Paris
22/05/2006 -

Au fait, que fait-elle exactement ? Actrice à ses heures, romancière entre les lignes, ex-présentatrice télé, voix pour les réclames, Helena Noguerra affiche un parcours des plus éclectiques, affine avec le temps une posture aux limites de l’ambigu. Curieuse par nature, elle se refuse à entrer dans les moules préfabriqués qui auraient dû permettre à cette belle jeune femme de connaître un large succès. Celui des ex-mannequins qui passent à la postérité derrière le micro.
Des disques bien ficelésMais voilà, celle qui préfère qu’on la nomme “vieux modèle” – “ça fait vintage, alors on en veut !” – n’a pas choisi la voie royale des chanteuses en goguette, privilégiant les chemins buissonniers pas aussi populaires. Elle a pourtant tout pour plaire au plus grand nombre, un voile doux-amer dans la voix et un sens aiguisé de la mélodie. Elle a même l’expérience pour elle : ses premiers pas en musique remonte à 1989, quand la native de Bruxelles n’avait que vingt ans. Le temps d’un premier single, Lunettes noires, signé tout de même par Jacques Duvall et Jay Alanski , suivi en 1992 d'un second, Rivière d'anges.

Pas de plan de carrière ? “Ben non, malheureusement. Ce serait sans doute plus simple, mais moins drôle.” Je m’enfoutiste ? Non, juste très sérieusement dilettante. “Pour moi, la musique est une nécessité, même si je ne suis pas rentable. Je n’ai jamais gagné d’argent avec… Alors, je me retrouve à la marge. C’est chic mais pauvre. Pourtant, je n’ai aucun intérêt à être underground, mais en même temps, je n’ai pas le goût à faire des trucs tubesques.” Voilà pour le bilan, “plutôt satisfaisant”.
Direction Tucson, Arizona
Pour elle, c’était l’occasion d’aboutir son american dream, mais sans les largeurs. “Je voulais produire moi-même. Je n’avais pas envie de convaincre ma maison de disques… Et donc enregistrer à deux, c’était le format parfait, pas cher.” Economique, à l’image du répertoire, des ritournelles de trois fois rien qui s’accrochent dans les oreilles, écrites par Federico Pellegrini, son alter ego dans cette aventure. Un vieux routier, chanteur-guitariste des Little Rabbits, le groupe culte de Nantes. “Je voulais travailler avec de nouvelles personnes, dont Federico. Un mois plus tard, il m’a proposé vingt chansons, dans lesquelles je devais en choisir deux ou trois et sur lesquelles je comptais réécrire les textes. Au bout de vingt minutes, ça m’est apparu évident de faire ça directement. Brut !”

Trois mois plus tard, ils s’envolent pour dix jours à Tucson. “Et c’est là-bas qu’on a inventé le couple mythique, pour rire. En fait, nous étions logés dans un hôtel où avaient dormi des bandits dont Dillinger, ennemi public numéro 1 qui faisait partie de la bande de Bonnie & Clyde. Il y a même été arrêté en 1934 ! Nous sommes partis en cow-boys et nous sommes revenus en gangsters !” Début novembre 2005, tout est “emballé/pesé”, enregistré par Jim Watters, le producteur de Primal Scream.
Quatorze chansons qui traversent les grands espaces de la folk américaine, qui narrent les exploits de ce couple de bandits, où Helena varie les plaisirs, en anglais ou en français, avec une reprise détonante à la clef. Super Believe de Blondie, minimale mais sophistiquée à souhait, comme tout le reste. “Cette fois, je ne suis qu’interprète, mais c’est bizarrement l’album sur lequel je me suis sentie la plus épanouie. Ne pas travailler avec son conjoint, ça libère des problèmes de séduction : il ne reste alors que la musique.” D’ailleurs, le couple bientôt culte aurait “un autre disque, toujours à deux, déjà à moitié prêt”. En attendant, c’est à trois qu’ils vont se présenter sur scène : l’impayable King Suckerman les a rejoints avec sa six-cordes.
Jacques Denis
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