CapbretonÂ
17/08/2006 -Â

"Sur scĂšne, je suis mon pire ennemi ! Jâaime tellement jouer avec le dĂ©sĂ©quilibre, musicalement et physiquement, que je mâaventure souvent dans des zones dangereuses". Comme ce soir de concert, aux derniĂšres FrancoFolies de MontrĂ©al, quand Yann Perreau a tournĂ© sur lui-mĂȘme trop longtemps, et quâil a fini par se casser la figure⊠"Je me suis relevĂ© tout de suite, ce nâĂ©tait pas grave. Les musiciens se sont marrĂ©s, ça a créé une complicitĂ© avec le public."
Yann Perreau est ainsi : amoureux du risque et des frissons quâil provoque. Conscient quâen flirtant avec, il crĂ©e sur scĂšne des moments uniques, Ă mĂȘme de capter lâattention des auditeurs les plus frileux. Aux DĂ©ferlantes francophones de Capbreton, fin juillet, il nâa pas hĂ©sitĂ© Ă dĂ©marrer son concert par un a capella de LibertĂ© de Barbara, chanson Ă©crite par Georges Moustaki. Une façon adroite de tendre la main au public français et dâintroduire La Cage en or, lâun des titres phares de NuclĂ©aire, son dernier album. LâentrĂ©e en matiĂšre fut pĂ©rilleuse, mais rĂ©ussie : la salle en est restĂ©e bouche bĂ©e, fin prĂȘte Ă donner une chance Ă ce QuĂ©bĂ©cois inconnu de (presque) tous - certains ayant dĂ©jĂ croisĂ© lâĂ©nergumĂšne Ă la Maison du QuĂ©bec de Saint-Malo ou en prĂ©lude aux concerts de Jacques Higelin et de son fils, Arthur H.
Lâindomptable
Pieds nus, le jean relevĂ© sur les mollets et rejoint par ses musiciens (un bassiste, un guitariste, un batteur et un DJ multi-cartes), Yann a pu attaquer la suite. Une heure et demie dâascension musicale ! De la voix dĂ©nudĂ©e, il nous a fait grimper sur des sommets techno. Avec une Ă©tape "bossa-nova psychĂ©dĂ©lique", une autre gentiment rock (GuerriĂšre) et celle, Ă la pop tendue, de Grande Brune (titre Ă©crit et offert par Arthur H).

La scĂšne a beau ĂȘtre "son terrain de jeu", ce funambule ne rechigne pas Ă se frotter au public en descendant dans la fosse, camĂ©ra au poing. "Pendant un concert, je suis Ă la recherche de lâĂ©nergie effervescente. Pour la trouver, je sollicite le public, je fais des blagues et surtout, je bouge !". Vrai. La position statique, Yann Perreau ne connaĂźt pas. Ses pieds sont toujours bien arrimĂ©s au sol ("des vieux restes de ma formation théùtrale"), mais le haut de son corps gesticule sans arrĂȘt. Pour mimer un oiseau qui sâenvole, danser ou souffler dans un tube reliĂ© Ă un mini-piano.
Pendant un an, aprĂšs des Ă©tudes de lettres Ă MontrĂ©al, une expĂ©rience avec le groupe de rock Doc et les Chirurgiens et un voyage en solo Ă travers les Etats-Unis, Yann a Ă©tĂ© marionnettiste : "Jâai appris Ă faire parler et bouger un objet, jamais je nâoublierai que câest possible." Alors, mĂȘme face Ă des spectateurs français "plus cĂ©rĂ©braux et moins physiques que les Nord-AmĂ©ricains", il danse et vit son spectacle Ă fond. Finissant par transformer lâavant-scĂšne en dancefloor, stroboscopes Ă lâappui. Pas Ă©tonnant quâil compose en ce moment pour une troupe de danse contemporaine⊠On lâimagine aussi fort bien improviser, enfant, des mini show sur le zinc du bar tenu par ses parents Ă Joliette (QuĂ©bec), devant une ribambelle de frĂšres et sĆurs dont il est le dernier-nĂ©.

Yann Perreau se dit pourtant timide dans la vie. Et câest vrai que, hors projecteurs, il est calme, discret, attentif. Quand il sourit, les deux fossettes qui lui percent les joues trahissent mĂȘme une Ăąme sensible. Celle qui pond des paroles poĂ©tiques en diable ("Jâtâai aimĂ©e jusquâĂ la corde/Triste poupĂ©e/Jâen ai pleurĂ© des cordes/La fonte des neiges Ă©ternelles/Ă Ă©puiser la folie" sur Triste poupĂ©e). Mais la dĂ©rision reprend vite le dessus, avec le titre La vie nâest pas quâune salope, quâil scande sans se soucier du parler correct.
Ce mĂ©lange dâimpertinence et de naĂŻvetĂ© rĂ©ussit pour lâinstant bien au jeune talent de la "relĂšve" quĂ©bĂ©coise : un premier disque en 2002 (Western Romance, avec Gilles Brisebois de la Sale Affaire de Jean Leloup Ă la rĂ©alisation), un prix FĂ©lix-Leclerc de la chanson en 2003, 7 nominations au Gala de lâADISQ- l'Association quĂ©bĂ©coise de l'industrie du disque, du spectacle et de la vidĂ©o. Et pour NuclĂ©aire, lâopus quâil dĂ©fend en ce moment en tournĂ©e, Yann Perreau sâest octroyĂ© les services de Mathieu Ballet et Joseph Racaille, proches dâAlain Bashung et de Thomas Fersen⊠Il y a pire comme pedigree !
Fleur De la Haye
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