Paris
06/09/2006 -

Jacques Schwarz-Bart n’est pas ce qu’on a coutume de nommer un petit jeunot : il est né aux Abymes, en bordure de Pointe-à-Pitre, le 22 décembre 1962… et ne s’est réellement mis à la musique qu’avec les années 1990. Avant, ce diplômé de Sciences-Po avait débuté une carrière dans la haute administration… Jusqu’à ce qu’il quitte son fauteuil d’assistant de sénateur pour se poser sur les bans de la prestigieuse Berklee, dont il sortira deux ans plus tard. Plus de temps à perdre pour ce jeune trentenaire : il s’installe à New York, où il multiplie les prises de becs, lors de jam sessions…Tant et si bien qu’il se fait embarquer en tournées. Giovanni Hidalgo, Danilo Perez et Bob Moses seront ses premiers leaders… Mais le vrai déclic va se produire un soir dans un club de la capitale du jazz, chez Bradlee’s, où il ose monter sur scène. Là, l’immense pianiste cubain Chucho Valdès et le trompettiste Roy Hargrove n’ont d’ouïe que pour lui.
"Un mois plus tard, l’agent de Roy Hargrove m’a appelé pour remplacer le saxophoniste David Sanchez au sein du projet cubain Crisol." C’est le premier pas vers une reconnaissance de la communauté des musiciens pour celui qui enregistre un premier disque sur Fresh Sound, label de tous (ou presque) les nouveaux talents de l’orthodoxie jazz : le début des années 2000, le voit multiplier les sessions et participations : Erykah Badu, Eric Benet, MeShell N’Degeocello, Mario Canonge, James Hurt, Ari Hoenig… Mais s’il ne fallait en retenir qu’une association, ce serait sans nul doute celle avec D’Angelo, figure tutélaire de la nu-soul. Pour ce dernier, le saxophoniste devient "Brother Jacques". Dans le même temps, il s’illustre en signant le titre Forget Regret, le tube sur l’album Hard Groove de Roy Hargrove. Il a quarante ans, mais a d’ores et déjà rattrapé bien de ses cadets.
Soné Ka La, projet original

Il ne lui reste plus qu’à coucher sur le papier musique un véritable projet original. Il s’y emploie, sans succès auprès des maisons de disques. Du coup, il sort un auto-produit, qu’il distribue à qui veut bien l’écouter… Jusqu’à ce qu’Universal Jazz lui propose de réaliser une suite dans le même esprit, qu’il prend le temps de peaufiner. Deux ans plus tard, Soné Ka La témoigne de l’acuité de son auteur, perspicace et tenace. Il a de l’esprit et des lettres… Jacques Schwarz-Bart n’est-il pas le fils de deux écrivains reconnus, qui ont signé des œuvres maîtresse comme La Mulâtresse Solitude en 1972 ?! André, auteur de ce livre, et Simone sont surtout deux personnalités fortement impliquées dans la reconnaissance de l’identité créole, évidemment inspirées par le goût du mélange musical. C’est tout cela qui ressurgit aujourd’hui dans l’écriture de leur héritier. Avec en supplément son goût pour la funk-soul, qui apporte un supplément d’âme à un disque savamment écrit.
A ses côtés, Jacques Schwarz-Bart a réuni un groupe de tous horizons, avec bien sûr des tambours antillais et des improvisateurs américains, mais aussi le pianiste croate Milan Milanovic et surtout le guitariste béninois Lionel Loueke, la grande révélation de 2006. Ce dernier chante sur un titre. Il n’est pas le seul à donner de la voix : on y entend ainsi la soul sister Stéphanie McKay, le pair fondateur de Kassav, Jacob Desvarieux, le tambourinaire et fort en boulagyel Jean-Pierre Coquerel, et pour finir Admiral T, dont le flow rappelle l’influence actuelle des sound systems en Guadeloupe. "C'est un album mélodique : tous les thèmes doivent pouvoir se chanter. Dans le gwoka, la voix humaine est l'instrument qui remplit toutes les fonctions mélodiques…", conclut Jacques Schwarz-Bart.
Jacques Denis
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