Paris
21/04/2006 -
En attendant cet été et la mise en route d’un album en duo avec Diam's, l'auteur du tubesque La Boulette, Sinik, alias Thomas, a répondu à nos questions avec franchise, la main sur le cœur évidemment, et en gardant son "sang-froid". La moindre des choses pour ce rimeur d’élite toujours en progression. La drogue, les envieux, Kool Shen, le nouvel album, les aléas du succès : Sinik déballe ses points de vue.

Parle-nous du morceau Précieuse.
C’est un morceau sur ma mère que je voulais déjà faire sur le premier album mais pour être franc avec toi, j’avais hésité parce que je trouvais le thème pas très original. Ce qui compte, c’est la manière d’en parler. C’est ce qui fait la différence. C’est un texte introspectif, c’est tellement personnel que c’est venu rapidement. C’était réglé au premier jet. Les morceaux poignants sont ceux que je préfère écrire.

As-tu ressenti les effets négatifs de la célébrité ?
Le retour de flamme, c’est quand les gens te voient un peu moins dans le quartier parce que tu travailles, et il y a des jalousies. Tu te rends compte de qui est qui, les masques tombent. Certains qui me disaient à l’époque que ce que je faisais était bien, que je représentais ma ville, sont les premiers à parler sur mon dos. Les gens changent, voilà l’aspect négatif.
Et par rapport à tes quelques soucis judiciaires, ça aide d’être connu ?
Au contraire, c’est pire qu’avant ! La dernière affaire que j’ai eu, le procureur a carrément dit : il s’appelle Sinik, ça veut bien dire qu’il s’en fout des lois. Le rap est la seule musique qui ne te sauve pas quand tu as des problèmes judiciaires, contrairement à la varièt’ avec laquelle on est plus complaisant. Et quand tu vas en prison, tu ne vas pas dans le quartier VIP mais avec tout le monde. À l’heure où je te parle, il me reste un jugement en appel, dix mois avec sursis, ça sera début mai, on verra… Mais à aucun moment je ne pourrais glorifier la prison, ou faire croire aux mômes que c’est bien. Tous les gens en prison disent que les plus intelligents sont ceux qui ne viennent jamais. Pas besoin de ça sur son CV, c’est relou. Et je suis bien placé pour te dire que c’est une perte de temps qui angoisse la famille.
Tu évoques le shit de façon originale dans Mon pire ennemi, et tu parles des morts que ça peut engendrer…
C’est un commerce parallèle où les places sont chères, parfois ça tire. Des histoires de "rotte-ca" (carotte : arnaque sur la qualité ou la quantité de drogue, ndlr) qui finissent mal, je pourrais t’en raconter des tas. Des potes à moi qui ont fini dans des rivières, c’est le quotidien. À la base, c’est nocif de fumer, mais quand je parle de morts, c’est par rapport à ceux qui revendent et qui en font un biz. Ça ne rigole pas. Moi j’essaie de fumer moins, mais je n’arrive pas à arrêter.

Ça dépend des voix, mais ces deux-là, je suis fier de les avoir. Je ne les classe pas dans le r'n'b, qui pour moi signifie voix douce et discours peu concret. Elles, elles savent vraiment chanter et elles écrivent leurs textes. On ne peut pas les comparer aux chanteuses de r'n'b français sans profondeur. Elles, c’est de la soul hip hop.
Olivier Cachin
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