelligent pour inventer de vraies mélodies, il restitue des souvenirs. J’effleure mon piano et au bout de trois heures, par chance, je trouve deux changements d’accords. La chance du débutant ça marche beaucoup en musique. Il faut envisager ça comme un gamin."
Sébastien Tellier séduit autant par sa démarche, son humour que sa musique. Ses compositions s’appuient souvent sur deux niveaux de lecture. Un premier effet pop immédiat, et un second, plus difficile d’accès, qui exige une écoute attentive, presque d’initié : "Je pense que je fais de la musique élitiste, je ne compte pas changer de direction. Mais pour avoir une estime de mon travail, j’aimerai que ce soit validé par un vrai succès populaire. Je suis encore un peu frustré à ce niveau-là. Si je fais ça toute ma vie, je suis sûr qu’à la fin ça marchera. A l’usure !" Vous voilà prévenu.
Ludovic Basque
04/11/2005 -