Reportage
Grenoble
15/05/2006 -

Ce n’est peut-être donc pas tout à fait un hasard si Mike a commencé à penser, il y a un an, à l’organisation d’un hommage au chanteur jamaïcain. Jamais encore le groupe n’avait monté un tel événement. Accaparés, toujours entre deux concerts, ils n’avaient pas le temps de s’investir dans ce type de projet, même si l’envie était présente. "Ça fait quinze ans que je vis de la musique, que je vends de disques – plutôt beaucoup – et je sais qu’à la base s’il n y’ avait pas eu Marley, je ne me serais jamais retrouvé devant un micro. Cet homme-là a changé ma vie", souligne Mike. Cela vaut aussi pour Natty. "Il a appris à jouer de la basse en reproduisant les lignes de basses de Family Man (bassiste des Wailers, ndr).Il a disséqué les vidéos de Marley à la note près et les albums à la demi-croche près." Longtemps, la formation grenobloise a préféré se concentrer sur le développement de sa propre identité artistique. Aujourd’hui, le succès aidant, elle estime qu’elle peut revendiquer sa filiation musicale sans prendre le risque de brouiller son image.
Lorsque l’idée de l’hommage s’est précisée, le bassiste a tout de suite accepté le challenge qui lui était proposé. Depuis novembre, il a passé tout son temps à écouter du Marley et est parvenu à faire une sélection de chansons qui lui permette à la fois de chanter et de jouer de son instrument. "C’est comme faire du vélo et réciter un poème en même temps en oubliant que tu es en train de pédaler", explique-t-il. Pour l’accompagner, il a constitué une équipe composite : Zaz aux claviers, Roukin aux percussions et Chid au son appartiennent tous trois à Sinsémilia.

2006 devait être une année de pause dans la carrière du groupe, un moment pour se consacrer aux projets individuels, et tous n’avaient donc pas la disponibilité nécessaire pour travailler un nouveau répertoire. Natty en a profité pour faire appel à des musiciens croisés sur son chemin et qu’il souhaitait depuis longtemps impliquer à ses côtés, à l’image du guitariste Philippe Fontaine, doyen de l’équipe, ou du pianiste Franck Biraghi, instrumentistes réputés de la scène grenobloise. Rien n’a été négligé pour le show qu’ils ont préparé ensemble. Le souci du détail apparaît dès les premières notes de l’introduction : "Mar-ley", "Mar-ley", martèlent Natty et ses choristes tandis que la basse résonne à la façon d’un tambour, exactement comme le faisaient les Wailers en 1980 au début de leurs concerts lors de la dernière tournée européenne de Bob Marley. Les titres s’enchaînent : Is this Love, Rat Race, Stiff Necked Fools, Night Shift, Rat Race, Duppy Conqueror, Get Up Stand Up (en duo avec Mike)…
Sans chercher à ressembler à tout prix à l’auteur de ces chansons, le bassiste-chanteur veut surtout rester fidèle à la musique et à la mélodie. "Je n’ai jamais vu Marley sur scène et bien sûr, je n’ai pas son charisme, mais j’essaie de me demander comment il vivait ces morceaux, de les ressentir comme lui", précise-t-il. Visiblement, cela n’a pas échappé à Stone, un musicien jamaïcain venu ce soir-là jouer avec son compatriote Max Romeo, figure du reggae chargée de poursuivre la soirée.. Enthousiasmé par la prestation à laquelle il a assisté, l’ancien bassiste de Pierpoljak croise Mike et Riké en coulisses et s’exclame : "J’ai vu Bob Marley ce soir. C’est vrai !" Natty, lui aussi, a senti la main de son idole sur son épaule…
Bertrand Lavaine
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